Procès Merah : hommage aux victimes et "intime conviction" au cœur des plaidoiries des parties civiles

Procès Merah : hommage aux victimes et "intime conviction" au cœur des plaidoiries des parties civiles
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Le procès Merah

JUSTICE – Après la clôture des débats ce matin vers 10h, les premiers avocats des parties civiles ont plaidé ce jeudi, au 19e jour du procès d’Abdelkader Merah et de Fettah Malki. Les plaidoiries des parties civiles se poursuivront jusqu’à lundi matin, avant le réquisitoire, les plaidoiries de la défense et un verdict attendu en fin de semaine prochaine.

Ils seront nombreux à prendre la parole jusqu’au lundi 30 octobre. Jeudi 26 octobre, les premiers avocats des parties civiles ont commencé à plaider au procès d’Abdelkader Merah et de Fettah Malki. 

Tour à tour, ils ont porté le souvenir des victimes, la souffrance de leurs proches et de ceux qui ont survécu mais qui restent traumatisés à vie. Tour à tour, ils ont demandé à la cour d’assises de condamner ceux qui sont aujourd’hui dans le box et qui encourt pour l’un la réclusion criminelle à perpétuité et pour l’autre jusqu’à 20 ans de prison. 

"Le cri de ceux qui allaient souffrir pour longtemps"

"Vous entendez ce silence ? C'est comme ça que j'imagine l'école Ozar Hatorah de Toulouse après les tueries, déclare Me Simon Cohen, qui représente la majorité des 300 parties civiles et qui a été le premier à plaider. Il y a eu un silence, puis ce fut le premier cri. Le premier cri de ceux qui ont compris qu'ils allaient souffrir et pour longtemps […]. Monsieur Monsonego m'a simplement murmuré d'essayer de trouver les mots pour dire ce qui est indicible." 

Puis Me Cohen cite la Princesse de Clèves et énumère "l'infinie capacité de souffrance" des témoins de la tuerie survenue le 19 mars 2012 peu avant 8h dans cette école juive de Toulouse. Ce jour-là, en moins d’une minute, Mohamed Merah assassinait Jonathan Sandler, 30 ans, ses deux fils Arieh et Gabriel, 5 et 3 ans, et Myriam Monsonego, 8 ans. 

"Ils sont avec nous dans cette salle"

Son collaborateur Me Jacques Gauthier-Gaujoux leur rendra hommage dès le début de sa plaidoirie, un peu plus tard dans la journée. 

"Trois petites tombes toulousaines surplombent les collines de Jérusalem, au cimetière de Giv’At Shaul.  Elles baignent dans cette lumière si spéciale qui caractérise la ville sainte. Arié, Gabriel, Myriam, mais aussi Jonathan veillent sur nous. Ils sont avec nous dans cette salle. Accompagnés de Mohamed Chemse Dine, Imad, Abel, ils nous observent…attentivement.  Ils pèsent sur notre conscience, sur notre débat" rappelle-t-il. 

Puis le jeune avocat raconte l’horreur survenue le 19 mars 2012 à Toulouse, entre 7h57 et 7h58.

" ' Il tire sur des bébés ! Il tire sur des bébés !', hurlent des femmes depuis le parvis de l’école. Des balles de 9mm fusent et claquent, sur un petit sac rose, baignant dans une mare de sang. Les élèves prennent la fuite, dans une panique totale, l’angoisse de mort déchirant leurs entrailles, alors qu’ils se réfugient dans la cave, ou sous les lavabos du réfectoire.

Bradley, tétanisé, dira-t-il, par 'les yeux énervés du tueur' qui lui fait face, est tiré par l’encolure de son blouson, par Dovan, qui le précipite à l’intérieur de l’école. 

A 50 mètres à l’intérieur, William se retourne, assiste à la scène, et s’assoit par terre, dans la cour, pour commencer sa prière.

Inès se cache sous la table et appelle sa mère.

Depuis sa voiture, Samy hurle à ses enfants de baisser la tête, 

Haya voit un enfant 'tituber et mourir', et court se cacher,

Maxime entend les coups de feu et se met à la recherche de son petit frère sans savoir s’il ne va pas tomber nez-à-nez avec le tueur.

