Procès Jawad Bendaoud : "Si j’avais su que c’était Abaaoud, j’aurais emmené ma sœur au commissariat", assure Youssef Aït-Boulahcen

Justice
JUSTICE – Le procès de Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen s’est ouvert ce mercredi devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Les deux premiers, en détention provisoire, sont jugés pour "recel de malfaiteurs terroristes", le troisième, poursuivi pour non-dénonciation de crime comparait libre. Ce dernier a été longuement interrogé ce mercredi. Compte-rendu.

Comme les deux autres prévenus qui comparaissent à l’occasion du premier procès en lien avec les attentats de novembre 2015, il affirme qu’il ne savait pas. Youssef Aït-Boulahcen, frère d’Hasna Aït-Boulahcen, qui avait trouvé la planque d’Abdelhamid Abaaoud, son cousin, et de Chakib Akrouh avant d’être abattue avec eux dans l'assaut du Raid, le 18 novembre 2015 à Saint-Denis, a été longuement interrogé ce mercredi. Au premier jour d’audience par le tribunal correctionnel de Paris.


Alors que Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, jugés pour "recel de malfaiteurs terroristes" se trouvent dans le box vitré, lui, poursuivi pour "non dénonciation de crime", comparait libre. L’homme né le 25 juin 1992 à Clichy (Hauts-de-Seine) avait été d’abord entendu comme témoin dans cette affaire. Il avait été ensuite placé en garde à vue le 17 mars 2017, après que l’exploitation approfondie de ses lignes téléphoniques et de ses ordinateurs ont laissé apparaître une certaine appétence pour les  "thèses djihadistes". Des photos d’Abdelhamid Abaaoud  et de la documentation djihadiste pro-état islamique avaient été découvertes dans deux iPhone lui appartenant. 

"Le climat nauséabond qui règne au pays de Charlie"

Cheveux courts, rasé de près, lunettes rectangulaires foncés, le prévenu a ainsi répondu pendant plusieurs heures à toutes les questions de la présidente. Sans pour autant la convaincre, semble-t-il. 


Sur les éléments trouvés dans ces téléphones, il déclare : "Il y a des milliers d’éléments qui vont tendre à me rendre innocent, des cours de théologiens plus modérés, par exemple, mais on a mis en avant des éléments pour faire croire que je suis radicalisé". Sur son voyage en Mauritanie après les attentats, il dit que c’était pour "apprendre l’arabe". Sur celui au Mali, il dit que c’était pour voir un ami. Il écrivait ainsi dans un SMS à un proche : "Vu l’ambiance et le climat nauséabond qui règne au pays de Charlie, Lol, j’ai envie d’aller voir un ami avec qui j'ai grandi et qui vit au Mali". 

"Hasna a besoin de s'inventer une religion, une identité"

Au sujet de sa sœur Hasna Aït-Boulahcen, il explique l’avoir bloquée dans son iPhone 6, après que celle-ci lui a envoyé un message via Whatsapp le 13 ou 14 novembre 2015, dans lequel elle se réjouissait des attentats de Paris et Saint-Denis. Il répète qu’à aucun moment,  il n’a participé aux activités de sa sœur affirmant même qu’il n’avait pas compris ce qu’elle voulait quand celle-ci cherchait une planque pour Abaaoud et son complice. 


La présidente lui lit les nombreux messages échangés, pourtant, avec Hasna Aït-Boulahcen entre les 15 et le 18 novembre 2015. "Je comprenais rien à ce qu’elle voulait, elle me parlait d’héberger quelqu’un, savoir si je pouvais, elle faisait des hypothèses, si un cousin était là, est-ce que je pouvais l’héberger… ", explique le prévenu qui parle de sa sœur comme "d’une fougueuse dans un mal-être. Elle a besoin de s’inventer une religion, une identité".  


Youssef Aït-Boulahcen continue d’affirmer qu’il ignorait qu’Abaaoud était là, sur le territoire français. "Si j’avais su j’aurais pris ma sœur Hasna par le bras et je l’aurais emmenée au commissariat. Je ne l’aurais jamais laissée rejoindre Abaaoud", assure-t-il. 

" Abaaoud? Il est l’auteur d’un désastre. C’est un assassin"

Interrogé sur la vidéo d’Abdelhamid Abaaoud traînant des cadavres au volant d'un pick-up en Syrie, Youssef Aït-Boulahcen répond : "C’est inqualifiable, c’est de la barbarie, c’est un crime. Quand j’ai vu cette scène, ça m’a horrifié. Quelle religion permet cette barbarie. Un mort, il est enterré on le laisse tranquille".


Il ajoute : "Qu’un terroriste, un des plus recherchés, arrive à traverser l’Europe, passé de la Turquie à.. je ne sais pas son périple. Pour moi, c’est improbable, c’est impossible". Youssef Aït-Boulahcen continue d’assurer qu’il ne savait pas qu’Abaaoud était, en novembre 2015, sur le sol français. 

"Je nie fermement tout lien avec le cousin Abaaoud. On a des liens familiaux c’est tout, explique-t-il encore. Qu’est-ce que je m’en fous d’Abaaoud ! Il a engrené son petit frère et d’autres… Il est l’auteur d’un désastre. C’est un assassin, quelqu’un qui tue les gens sans droit. Et de conclure : "Moi, j'ai une formation d'ambulancier, je suis secouriste. Quand les gens sont blessés, quand ils saignent, je les aide (…) N’interprétez pas un ensemble de choses. Je suis éloigné d’Abdelhamid Abaaoud. Je n’ai rien à voir avec lui".


L’interrogatoire de Youssef Aït-Boulahcen doit se poursuivre ce jeudi. L’audience reprendra à 13h30. 

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