"Retourne à ta place, je parle plus avec toi !" : Jawad Bendaoud a perdu ses nerfs face aux avocats des parties civiles

JUSTICE – Au troisième jour de son procès où il comparaît pour "recel de malfaiteurs terroristes", Jawad Bendaoud n’a pu retenir sa colère face aux questions des avocats des parties civiles. Le prévenu maintient, coûte que coûte, qu’il ignorait que les deux hommes qu’il a logés à la mi-novembre 2015 étaient des terroristes. Ni les robes noires, ni les personnes qu’elles représentent ne croient à cette thèse.

Il a su garder son calme un temps, le premier jour de son procès. Puis la tension est montée jeudi, laissant place finalement à la colère. Poursuivi pour "recel de malfaiteurs terroristes", faits pour lesquels il encourt, en situation de récidive, une peine de 6 ans de prison, Jawad Bendaoud, 31 ans, était interrogé ce vendredi par les avocats des parties civiles. Le prévenu n’a pas supporté longtemps les questions des robes noires de la partie adverse, qu’il a très vite perçues comme des accusations sans fondement, selon lui. 

Ainsi, peu après le début de l’audience, un vif échange s’est produit entre Me Georges Holleaux, et le trentenaire. L’avocat demandait à Jawad Bendaoud de préciser son emploi du temps, notamment le samedi qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. 


Avant même d’interroger le prévenu, Me Holleaux avait comme tenté de l’amadouer, lui disant qu’il était quelqu’un "d’intelligent", entre autres. Jawad Bendaoud n’a pas été dupe. "Vous êtes un voleur de mobylette. Je ne sais pas ce que vous essayez de faire croire là, mais  c’est pas bien (…) Moi, je vais venir vous voir dehors à votre cabinet, avocat de merde. On va parler d’homme à homme ! Vous êtes un menteur ! Attention à ce que vous dites !", lui balance le prévenu, vêtu aujourd'hui d'une veste de survêtement du Borussia-Dortmund.

Scandalisé, Me Mehana Mouhou, autre avocat des parties civiles, s’énerve et évoque les "menaces de mort" que Bendaoud vient de prononcer à l'encontre de son confrère. Le ton monte dans la salle, tout le monde s’énerve. Me Holleaux dit à Me Mouhou qu’il n’a "besoin de personne pour se défendre". 


Le prévenu s’emporte. Ses avocats tentent de le calmer. "Monsieur Bendaoud, taisez-vous !", intervient la présidente Isabelle Prévost-Desprez, qui décide d'interrompre l'audience 15 minutes. Par accident, elle lâche dans son micro où le son est encore amplifié : "Ce sont les avocats qui font n'importe quoi..."


La suspension d’audience durera plus d’une heure. Et le calme ne reviendra pas vraiment à la reprise…

Pourtant, Jawad Bendaoud semble s’être calmé… "Madame la juge, je voudrais m’excuser pour l’incident. Ça fait 14 mois que je ne suis pas sorti de ma cellule. Je tiens à m’excuser pour l’altercation, dit-il. Y a des gens, à ma place, ils se seraient coupé les testicules, ils les auraient mis dans une barquette et ils auraient dit : 'Tiens, voilà mes couilles !'".  Il indique en avoir "marre qu’on parle de lui comme ça, dans les médias, depuis le début du procès", comme de quelqu’un de "pitoyable", d'un "menteur"...


Les questions continuent, et le prévenu y répond. Puis il s’emporte à nouveau quand Me Holleaux, tente de lui faire dire, en évoquant les 50 euros qu’il a touché comme loyer pour la planque, qu’il savait qu’il hébergeait des terroristes. "Je mens comme un arracheur de dents. C’est ce que vous dites ? Ben allez-y ! Quand je me lève le matin, je me regarde dans la glace, je ne vois pas un menteur. J’en ai rien à foutre. Je me demande comment vous avez le culot de porter cette robe d'avocat, Monsieur".


Il ajoute à son encontre : "Monsieur,  je ne sais pas ce que vous essayez de faire. J’ai l’impression que vous êtes perché sur un arbre et qu’on ne peut pas vous faire descendre. On dirait que vous êtes atteint psychologiquement"


Un autre avocat se lève. "Monsieur Reinhart ? C'est même pas la peine", lui lance le prévenu, rechignant à répondre à ses questions, comme à celles d'autres avocats qui le "provoquent" à la télé. Le détenu explique qu'il regarde sans cesse les chaînes d'information depuis sa prison. Puis, très excité, las des questions, il lâche : "Je peux pas parler avec des gens qui me lynchent à la télé. Je demande à avoir mon droit… Comment ça s’appelle déjà ? Mon droit au silence. Je parle pas avec des gens qui m’insultent". 

Me Olivier Morice alors tente sa chance, mais Jawad Bendaoud sature. Il assure une nouvelle fois qu’il ne savait pas que les deux hommes qu’il a hébergé étaient des terroristes. "Ils (Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, ndlr) m’ont été présentés comme des hommes qui avaient des problèmes avec leurs femmes", répète-t-il. Me Morice insiste…. et là Jawad Bendaoud craque à nouveau et lui lance : "Retourne à ta place, je parle plus avec toi !". 


Jusqu’à la fin de l’audience, il maintiendra cette version. "Je le jure sur la tête de mes enfants, je n’ai jamais été impliqué dans cette affaire de fils de pute (...). Je ne savais pas que c’était des terroristes, c’est un pote de cité qui me les ramène, je pouvais pas savoir ! C’est comme pêcher une baleine dans une piscine, c’est pas possible !". 

Puis, comme soudainement inquiet pour son avenir, il indique : "Je suis fini. Fini ! Que je mente ou pas, c’est fini. Je fais quoi dehors ? Qui va m’embaucher. SI j’avais pour projet de faire un nouveau point de vente de cocaïne, qui va s’associer avec moi ?".


L’audience reprendra lundi à 13h30.  Le procès doit se poursuivre jusqu'au 14 février prochain. 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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