A la barre, la mère de Clément Méric évoque un "garçon de convictions" et demande de "respecter sa mémoire"

A la barre, la mère de Clément Méric évoque un "garçon de convictions" et demande de "respecter sa mémoire"

Justice
JUSTICE - Le procès des trois skinheads impliqués dans la mort de Clément Méric lors d’une bagarre en 2013 à Paris se poursuit. Jeudi, la mère du jeune homme, devenu symbole de l'engagement antifasciste, est venu raconter son fils.

Elle écoute en silence les débats, prend des notes sur un petit cahier, ne baisse pas les yeux quand la photo du visage tuméfié de son fils est projetée sur les écrans. A aucun moment depuis le début du procès, la mère de Clément Méric et ses proches n'ont déserté le banc des parties civiles. Jeudi soir, c'est à elle de s'avancer à la barre de la cour d’assises de Paris. Sa voix douce semble se briser un instant. "J’aime bien parler de Clément mais là, c’est difficile. Il avait 18 ans quand il est mort, reprend-elle. Il a beaucoup été présenté comme un militant d’extrême gauche, ce qu’il était vraiment, mais pour nous, il était bien d’autres choses. C’était aussi un fils, un frère, un cousin, un oncle, un ami". 

 

La dame aux cheveux gris raconte l'enfant "espiègle", "joueur", "curieux", et soucieux des autres qu'il était. A huit ans déjà, il offrait à un mendiant la pièce que venait de lui donner sa vieille tante. Elle a vu apparaître au fil des années ce "garçon de convictions". "Ce qui était important pour lui, c’était l’idée d’un égal respect de tous. Il était choqué par le fait que des personnes puissent être moins respectées que d’autres. Le racisme, c’est quelque chose auquel il était extrêmement sensible. Les questions de sexisme et d’homophobie également". Elle est dos au public mais on devine son sourire lorsqu’elle évoque son "élégance intellectuelle et morale".  

"Je demande qu'on respecte la mémoire de Clément"

Elle dit pudiquement la leucémie à 16 ans, la chambre stérile, les lourds traitements. "Clément considérait qu’il avait de la chance de vivre dans un pays où il pouvait recevoir des soins". Après la rémission et le bac, "l’orientation s’est imposée, il était tellement sensible aux questions sociales et politiques". Mais si l’étudiant de Sciences-Po était capable de "manifester fermement sa désapprobation", ce n’était jamais de manière violente, insiste sa mère, refusant l'image que quelques témoins ont esquissée. Alors, elle réclame de ce procès que l’on "respecte sa mémoire". Cette ancienne professeur de droit imagine que le jour de la vente privée de vêtements où les deux groupes antifas et skinheads se sont croisés, son fils ait pu "s'opposer très fermement face à des idées racistes". Mais pas avec ses poings, ni avec certains mots. "Quand un témoin impute à Clément des insultes telles que "descendez si vous avez des couilles", ce sont des propos qui ne lui correspondent pas. Il n’était pas du tout sexiste et macho".

A la demande de son avocate, elle raconte la vie d'après, "le monde de la fachosphère" qu'elle a découvert, "ses torrents d’obscénité", et ses "appels malveillants" jusque chez eux. Mais elle ne retient rien de ça. "On a décidé de se laisser envahir par la vie de Clément qui était belle et riche. On a fait la connaissance de ses amis qui ont forcé notre respect par la qualité de leurs engagements. On a décidé que Clément, c’est à travers de ce monde-là qu’on continuait à le vivre et pas celui du ressentiment". 

"Je suis désolé, je regrette tout ce qui s'est passé"

Avant le procès, elle avait imaginé s'adresser aux accusés. Mais quand on lui demande aujourd'hui, la voix se brise. "Est-ce que eux ont envie de nous dire quelque chose ?" Le jour de la reconstitution des faits, elle a croisé le regard de celui qui a reconnu avoir frappé son enfant. "J'espérais, j’attendais. Si on est des humains, on doit se sentir concerné par quelque chose de si important qui nous lie, ce n’est pas possible qu’il ne se passe rien entre eux et nous", glisse-t-elle. Mais "monsieur Morillo a simplement soufflé d’un air de dire qu’il trouvait le temps long. Là, je me suis dit 'est-ce qu’on a quelque chose d’humain en commun ?'. Hier (audition des accusés, ndlr), j'ai trouvé qu'il n'y avait pas de prise de conscience de la gravité de ce qui s’était passé". 


Non loin d'elle, Esteban Morillo pleure. "Je ne vous ai pas reconnue (le jour de la reconstitution). Je suis sincèrement désolé,  sanglote l'accusé invité à lui répondre. Je ne sais pas quoi faire, quoi dire, je regrette tout ce qui s’est passé, je ne sais pas comment me faire pardonner, je suis désolé". 

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