Procès Jawad Bendaoud : "T'es un terroriste, tu rentres pas chez moi, c'est tout!"

Procès Jawad Bendaoud : "T'es un terroriste, tu rentres pas chez moi, c'est tout!"

Justice
JUSTICE – Jugé en appel depuis le 21 novembre, Jawad Bendaoud a répété une nouvelle fois ce jeudi alors qu'il était interrogé par les avocats des parties civiles qu'il ignorait qui étaient Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh quand ils ont dormi dans son appartement de Saint-Denis dans la nuit du 17 au 18 novembre 2015. Le prévenu, relaxé en première instance, comparait jusqu'au 21 décembre pour "recel de terroristes". Il encourt une peine de six ans de prison en état de récidive".

C'est l'une des choses sur lesquelles il n'a jamais varié. En garde à vue, devant le juge, en première instance et aujourd'hui en appel où il est jugé pour "recel de terroristes", Jawad Bendaoud jure qu'il ignorait qui étaient Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh quand ils ont loué son appartement de Saint-Denis. 


Jamais, dit-il, il n'aurait imaginé avoir sous son toit l'organisateur présumé des attentats de Paris et l'un de ses complices. Le prévenu reconnaît qu'il n'est pas un saint, qu'il a dealé, qu'il s'est "défoncé", qu'il a hébergé des gens pas clairs. Mais jamais il n'aurait laissé son appartement de Saint-Denis ou un autre à des personnes qui "ont tué 130 personnes et fait plus de 400 blessés". 


"Vous croyez que, pour 50 balles, j'aurais hébergé des terroristes ?" a-t-il lancé alors que les avocats des parties civiles l'interrogeaient ce jeudi. "T'es dealer, braqueur, tu fais de l'argent, t'as 100 kilos de cocaïne, oui j'aurais hébergé, normal. Il n'y a pas de problème. T'es un terroriste, tu rentres pas chez moi, c'est tout". Dans son survêtement noir à paillettes dorées, le même qu'il avait au premier jour de son procès, il a affirmé n'avoir "aucun mort sur la conscience". Jawad Bendaoud avait loué l'appartement 150 euros aux terroristes, cent euros pour "Mohamed Soumah qui avait ramené l'affaire" et "50 euros "pour lui. 

Les avocats n'y croient pas

Les avocats des parties civiles peinent à croire que Jawad Bendaoud pouvait, comme il le prétend, tout ignorer. Le prévenu affirme qu'il n'a pas vu la télé, à part quelques images le 13 novembre au soir avec son père. "Je savais pas qu'il y avait des terroristes en cavale. Mon père m'a dit, le vendredi : 'Les mecs, c'est des Pakistanais, ils sont tous morts.' Vous croyez quoi ? Que je savais que c'étaient des terroristes ? Les derniers mots que j'ai dit à Abaaoud le mardi 17 novembre (veille de l'assaut du Raid ndlr) c'est "Frère, je repasse demain à 14h". Je me dis pas dans ma tête que j'ai chez moi le chef organisateur des attentats de Paris !" 


Il ajoute n'avoir parlé des attaques avec personne le samedi et le dimanche suivants. "Le week-end du 13 novembre, j'ai fait que me défoncer. J'ai du consommer facile 35-40 grammes de coke. Facile, les yeux fermés je vous le dis, je suis sûr de moi, plus du shit….J'avais appris que mon fils avait un handicap moteur, l'autre elle me dit qu'elle est enceinte, j'en pouvais plus", se souvient le prévenu. 


Me Chemla revient sur plusieurs conversations que Jawad Bendaoud a eu avec sa compagne et sa mère le 18 novembre au petit matin et dans lesquelles il aurait évoqué les terroristes… avant qu'on ne lui en parle, selon l'avocat. 

"Un dauphin" et "des requins"

"Hé, monsieur Chemla, vous croyez que je suis un trou du cul moi ? J'ai fait 14 ans de placard. Je parle pas de shit au téléphone et je vais parler de terroristes !!!" Enervé, il s'adresse au président:  "Vous avez bien vu il m'a piégé. Il m'a dit vous avez parlé des terroristes à votre mère. C'est ma mère qui dit en premier : 'Les terroristes, les kamikazes'. "


"Je sais que vous connaissez la vérité, vous faites semblant pour satisfaire les gens qui vous ont payé", dit-il à l'avocat avant de lui préciser qu'en garde à vue on est "sous pression" et qu'on peut "raconter n'importe quoi". "Je vais mourir en paix. Je peux mourir, demain après demain, je vais mourir en paix, sans souci dans ma tête, ma conscience elle est tranquille", assure Jawad. 


Mais Me Chemla continue d'essuyer les invectives du prévenu : "Vous êtes complètement tarté vous ! Dans votre esprit raciste et stigmatisé, vous me voyez arabe et donc je suis complice. Pour vous, tous les arabes et tous les noirs de cité acceptent d'héberger des terroristes". 


"Vous, vous êtes des requins, moi je suis un dauphin. Et la justice, elle a des tentacules, des tentacules énormes", poursuit-il en regardant les avocats des victimes. "Nous sommes dans un débat judiciaire, pas dans une foire d'empoigne !", intervient le président de la cour d'appel qui, depuis deux jours, a du mal à contenir le prévenu.  

Les questions de l'avocate générale repoussées

Ce mercredi, déjà, Jawad Bendaoud avait perdu son calme au cours de l'interrogatoire du président. L'audience avait du être suspendue, avant de reprendre normalement ? Ce jeudi, il n'y a pas eu de coups d'éclat, mais quelques invectives et haussements de ton. L'avocate générale devait poser ces questions au prévenu après les avocats des parties civiles, le président a préféré repousser cet interrogatoire à vendredi. "Je pense que c'est préférable", a-t-il dit. 


La représentante du ministère public s'adressera donc au surnommé "logeur de Daech", ce vendredi à partir de 13h30. 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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