Procès : le tireur de "Libé" et de La Défense jugé à partir de ce matin à Paris

Procès : le tireur de "Libé" et de La Défense jugé à partir de ce matin à Paris

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JUSTICE – Abdelhakim Dekhar, 52 ans, est jugé aux assises à partir de ce vendredi par la cour d’assises de Paris pour tentatives d’assassinat, enlèvement et séquestration. Surnommé le tireur de « Libé », l’homme qui a été recherché plusieurs jours avant d’être arrêté, avait semé la terreur en France, en novembre 2013. Son procès doit durer une semaine.

Une traque de plusieurs jours, un homme armé introuvable, un appel à témoins et des photos extraites des caméras de vidéosurveillance dont tout le monde se souvient. A partir de ce vendredi 17 novembre et jusqu’au vendredi 24 novembre, Abdelhakim Dekhar, 52 ans, comparait devant la cour d’assises de Paris pour "tentatives d’assassinat en récidive légale"  et "enlèvement ou séquestration avec libération volontaire avant le 7e jour". 


L’accusé, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour ces faits, avait, entre le 15 novembre 2013 et le 20 novembre 2013, semé la panique en Ile-de-France en faisant irruption, alors qu’il était seul et armé, au siège de BFM TV puis à celui du quotidien de Libération où il avait cette fois fait usage de son fusil blessant grièvement un homme. L’individu, activement recherché par les forces de l’ordre, avait également tiré à plusieurs reprises devant les locaux de la Société Générale à La Défense, environ 1h20 après avoir fait feu dans les locaux de Libé…. 

En vidéo

Le portrait d’Abdelhakim Dekhar alias "Toumi"

Plusieurs tirs et un blessé grave

Ainsi, le 15 novembre 2013, à 7h01 et 34 secondes, un homme armé d’un fusil faisait irruption dans les locaux de BFMTV. Dans le hall d’entrée de la chaîne d’information continue, allée d'Oradour-sur-Glane dans le 15e arrondissement de Paris, le quadragénaire avait mis en joue un rédacteur en chef, lui disant sous l’œil de témoins : "la prochaine fois, je ne vous louperai pas". Puis il avait pris la fuite, à 7h01 et 53 secondes… 


Trois jours plus tard, le 18 novembre 2013, à 10h10, un homme correspondant au signalement de l’auteur des faits dans les locaux de BFM était entré dans le hall d’entrée du siège de Libération, alors rue Béranger dans le 3e arrondissement de Paris. Porteur d’un fusil à pompe, il avait fait feu à deux reprises, blessant cette fois un assistant photographe. Atteinte au niveau du thorax, la victime, dont le pronostic vital était engagé, avait été conduite d’urgence à l’hôpital de la Salpêtrière. Le tireur, lui, avait à nouveau pris la fuite. 


A 11h38 et 31 secondes ce même jour, après avoir emprunté les transports en commun, l’individu s’était rendu à La Défense dans les Hauts-de-Seine, et, avait tiré trois coups de feu alors qu’il se trouvait devant les locaux de la Société Générale, établis dans la tour Granite. Quatre secondes plus tard, il prenait la fuite. 


A 11h40, l’individu armé de son fusil à pompe montait à bord d'une Renault Twingo à Puteaux, et demandait au conducteur de le conduire sur les Champs-Elysées. Ce dernier, paniqué, obtempérait. L'homme lui, profitait du trajet pour changer de vêtements... Et disparaître dans la nature. 

Nombreuses images diffusées

Face à la récurrence des faits, à d’éventuelles nouvelles commissions et au danger, les forces de l’ordre et  le procureur de la République avaient pris la décision de diffuser un appel à témoins avec plusieurs clichés montrant le suspect déambulant dans les transports en commun, veste rouge, pull bleu, bonnet jaune, lunettes et sac en bandoulière.


Les images de vidéosurveillance de BFMTV et de Libération sont également diffusées sur les chaînes de télévision. Les images du tireur, casquette sur la tête, parka kaki ou doudoune sombre tournent en boucle alors que des policiers sont déployés devant les grands médias parisiens.

Un homme se présente au commissariat

C’est finalement le témoignage d’un homme, Sébastien L. qui, le 20 novembre, permettra aux enquêteurs d’arrêter le suspect. Ce dernier comparait également à partir de vendredi pour "destruction ou modification des preuves d’un crime ou d’un délit commis à Paris et à Courbevoie  le 18 novembre 2013" et "recel de malfaiteurs à Paris et à Courbevoie entre le 15 et le 20 novembre 2013". 


Aux policiers du commissariat de Courbevoie, il indiquera avoir reconnu sur les images l’individu comme étant celui qu’il héberge chez lui depuis le 18 novembre et qui répond au nom d’Abdelhakim Dekhar. 

Un nom déjà bien connu

Arrêté par les forces de l’ordre alors qu’il se trouve dans une voiture dans un parking de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), le suspect sera hospitalisé après avoir fait une tentative de suicide en ingérant des médicaments. 


Ce dernier est bien connu des services de police et de justice depuis les années 90. Il avait en effet été condamné en 1998 dans un dossier criminel majeur de l'époque lié aux milieux de l'ultra-gauche. Il était soupçonné d'être "le troisième homme" de l'affaire Florence Rey-Audry Maupin, une fusillade au cours de laquelle trois policiers, un chauffeur de taxi et Maupin avaient été tués en 1994. Il avait été condamné à 4 ans de prison pour "association de malfaiteurs". 


Sa peine correspondant au temps passé en détention provisoire, il avait été libéré juste après le procès, en octobre 1998. Puis Abdelhakim Dekhar était parti à Londres, avait eu deux enfants, et n’avait plus fait parler de lui jusqu’aux tristes événements de l’automne 2013. 

Pas de déclaration avant les débats

Un an et demi après les attaques de Mohammed Merah à Toulouse, Abdelhakim Dekhar a créé un climat d'angoisse en France, alors que l’Hexagone n’avait pas encore connu les terribles attentats de 2015. 


Quel était son mobile? Dans une lettre non-datée laissée derrière lui et évoquée en 2013 par le procureur de Paris François Molins, il développe la théorie d'un "complot fasciste", s'en prend au "capitalisme" et aux journalistes "payés pour faire avaler des mensonges". Dans un courrier à des magistrats britanniques, il se faisait aussi le porte-parole des opprimés. Au cours de ses interrogatoires, en 2014, Abdelhakim Merah avait également invoqué ses "motivations politiques". Il avait également indiqué qu’il n’avait "aucune intention d’attenter à la vie des personnes sur les lieux", notamment à BFM TV. 


Pendant une semaine, la défense tentera de convaincre la cour que l'accusé n'avait pas l'intention de tuer. Contacté par LCI, Me Hugo Lévy n’a pas souhaité s’exprimer sur le dossier. "Nous ne ferons pas de déclaration avant l’ouverture des débats ni même de commentaires", a fait savoir l’avocat d’Abdelhakim Dekhar. 


L’avocat du photographe blessé à Libération, Me Charles-Emmanuel Soussen, joint aussi cette semaine par notre rédaction, n’a pas souhaité lui non plus s’exprimer avant le procès. 

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