Procès Jawad Bendaoud : pourquoi celui que l'on surnommait "logeur de terroristes" a-t-il été relaxé ?

Justice
JUSTICE - Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé ce mercredi Jawad Bendaoud qui avait logé Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, deux des auteurs des attentats du 13 novembre 2015, dans un squat de Saint-Denis quelques jours après les attaques. Le parquet avait requis quatre ans de prison. Une décision qui mérite explication.

Une tape sur l’épaule d’un gendarme, un signe de croix, un doigt levé vers le ciel, un baiser sur le front de Me Nogueras, l’un de ses défenseurs, et des larmes qui lui montent aux yeux. A l’énoncé du jugement lu par la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Jawad Bendaoud, semble ne pas y croire et retire, comme après un coup de chaud, sa veste rouge de survêtement du PSG. 


Poursuivi pour "recel de malfaiteurs terroristes", le surnommé "logeur de Daech" né le 30 août 1986 à Epinay-sur-Seine, était jugé depuis le 24 janvier et encourait, en situation de récidive, jusqu’à six ans de prison. Le parquet en avait requis quatre, avec un maintien en détention. Le trentenaire a finalement été... relaxé. Et même si le parquet a fait appel de cette décision, Jawad Bendaoud devrait sortir immédiatement de prison. Ce qu’il attendait maintenant depuis plus de deux ans. 

Cinq ans pour Mohamed Soumah

Au terme d'un procès marqué par les nombreux coups d'éclat de l'accusé, comment comprendre ce jugement ? Il était en effet reproché à Jawad Bendaoud d’avoir fourni un hébergement à Chakib Akrouh et Abdelhamid Abaaoud, dans la nuit du 17 au 18 novembre, soit quatre jours après les attaques de Paris et Saint-Denis qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. Depuis le début de l’affaire, comme à l’audience, Jawad Bendaoud a indiqué qu’il avait eu des doutes sur ces deux hommes mais qu’il n’avait jamais su qu’ils étaient des terroristes. 


Le tribunal l’a cru. Lisant les motivations du jugement, la présidente a d’abord rappelé qu'"Hasna Ait Boulahcen avait été ramenée" à Jawad Bendaoud via Mohamed Soumah. Poursuivi pour les mêmes faits que Jawad Bendaoud et considéré comme l’intermédiaire entre le logeur et la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, Mohamed Soumah a lui été condamné à cinq ans de prison. Le parquet, qui a également fait appel, avait requis 4 ans à son encontre, comme pour son voisin de box. 

"Constant dans ses déclarations"

"L’un comme l’autre vous y avez vu l’occasion de gagner un billet", a souligné la présidente Isabelle Prévost-Desprez. "Monsieur Bendaoud, vous ne cachez pas votre cupidité et votre volonté de gagner de l’argent de préférence de manière illégale, serait-ce en vendant de la drogue dure mais il n’apparait pas que, avant le 18 novembre, vous aviez le même degré de connaissance que Mohamed Soumah sur les frères amenés par Hasna Aït Boulahcen", a-t-elle poursuivi.


Le tribunal a par ailleurs estimé qu’il ne fallait "pas lire les faits avec la connaissance de l’assaut du 18 novembre" et a rappelé que, contrairement à Mohamed Soumah, "Jawad Bendaoud avait été constant dans ses déclarations en indiquant qu’Hasna Ait Boulahcen avait dit dès le 16 novembre qu’elle cherchait un hébergement pour deux hommes". "Il est exact cependant que vous avez eu instantanément des doutes sur les personnes que vous aviez hébergées. Vos doutes étaient renforcés après votre courte rencontre avec les terroristes qui ne voulaient que ‘prier et dormir’ et vous en avez fait part à un salarié de la pizzeria". 


Pour le tribunal si Jawad Bendaoud avait des doutes, il n’avait pas a priori "connaissance de la qualité terroriste des deux hommes hébergés", comme c’était le cas, selon lui,  pour Mohamed Soumah. 

"Insuffisants pour démontrer votre culpabilité"

Les magistrats instructeurs ont par ailleurs considéré que le fait que l'ADN de Jawad Bendaoud "se trouve mélangé à celui des terroristes, notamment sur le scotch apposé sur le détonateur du gilet explosif déclenché au moment de l’assaut du RAID  n’était pas un élément à charge". Le tribunal a estimé que les explications de Jawad Bendaoud à ce sujet étaient plausibles.


"Enfin, il n’est pas établi, comme pour Mohamed Soumah, que vous avez été mis au courant de l’intervention de Mohamed Belkaïd qui a appelé Hasna Aït Boulahcen de Belgique et qui lui a donné des instructions concernant les deux autres terroristes", a ajouté la présidente. 


"Tous les éléments considérés comme des charges ayant justifié votre renvoi devant le tribunal n’ont pas emporté la conviction du tribunal et sont à ses yeux insuffisants pour démontrer votre culpabilité Il n’est pas prouvé dans le dossier d’instruction, pas plus à l’audience, que Jawad Bendaoud a fourni un hébergement à deux individus qu’il savait être des terroristes du 13 novembre afin de les soustraire aux recherches et éviter ainsi leur arrestation",  a conclu la présidente avant d’annoncer la relaxe. 


Jugé pour "non-dénonciation de crime" et condamné à quatre ans de prison, dont un avec sursis, le troisième prévenu, Youssef Aït Boulahcen, frère d'Hasna et cousin d'Abdelhamid Abaaoud, a lui aussi pu repartir libre du tribunal. Le parquet, qui a interjeté appel, avait requis le mandat de dépôt pour celui qui avait, selon lui, le "profil le plus inquiétant". Mais, là encore, le tribunal ne l'a pas suivi dans ses réquisitions. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter