Procès Merah : "Il n'y a pas un loup solitaire mais trois loups solidaires"

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JUSTICE – Les plaidoiries des avocats des parties civiles se sont poursuivies ce vendredi au procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki. Elles continueront lundi matin, avant le réquisitoire de l'avocate générale et les plaidoiries de la défense.

La quatrième semaine du procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki s'est achevée ce vendredi avec la suite des pladoiries des avocats des parties civiles. Celles-ci avaient débuté la veille et se poursuivront lundi en attendant le réquisitoire de l'avocate générale Naïma Rudloff, les plaidoiries de la défense et le verdict attendu jeudi 2 novembre. 

 

Au 20e jour du procès des deux accusés, l'un jugé pour complicité dans les assassinats terroristes commis par son frère à Toulouse et Montauban en mars 2012 et associations de malfaiteurs terroristes, l'autre pour avoir fourni arme, munitions et gilet pare-balles à celui qui allait devenir le "tueur au scooter", les robes noires ont porté une nouvelle fois la voix des  victimes et de leurs proches et dénoncé les actes "ignobles" commis non pas par une, mais plusieurs personnes.

Rupture de l'aorte

Me Corinne Serfati a été la première à prendre la parole ce vendredi matin devant la cour d'assises spécialement composée. L'avocate représente Françoise et son fils, domiciliés en 2012 en face de l'école Ozar Hatorah. Ce 19 mars 2012, vers 8h du matin, ils ont entendu les coups de feu, puis ils ont vu les corps de Jonathan Sandler, 30 ans, Arié Sandler, 5 ans, et Gabriel Sandler, 3 ans, exécutés en une poignée de secondes par Mohamed Merah. Ce jour-là, au même endroit, à la même heure, Myriam Monsonego, 8 ans, a elle aussi perdu la vie. 

 

"Depuis 5 ans, mon client était dans le silence, il avait refusé de se reconnaitre victime. Pour lui, les seules victimes étaient celles qui avaient été tuées ou blessées", a dit Me Serfati à la cour. Pourtant, lui comme sa mère, ont beaucoup souffert eux-aussi, d'une autre manière. Au moment de l'attentat, Françoise a eu une rupture de l'aorte due au choc Elle est restée pendant des mois entre la vie et la mort. Si Françoise a survécu, elle et son fils restent, comme tous les témoins de ce drame, traumatisés à vie. 

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Avant de mourir, "Abel a sauvé des vies"

Me Béatrice Dubreuil, qui représente la famille Chennouf, a ensuite évoqué Abel, militaire âgé de 25 ans, mort lui aussi sous les balles tirées par Mohamed Merah. Elle décrit Abel comme quelqu'un de "lumineux", "passionné de foot et supporter de l'OM".  Elle raconte comment Abel? avant de mourir, "a sauvé des vies". Elle cite notamment l'un de ses amis avec qui il a eu un accident de voiture et à qui il a porté secours. Puis, alors qu'il est en mission au Sénégal, cette petite fille qu'il a sauvée de la noyade. 

 

Puis elle parle du couple que formait Abel avec sa compagne Caroline, deux êtres qui "s'aimaient à la folie" et qui attendaient un enfant. "Alors que les assassins préparaient leurs crimes, Abel préparait l'arrivée de son fils Eden et achetait des couches", lance l'avocate. L'enfant ne connaîtra jamais son père. "Eden est né quelques semaines après le drame. Il a ressenti le choc de sa mère quand il était dans son ventre. Il souffre aujourd'hui d'une maladie grave aux yeux et dont la guérison est le nouveau combat de cette famille", dit Me Dubreuil.

Car le 15 mars 2012, alors que le militaire se rendait avec deux autres parachutistes, Mohamed Legouad et Loïc Liber, pour retirer de l'argent au distributeur automatique, les trois soldats ont croisé la route de "d'un monstre sur un scooter, un monstre qui a filmé ses actes". "Les cibles de ce monstre, elles étaient militaires, il avait commencé le 11 mars avec Imad, insiste Me Dubreuil. De ces actes ignobles, Abdelkader Merah est le cerveau, l'instigateur, il est encore plus lâche que son frère car il a fait agir son frère". 

