Procès Merah : la défense plaide l’acquittement d’Abdelkader, frère du"tueur au scooter"

Procès Merah : la défense plaide l’acquittement d’Abdelkader, frère du"tueur au scooter"

JUSTICE – Les trois avocats d'Abdelkader Merah ont plaidé ce mardi devant la cour d'assises de Paris l'acquittement de leur client, accusé de complicité des crimes de son frère Mohamed et association de malfaiteurs terroriste criminelle. Lundi, l’avocate générale avait requis la peine maximale : la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans.

Du plus jeune au plus âgé, devant une salle comble, de 14 heures à un peu plus de 19 heures ce mardi, les avocats d’Abdelkader Merah ont pris la parole pour la défense de leur client. Le trio s’était réparti le travail pour tenter de démontrer qu’il n’y avait au final "aucune preuve" contre l’homme qu’ils défendent et pour plaider l’acquittement pour celui qui ne soit pas devenir "le symbole du terrorisme". 


Lundi, Naïma Rudloff, avocate générale, avait requis la peine maximale contre Abdelkader Merah, 35 ans, jugé pour complicité des crimes de son frère Mohamed et association de malfaiteurs terroriste criminelle.

"Taqya à géométrie variable"

Concernant la complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, Me Archibald Celeyron est revenu sur les rencontres "réelles, supposées ou fantasmées" entre les deux frères Merah avant les attaques de mars 2012.  L’avocat a rappelé que les deux frères étaient en froid un temps, qu’ils ne se parlaient plus, et qu’ils se sont réconciliés fin février 2012. Puis,  il a souligné qu’Abdelkader Merah "avait spontanément avoué en garde à vue sa présence le 6 mars, jour du vol d’opportunité du scooter T-Max". "Ce jour-là, Abdelkader Merah était garé à 160 mètres du deux-roues, a insisté l’avocat. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour un scooter qu'il n'a jamais touché". 


Sur les rencontres entre Mohamed et Abdelkader, avant ou pendant les tueries, Me Celeyron a décrit le "flou" des témoignages à ce propos : une personne qui "a pu se tromper" en décembre 2011 ou une personne qui croit percevoir une "discussion sérieuse" entre Mohamed et Abdelkader Merah sur le bord d'un terrain de foot en mars 2012. Concernant le 15 mars 2012, jour des assassinats de deux militaires et de la tentative d'assassinat d'un troisième à Montauban, jour aussi où les deux frères ont dîné avec leur sœur devant tout le monde, l’avocat a évoqué "une taqya à géométrie variable"(l’avocate générale avait insisté lundi sur la pratique de la dissimulation, appelée "taqya" des deux frères, ndlr). 

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Le réquisitoire dans le procès Merah

Puis Me Celeyron a rappelé que trois mois avant les faits, Abdelkader Merah n’avait pas assisté au mariage de son frère Mohamed, qu’il avait appris son divorce par sa mère : "Gênant pour l’accusation, troublant pour le référent religieux qu’il est censé être", a dit la robe noire. Pour Me Celeyron, "Mohamed Merah était un tueur décidé. Il avait enclenché les préparatifs alors qu'il n'avait aucun contact avec son frère Abdelkader".


"Les victimes et l'opinion publique attendent votre décision. On attend aussi une décision juridique. Elle fixera les limites à ne pas franchir. On n'attend pas de votre décision qu’elle lave le sang. Elle ne séchera pas non plus les larmes, je le regrette. Vous allez appliquer le droit. Et, parce que vous appliquerez le droit, vous allez acquitter Abdelkader Merah", a conclu l’avocat trentenaire. 

"Rien n’a été démontré"

Me Antoine Vey, qui lui a succédé, est, lui, revenu sur "l’association de malfaiteurs terroriste criminelle que l’on reproche à Abdelkader Merah". "L’accusation a tenu à faire d’Abdelkader Merah un membre d’un prétendu groupement, mais de quel groupement s’agit-il ?, a interrogé l’avocat. L'apologie du terrorisme ne fait pas de lui un membre d'un groupement affilié à Al-Qaïda". 


"On a tout avancé, les frères Clain (dont les voix ont été authentifiées sur les des revendications des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, ndlr), des jihadistes de toute nature, mais rien n'a été démontré. On ne condamne pas sur un faisceau d'indices, sur un sentiment", a insisté Me Vey. On veut faire croire qu'Abdelkader Merah était presque un émir, alors qu'il n'apparaissait sur aucun radar de renseignement a dit Me Vey. Mohamed Merah a une autonomie logistique totale", a-t-il assuré. 

"Si Mohamed Merah était dans le box, il serait seul"

Dupond-Moretti a clôturé les plaidoiries. Avant de prendre la défense de l’accusé, a d’abord parlé de "l’horreur que nous inspirent ces crimes, leur cortège de chagrin, de révolte et d’incompréhension. Des hommes de paix assassinés, blessés, des petits enfants exécutés, toute cette abomination commise au nom de Dieu". "Je voudrais pouvoir exprimer ma compassion, même si les mots sont dérisoires, a poursuivi le ténor du barreau. Les mots que je destine à la cour d’assises seront une blessure supplémentaire infligée aux victimes",  a-t-il poursuivi. 


"Depuis cinq ans, on affirme imprudemment, sans preuve, que par défaut l’artisan de leur malheur est AbdelkaderMerah qui se trouve dans le box (..)"Il fallait un coupable. Pour les errements de la police. Pour l'image de la galerie Saint-Eloi. Pour faire le deuil. Abdelkader Merah incarne le mal par défaut. Si Abdelkader Merah est ici dans le box, c’est parce que son frère est mort. Et que si Mohamed Merah était dans le box, il serait seul", a assuré Me Dupond-Moretti. 


Le réquisitoire de l’avocate générale ? Pour le ténor du barreau, rien d’autre qu’un "discours médiocre", "une ratatouille". 

"Vous êtes incapables d'apporter la preuve !", a lancé ensuite Me Dupond-Moretti à la représentante du ministère public. Tout ce que vous proposez, c'est le syllogisme de la taqya. L’avocat conclut, s’adressant cette fois à la cour : "Si vous condamnez Abdelkader Merah, vous aurez jugé sans doute mais vous n’aurez pas rendu justice. La justice sera morte ou gravement blessée parce que, monsieur le président, nous nous serons couchés". 


Le verdict est attendu jeudi. 

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