Procès Merah : les avocats de Fettah Malki veulent une "peine juste" pour un "délinquant"

Procès Merah : les avocats de Fettah Malki veulent une "peine juste" pour un "délinquant"

JUSTICE – Me Christian Etelin et Me Edouard Martial ont demandé ce mardi matin que soit prononcée une "peine juste" à l'encontre de Fettah Malki, "commercial de cité", "délinquant de droit commun" mais loin d'être "terroriste". Lundi soir, l'avocate générale Naïma Rudloff a réclamé 20 ans de réclusion criminelle assortie d'une peine de sûreté des deux tiers à l'encontre de cet accusé jugé pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Il avait défendu Mohamed Merah bien avant que celui-ci ne devienne celui que l'on surnommera le "tueur au scooter". Alors qu'il n'était qu'un voyou de la cité des Izards de Toulouse. La dernière fois qu'il l'avait défendu, c'était en février 2012, un mois avant les attentats, pour un accident de moto alors qu’il n’avait pas le permis. Et quand Me Christian Etelin a entendu le nom de Mohamed Merah le 21 mars 2012, lors du siège devant le domicile de l'assassin, il a d'ailleurs cru à un "homonyme".


Celui qui était surnommé "le tueur au scooter" a ensuite été abattu par le Raid, le 22 mars 2012 au matin. Me Etelin est, lui, aujourd'hui, l'avocat de Fettah Malki, jugé depuis le 2 octobre par la cour d'assises spéciale pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", présent dans le box aux côtés d'Abdelkader Merah. 


Ce mardi matin, l'avocat toulousain, petites lunettes rondes sur le nez, a demandé à la cour "une peine juste" pour l'accusé âgé aujourd'hui de 35 ans et à l'encontre duquel l'avocate général Naïma Rudloff a requis lundi 20 ans de réclusion criminelle assortie d'une peine de sûreté des deux tiers". 

Un accusé presque absent

" Il a bien dû se passer sur 30 jours, 29 jours au cours desquels il n’a jamais été question de lui-même", a rappelé Me Etelin au début de sa plaidoirie. Bien que présent dans le box, Fettah Malki, si peu interrogé, si peu intervenu, aurait pu être presque absent physiquement aux côtés de l'autre accusé, Abdelkader Merah. "Et puis hier, après presque 4h d’intervention du parquet général, en 10 minutes, on a requis à son encontre 20 ans de réclusion", s'est étonné l'avocat. 


Me Etelin a taclé l'avocate générale : "Quand on demande 20 ans contre quelqu’un dont on sait parfaitement qu’il n’a absolument rien à voir avec toute velléité de djihad, et que même il en est l’ennemi !". L'avocat a ajouté :"Mais il est terroriste 'par potentialité' comment peut-on dire des choses pareilles en droit ?".


Pour Naïma Rudloff, Fettah Malki ne pouvait ignorer le danger que représentait Mohamed Merah, qui lui aussi a grandi aux Izards et à qui l'accusé a fourni un gilet pare-balles estampillé "Police" avant les attaques et un pistolet mitrailleur Uzi.  " Ce que la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur ndlr), les services de renseignement israéliens (...) et  Squarcini n'ont pu voir, Fettah Malki aurait dû le voir" s'est exclamé Me Etelin. "Ce petit 'commerçant de quartier' n’a certes pas réfléchi quand il a donné une arme à Merah. Mais qu’il soit assimilé au terrorisme alors qu’il y est étranger et opposé, c’est extraordinaire", a-t-il estimé.  

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Le réquisitoire dans le procès Merah

"Fettah Malki ne mérite pas d'être regardé par la société comme un terroriste.  Il ne mérite pas d'être jugé comme tel, il ne mérite pas de servir d'exemple. Je demande simplement que vous soyez justes", a conclu Me Etelin laissant la parole à son confrère Edouard Martial.

"Un procès pour l'exemple"

Dès le début de sa plaidoirie, Me Martial, autre avocat de Fettah Malki a qualifié le procès d'Abdelkader Merah et de son client de "procès pour l'exemple". "Lundi, vous avez entendu la phrase la plus affreuse, jamais entendue dans une cour d’assises au moment de requérir 20 ans: il est ' potentiellement terroriste'". 

 

L'avocat a rappelé que Fettah Malki avait grandi dans la cité des Izards, qu'il avait fait du trafic, "amassé les billets" mais qu'il n'avait jamais eu quelque chose à voir ni avec la religion, et encore moins avec le radicalisme. "Jamais une prière, il ne sait pas ce que c'est. Jamais un Coran entre les mains, il ne sait pas ce que c'est" a insisté Me Martial. 

 

Puis il a rappelé que l'administration pénitentiaire avait placé Fettah Malki dans l'unité dédiée aux détenus radicalisés à Fleury-Mérogis, avant de très vite l'en sortir et de le "réintégrer aux côtés des autres détenus de droit commun car il n'avait rien à y faire". 

Aucune preuve rapportée pour Me Martial

Concernant les armes , Me Martial a souligné que Fettah Malki avait "effectivement vendu un gilet pare-balles" et "remis un micro Uzi" à Mohamed Merah,  ce que l'accusé a toujours reconnu. "Et alors ?, s'est agacé l'avocat. Est-ce que dans le cadre de cette activité de délinquance pure, vous allez avancer avec certitude que vous avez affaire à un terroriste ? Mais vous ne savez rien !"

"Avez-vous rapporté la preuve que Fettah Malki était en connaissance des intentions criminelles en relation avec cette radicalisation terroriste de Mohamed Merah? Non", a lancé Me Martial s'adressant à l'avocate générale. "Que savait Fettah Malki de la radicalisation djihadiste de Mohamed #Merah ? Rien", a-t-il ajouter. Et de conclure : "On ne fait pas d’un copinage de cité, d’un copinage de délinquants une adhésion à une idéologie radicale salafiste !". 

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