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"Une charpente idéologique construite par Abdelkader Merah"

Comme elle, Me Frédéric Picard, avocat lui aussi d'Albert et Katia Chennouf, estime "qu'une charpente idéologique a été construite par Abdelkader Merah". "L'accusé parle d'un islam orthodoxe qui n'est ni plus ni moins que l'islam des frères Jean-Michel et Fabien Clain" ajoute-t-il. "Par son attitude surjouée et nonchalante au procès, par son insolence, Abdelkader Merah, a directement montré son implication  implication de quelqu'un qui se croit en mission pour le Divin, insiste Me Picard. Abdelkader Merah ne reconnaît que les lois éditées par son Dieu, ses lois propagées par sa doctrine extrémiste"

 

Me Jean Tamalet, lui aussi avocat des Chennouf, rappelle qu'avant de fermer le cercueil de son fils, Albert lui a dit : "Va, mon enfant, dors en paix, je saurai pourquoi tu as été assassiné". Si, depuis, Albert Chennouf et ses proches n'ont cessé de traquer la vérité, ils n'auront "sans doute jamais une réponse complète". 

 

"Albert Chennouf en a la conviction : tout ceux qui auraient dû être poursuivis, tous ceux qui auraient dû être accusés ne sont pas là. Si ça n'enlève rien aux responsabilités d'Abdelkader Merah, on peut se demander où sont les autres membres du réseau idéologique et logistique qui a soutenu et préparé l'action de Mohamed Merah. Ils ont été identifiés et pourtant l'instruction ne les a pas inquiétés, souligne Me Tamalet. On peut se poser des questions sur la rigueur avec laquelle, ce dossier, pardon au juge d'instruction de le dire mais c'est nécessaire, a été menée".

 

Comme lui, Me Paul Mallet, avocat de la Fenvac, ne peut pas croire une seule seconde que Mohamed Merah a agi seul. "Il n'y a pas un loup solitaire mais trois loups solidaires : Mohamed Merah, Abdelkader Merah, Fettah Malki. Le premier a agi, mais il avait besoin du second, et des armes de l'autre. Aucun des trois ne pouvaient ignorer ses intentions criminelles. Deux au moins l'ont fait au nom de 'leur religion'."

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" Une idéologie criminelle qui avance dans l'ombre"

Celle qui représente Lyor, ancien interne d'Ozar Hatorah, Me Cechman, a elle rappelé à la cour "que, dans le cadre de la garde à vue, Abdelkader Merah a revendiqué les actes de son frère."

 

Le 19 mars 2012, Lyor a été témoin direct de la tuerie de Mohamed Merah dans l'école juive de Toulouse. Né le 14 novembre 1994 a Lyon, Lyor n'est pas venu au procès . "S'il était venu, il vous aurait parlé de ce matin infernal. Le 19 mars 2012 quand il était élève à Ozar Hatorah. Qu'il s'est levé à 6h30 comme tous les matins, comme il est interne. Qu'il est allé prier comme tous les matins", explique son avocate. 

Elle continue : "Lyor a entendu un ou deux coups de feu, sur sa droite, deux corps d'enfants. Il a pris l'enfant le plus proche de lui, il l'a tiré jusqu'à l'entrée de l'internat. Alors qu'il le tenait dans ses bras, Lyor s'est aperçu que "l'enfant avait pris deux balles dans la tête et que des veines sortaient de son front.  Il l'a déposé dans la synagogue, et a demandé qu'on aille chercher la petite fille. C'était Myriam. 'On a essayé de ranimer les deux enfants, j'avais le goût du sang dans la bouche'", a-t-il dit à son avocate. 

 

Me Cechman rappelle que "Lyor, à cette époque était un enfant qui sauve un autre enfant, un gosse qui sait qu'une vie est indispensable en ce monde". "Aujourd'hui, Lyor, dans ses nuits, dans ses jours, vit, ou plutôt, survit". 

 

Commes les autres avocats de la partie civile, comme l'accusation, Me Cechmann est aussi convaincue de la culpabilité d'Abdelkader Merah.  "Le salafisme radical n'est pas une croyance religieuse mais bien une idéologie criminelle qui avance dans l'ombre. Tous ses voyages, tous ses agissements font partie d'actes préparatoires à une idéologie criminelle", insiste-t-elle. Elle conclut, s'adressant à la cour: "Si nous sommes dans un procès historique, vous pouvez rebâtir, construire le droit. Le peuple français vous l'implore."

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