Procès Merah : le ministère public requiert les peines maximales à l'encontre des deux accusés

Procès Merah : le ministère public requiert les peines maximales à l'encontre des deux accusés

Justice
JUSTICE – La réclusion criminelle à perpétuité a été requise lundi contre Abdelkader Merah, qui comparaît depuis le 2 octobre devant la cour d'assises de Paris, pour "complicité" dans les assassinats perpétrés par son frère Mohamed en mars 2012 à Toulouse et Montauban. L'avocate générale Naïma Rudloff a par ailleurs réclamé 20 ans de réclusion à l'encontre de Fettah Malki, poursuivi pour avoir notamment fourni un pistolet-mitrailleur Uzi au "tueur au scooter".

Trois heures entrecoupées d'une pause de 15 minutes et le réquisitoire est tombé. Peu après 17 heures ce lundi 30 octobre, après 21 jours de procès, Naïma Rudloff, avocate générale, a requis la  réclusion criminelle à perpétuité contre Abdelkader Merah, qui comparaît devant la cour d'assises de Paris pour "complicité" dans les assassinats perpétrés par son frère Mohamed, en mars 2012 à Toulouse et Montauban. L'avocate générale Naïma Rudloff a demandé à la cour d'assortir cette condamnation d'une peine de sûreté de 22 ans.

 

Cette dernière a par ailleurs réclamé 20 ans de réclusion criminelle assortie d'une peine de sûreté des deux tiers à l'encontre du deuxième accusé, Fettah Malki, jugé pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle". La représentante du ministère public a, en outre, demandé à la cour l'inscription des deux condamnations au Fijait (Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infractions terroristes).

"Abdelkader Merah a fabriqué Mohamed Merah"

Tout au long de son réquisitoire, dans un ton sec et à vive allure, s'adressant directement, parfois, aux accusés, Naïma Rudloff a repris point par point les éléments du dossier pour démontrer à la cour que le "sachant", "le savant", avait façonné le "combattant". Par deux fois, l'avocate générale a ainsi répété : "Abdelkader Merah a fabriqué Mohamed Merah". 

Si Mohamed Merah est bien celui qui a appuyé sur la détente, tiré 29 coups de feu en huit jours, ôté à vie à sept personnes dont, quatre, en moins de 21 secondes à l'école Ozar Hatorah et qui a tenté d'en tuer trois autres, un autre homme en a été l'instigateur". 

En vidéo

Affaire Merah : des failles dans le dispositif de surveillance ?

Cet homme, ce "complice", ce grand frère surnommé aux Izards "Le Grand Ben Ben", en référence à Ben Laden dont il avait salué les actes terroristes en 2001, a bien été la tête pensante des projets de son frère. 

De la taqya

Pour tenter de prouver la culpabilité d'Abdelkader Merah, l'avocate générale est revenue sur la "dissimulation" ou "taqya" et que les deux frères ont pratiquée pour évoluer dans l'ombre jusqu'aux coups fatals. Elle a rappelé, par exemple, que les deux hommes ne s'appelaient jamais par téléphone. Elle a pointé du doigt les 10% de documentation jihadiste retrouvée dans le matériel informatique d'Abdelkader Merah, dont ces "fichiers comportements", en fait des cours de jihad mais baptisés ainsi pour rester discret. 

 

Puis elle a reparlé des voyages de l'aîné, en Egypte, en Algérie, puis en Egypte. "Son frère Mohamed a suivi le même parcours, a-t-elle dit, avant de se rendre en Afghanistan, puis au Pakistan". Depuis cette ultime destination hors de nos frontières, Mohamed Merah tentera à sept reprises, entre le17 septembre 2011 et le 9 octobre 2011 de joindre son frère Abdelkader par mail, par le biais de sa sœur, alors que les deux hommes sont censés être fâchés. L'avocate générale reconnaît que l'on ignore encore à ce jour pourquoi Mohamed Merah voulait à tout prix joindre son aîné mais elle a clairement son idée sur la question.

En mars tout s'accélère

Vient ensuite la connexion depuis la box de Zoulikha Aziri (la mère des enfants Merah), le 4 mars 2011, à 23h04 sur l'annonce postée par le militaire Imad Ibn-Ziaten, qui voulait vendre sa moto. "On ne sait pas qui a fait la connexion", admet l'avocate générale. Pour elle, c'est un des deux frères. Celle du 11 mars, depuis un Cyber, sera faite elle par Mohamed Merah "C'est prouvé, a rappelé l'avocate générale, son ADN a été retrouvé".

 

Puis, le 6 mars, cinq jours avant le premier assassinat, les deux frères dans ce qu'elle a décrit comme une"entente mortifère" voleront le scooter T-Max. L'engin permettra à Mohamed Merah de se rendre sur lieux de ses crimes et de prendre la fuite à chaque fois à vive allure, après avoir fait de nouvelles victimes. Pour le ministère public c'est certain, si "le vol était d'opportunité", la "filature était elle préméditée". Ce même jour, les Abdelkader et Mohamed iront également acheter un blouson, que le tueur au scooter enfilera pour au moins deux des trois tueries, celles des 11 et 15 mars 2012. 

 

A chaque fois, avant ou le jour même des meutres, les deux frères se sont vus a encore rappelé Naïma Rudloff.

Malki, pas un petit délinquant

Quant à l'autre accusé, celui qui a très peu parlé au cours de ces 21 jours de procès, celui dont certain ont même presque oublié la présence dans le box, Naïma Rudloff ne le perçoit pas du tout comme un petit "commercial" des cités tel qu'il s'est lui-même décrit. "Malki c’est simple, il est sans foi, sans loi, sans morale (…) tout ce qui compte, c’est que ça rapporte", estime encore l'avocate générale. 

 

Pour elle, Fettah Malki ne pouvait ignorer qu'en fournissant armes, gilet pare-balles et munitions à Mohamed Merah, il y aurait des tirs et très probablement des morts. 

"Frère d'un martyr ou complice d'un assassin?"

Avant de demander à la cour de condamner ces deux hommes à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'un, et à 20 ans de réclusion pour l'autre, l'avocate générale s'est adressée à Abdelkader Merah : " Il existe une question à laquelle aucun savant au monde ne pourra répondre monsieur Abdelkader Merah. Abdelkader Merah est-il le frère d'un martyr ou le complice d'un assassin stoppé par la police ? Dans notre démocratie, c'est la justice qui apportera la réponse à cette question", a-t-elle dit. 

 

Et de conclure : "Il nous faut regarder vers ceux qui aiment la vie, vers ceux qui honorent la vie (…) Face à la menace terroriste, nous avons tant de vies à sauver".  


Les avocats de la défense plaideront mardi matin dès 9h30. Les accusés pourront prendre la parole, s'ils le souhaitent, jeudi matin avant que la cour ne se retire pour délibérer. Le verdict est attendu ce même jour, le 2 novembre. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Le procès Merah

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter