"Abdelkader, il est innocent" : le témoignage de la mère des frères Merah se termine entre cris et larmes

JUSTICE – Zoulikha Aziri, 60 ans, mère de la fratrie Merah, a témoigné ce mercredi après-midi devant la cour d’assises spéciale. Encore une fois, elle a répété que son fils Abdelkader, jugé pour complicité dans les actes terroristes de son frère Mohamed, était innocent. Son audition s’est très mal finie, avec des cris et des larmes..

Elle a été entendue pendant près de deux heures et malgré les questions de la cour d’assises spéciale, comme celles des avocat des parties civiles, elle n’a au final livré aucun élément nouveau. Ce mercredi, la mère de la fratrie Merah est venue témoigner salle Voltaire. Son arrivée comme son départ ont été remarqués. Voile jaune, tunique beige, lunettes rectangulaires sur le nez, Zoulikha Aziri, dont le français n’est pas parfait, a été assistée, à sa demande, par une interprète. Debout à la barre, à moins de trois mètres de son fils Abdelkader jugé pour complicité dans les actes terroristes commis en 2012 par son frère Mohamed Merah, elle a affirmé, encore une fois, que celui qui se trouvait dans le box et qu’elle a salué d’un signe de la main à son arrivée, était " innocent". 

"Abdelkader, il n’a pas posé de problème"

Dans sa déclaration spontanée, Zoulikha Aziri a commencé par : "Je viens vous dire qu'Abdelkader est innocent. Je viens là pour dire qu'il est innocent. Abdelkader, il a rien à voir avec l'histoire qui s'est passée avec Mohamed. Ce qu'a fait Mohamed, c'est très grave. Mohamed, il est mort. Je ne savais pas ce qu'il allait faire Mohamed. Je demande pardon aux victimes". 


Puis le témoin a été interrogé longuement par le président, comme par les avocats des parties civiles. Malheureusement, ni le premier, ni les autres n’ont obtenu les réponses qu’ils attendaient. 

- " Abdelkader était-il violent ?", demande le président. 

- "Non, il n’a pas posé de problème", répond la mère de l'accusé

Les rapports des services sociaux disent le contraire, lui rappelle le président de la cour d’assises spéciale avant de poursuivre. 


- "Vous pouvez nous parler de l'agression au couteau sur son frère Abdelghani Merah (le troisième des frères, ndlr) ?", dit le président

- "C'est Abdelghani qui a commencé. Il a cassé la voiture. Ca faisait trois jours qu'il le cherchait", commente Zoulikha Aziri


Il l’interroge ensuite sur la religion : 

- "Abdelkader a-t-il subi l’influence salafiste de sa sœur Souad Merah ?" 

- "Non, c’est moi qui lui ai appris à faire la prière", assure-t-elle


Puis sur les voyages en Egypte.

- "C'est moi qui lui ai dit :' Va en Egypte passer des vacances !'", affirme la sexagénaire qui défend son fils bec et ongles. 


Zoulikha Aziri est ensuite questionnée sur son mariage avec Mohamed Essid, père de Sabri Essid (le demi-frère par alliance des frères Merah, parti en Syrie). 

- "Mohamed (Merah) a parlé avec Sabri, c'est lui qui a eu l'idée", déclare Zoulikha Aziri. Abdelkader a pourtant toujours été présenté comme l’intermédiaire de cette union.

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"Mon fils est innocent" : la mère d'Abdelkader Merah s'exprime au premier jour du procès

Qui s’est connecté au Bon Coin ?

Le président l’interroge enfin sur  la connexion du 4 mars 2012 à 23h04. De chez elle, via sa Freebox, une personne a consulté à deux reprises l’annonce postée sur Le bon coin postée par Imad Ibn-Ziaten, première victime de Mohamed Merah, tué le 11 mars. Zoulikha Aziri avait d’abord dit qu’Abdelkader n’était jamais venu chez elle le 4 mars, avant  de reconnaître en 2014 qu’il était passé boire un café vers 19 heures. Le soir, à l’heure de la connexion, "Personne n’est venu", assure-t-elle. "Donc c’est un mystère",  commente le président désolé. 

"Vous devez la vérité aux familles"

Me Mouhou, avocat de la famille d’Imad Ibn-Ziaten ne compte pas la lâcher sur ce thème. Il redemande qui s’est connecté le 4 mars 2012 sur l’annonce du Bon Coin via sa Freebox. Zoulikha Aziri lui répond que Mohamed a peut-être "pris les codes et qu’il s’est connecté dehors". L’avocat lui répond que ça n’est pas possible . 

- "Mais moi, je le jure, personne ne s'est connecté chez moi. J'étais toute seule", assure Zoulikha Aziri.

- "Madame , vous devez la vérité à la famille, aux familles !", lui rétorque Me Mouhou

- "Les familles ont droit à la vérité, ça fait 5 ans et demi !", renchérit un autre avocat des parties civiles. 

"La mère d’un accusé et la mère d’un mort"

- "Que reprocher à cette femme?", s'énerve Me Dupond-Moretti, qui défend Abdelkader Merah. "C'est (Zoulikha Aziri ndlr) la mère d'un accusé, et la mère d'un mort." 


Le frère d’Imad Ibn-Ziaten, dans la salle crie : "Vous n'avez pas honte ! Vous êtes méchants, vous êtes de la merde, vous êtes des assassins." Le jeune homme quitte la salle en larmes. 


Malgré la tension, le président ne demande pas de suspension d'audience. Une avocate des parties civiles demande alors à Zoulikha Aziri s’il n’y a pas un problème dans sa famille. "Non, elle est normale, on n'est pas des animaux", répond Zoulikha Aziri. 


Le frère d'Imad Ibn-Ziaten revient dans la salle au moment où Me Dupond-Moretti prend la parole. "Cette femme a perdu un fils. C’est un fils terroriste mais c’est un fils, que vous le vouliez ou non, déclare l'avocat. Ici, les larmes s'additionnent et on ne peut pas les opposer. On ne peut pas demander à une mère de venir témoigner contre son fils, c’est d’ailleurs pour ça qu’on ne fait pas prêter serment. C’est la formule de Camus : entre la justice et son fils, elle a choisi son fils."


L'avocat d'Abdelkader Merah n’a pas de question pour le témoin. Zoulikha Aziri quitte la salle d’audience escortée par les gendarmes après avoir adressé un signe de la main à son fils. Elle sera poursuivie par de nombreux journalistes mais aucun ne parviendra à recroiser son chemin. Si elle peut, désormais, après sa déposition, assister au débat, il est presque certain que, dans une telle ambiance, elle ne reviendra pas. 

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Le procès Merah

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