Carine et Gwendoline n’arrêtent pas de parler à Bryan pour le maintenir éveillé alors qu’il se vide de son sang, dans son lit "une place" du deuxième étage de l’internat, 

Stella se couche sur sa petite sœur pour la protéger, 

Clara et Julia s’accroupissent entre deux voitures dans la rue, priant pour que le tueur ne les voie pas, 

Aïcha précipite les enfants à proximité dans le débarras, et compose le 17, 

Yaacov enclenche la marche arrière de son fourgon, sans quitter le tueur des yeux, qui tire dans le capot,  

Lyor tente de pratiquer du bouche-à-bouche sur l’enfant, et me dira 'qu’il vivait toujours à ce moment-là, même si du sang giclait de partout', le tout sous les yeux du papa, directeur de l’école, qui hurle et devient fou".

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" Un terroriste ignoble"

 Me Morice rappelle que le dossier Merah est un "dossier particulièrement difficile. Vous avez deux  hommes dont vous devez apprécier la responsabilité. Et, bien entendu vous avez un absent", souligne l'avocat de la famille de Mohamed Legouad abattu le 15 mars 2012 par le "tueur au scooter".  "Un absent dont certains n’ont pas voulu dire le nom. Cet absent, ce Mohamed Merah dont on peut dire qu’il était un terroriste absolument ignoble".

L’avocat l’a répété, il est convaincu que les deux accusés sont coupables, qu’ils ont aidé le "sicaire" comme l'a baptisé son confrère Me Cohen, à commettre ses actes. C’est son "intime conviction". "Présenter les actions de Mohamed Merah comme celles d’un loup solitaire est une imposture ! a affirmé Me Morice. Ce que l’on demande à la justice, ce n’est pas de condamner Abdelkader Merah ou Fettah Malki à cause des crimes de Mohamed. C’est de dire si, oui ou non, il y a eu complicité de celui-ci ou celui-là". 

Me Philippe Soussi, avocat de Bryan, blessé alors qu’il avait 15 ans et qu’il était à l’école Ozar Hatorah, est tout aussi convaincu de la culpabilité du frère aîné du tueur au scooter et n’a pas "l’ombre d’un doute". "Abdelkader Merah, si on l'écoute, sa vie, c'est peace and love, le Martin Luther King des Izards : soyons sérieux !" a-t-il lancé.

"Tête pensante","mentor", " instigateur"

Pour tous les avocats des victimes, Abdelkader Merah a bien été "le mentor idéologique", "l’instigateur". Du "monstre à deux têtes", l’un a été "la tête pensante", terme utilisé maintes fois depuis le début du procès par Me Korchia, avocat de Samuel Sandler, qui a perdu son fils Jonathan, ses deux petits-fils Arieh et Gabriel, respectivement âgés de 30, 5 et 3 ans, l’autre, Mohamed Merah, "le bras armé". 

L’iPod, les cours de préparation au djihad et les fameux fichiers comportements, les voyages en Egypte, au Pakistan ou encore en Afghanistan, la proximité avec les frères Clain, Olivier Corel, l’Emir Blanc ou encore Sabri Essid, les contacts entre Abdelkader et son frère Mohamed Merah juste avant, ou pendant les crimes… Pour les avocats des parties civiles, toutes les preuves sont là.

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"Abdelkader Merah, vous avez perdu"

"La cour dira si Abdelkader Merah a été le mentor de son frère mais je crois que vous avez perdu", a estimé  Me Soussi. "Vous vouliez un monde sans juif, sans chrétien, sans militaire, un monde sans kouffars (mécréants), comme d'autres ont voulu un monde sans terrasse et sans concert", a-t-il poursuivi en référence aux attentats commis à Paris le 13 novembre 2015 . "Vous avez perdu. Vous n'imaginiez pas à quel point nous aimons la vie". 

Eva Sandler, femme de Jonathan, mère d’Arieh et Gabriel, n’a pas eu la force de venir au procès.  A son avocate, Me Carole Masliah, elle avait confié une mission : “Ne parlez pas des enfants morts, ensanglantés. Parlez de la vie." C’est ce que la robe noire a fait, rendant hommage à ses enfants et autres victimes parties trop tôt.

"On ne lave pas le sang par le sang. Depuis cinq ans, la famille d'Imad Ibn-Ziaten lave le sang par les larmes. Je demande à la cour de laver le sang d’Imad par le droit ", a dit à la cour Me Mouhou qui, comme tous, attend que justice soit faite. 

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