Procès Merah : pour Abdelghani, le frère aîné fâché avec sa famille, "Abdelkader a téléguidé Mohamed"

Procès Merah : pour Abdelghani, le frère aîné fâché avec sa famille, "Abdelkader a téléguidé Mohamed"

Justice
JUSTICE – Abdelghani Merah, frère ainé de la fratrie du même nom, est venu à la barre ce lundi après-midi. A quelques mètres de son frère Abdelkader Merah, jugé pour complicité dans les actes terroristes de Mohamed Merah en mars 2012 à Toulouse et Montauba, il a affirmé que son cadet qui est sur le banc des accusés était "un danger", qu’il "sorte ou qu’il reste en prison".

Il est resté un long moment à la barre et n'a jamais il n’a regardé son frère, dans le box, alors que ce dernier n’a cessé de le fixer. Ce lundi, au onzième jour du procès d’Abdelkader Merah et Fettah Malki, Abdelghani Merah a été entendu par la cour d’assises spéciale. Cheveux ras, moustache et barbe de trois jours, t-shirt rose pâle à manche courte siglé "Summer " l’homme âgé de 40 ans déclare être "sans profession" et "sans domicile fixe". Engagé contre l’islam radical, Abdelghani Merah a réaffirmé ce lundi avoir la"conviction" que son frère Abdelkader était au courant des intentions de Mohamed Merah. 

Abdelghani décrit Abdelkader comme "un monstre"

Avant même de parler d’Abdelkader Merah, Abdelghani Merah a égrené le nom de toutes les victimes, blessées ou tuées par son petit frère Mohamed au cours des attaques terroristes perpétrées il y a cinq ans et demi et adressé ses condoléances aux familles. "Depuis mars 2012, je tenais à dire la vérité, je n'ai pas tenu à me mettre dans la loi du silence", a-t-il notamment déclaré. Avant de poursuivre : "Je dénonce, je combats, ce radicalisme qui a détruit la famille. Je dénonce la haine, les meurtres, la haine contre les juifs". Et de rappeler que son frère Abdelkader "l'a poignardé au cœur, à 7 reprises, parce que sa femme était d’origine juive". Un motif réfuté par la défense.

"Je redis ma conviction de la dangerosité d'Abdelkader qu'il sorte ou reste en prison, restera un danger", continue Abdelghani Merah. Pour lui, l’accusé âgé de 35 ans, qui a rejoint la mouvance salafiste toulousaine en 2006 après une jeunesse de délinquant multirécidiviste, est un "monstre", "dictateur", un "sadique", "un pervers". Abdelghani Merah l’accuse d'ailleurs d'avoir été le mauvais génie de l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012. 

Un "mauvais génie" et "un bras armé"

Quand Me Korchia, avocat de la famille Sandler qui a perdu trois proches dont deux enfants, lui demande si selon lui, Mohamed Merah "était", comme évoqué un peu plus tôt, "le bras armé" des attaques, il répond par l’affirmative. Pour Abdelghani Merah, son frère Abelkader est bien "complice des actes terroristes" commis par Mohamed Merah en 2012, faits pour lesquels il est aujourd’hui poursuivi. 

En vidéo

Procès d’Abdelkader Merah : "Mon frère était un musulman pécheur"

Mohamed Merah n'a fait que suivre le "chemin" du premier. Abdelghani Merah dit avoir vu Abdelkader Merah "sillonner les quartiers, habillé comme un taliban, coran à la main et prêchant la bonne parole". Abdelkader et Mohamed Merah étaient alors en contact avec les frères Fabien et Jean-Michel Clain, qui, plus tard, partiront en Syrie et revendiqueront les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis et avec l’Emir blanc d'Artigat (Ariège) Olivier Corel.

Il se vantait de se faire appeler Ben LadenAbdelghani Merah, au sujet de Abdelkader

Abdelghani Merah rappelle que son frère Abdelkader "se vantait, après le 11 septembre 2001, de se faire appeler Ben Laden". Avec Souad, leur sœur, Abdelkader "se vantait aussi de vouloir commettre un attentat", selon Abdelghani. "Abdelkader (...) a façonné Mohamed, a-t-il répété à la cour. Mon intime conviction est que si Mohamed a touché des enfants, c'est qu'il a été téléguidé par Abdelkader." 


Et il ajoute : "Mohamed Merah a suivi quasiment en copié-collé le parcours d'Abdelkader Merah. Il n'a suivi que son exemple", persuadé qu'il était que c’est Abdelkader qui "commettrait un attentat". Abdelghani s'est également dit convaincu que ses deux frères avaient parlé ensemble des projets du tueur, ce que les enquêteurs n'ont pas réussi à établir formellement.

"Crimes de sang"

Un avocat de la partie civile demande à Abdelghani pourquoi il appelle Abdelkader Merah et Mohamed Merah par leurs noms et prénoms plutôt que de dire "mes frères". "Depuis qu’il y a eu des crimes de sang, ce ne sont plus mes frères", répond Abdelghani Merah. 


Si l’homme à la barre se dit  honnête, contre l’islam radical, sa parole ne convainc pas tout le monde. "Vous avez fait un certain nombre de déclarations étonnantes qui ne sont corroborées par rien. Vous n’en rajoutez pas un peu ?", lui demande l’avocate générale, qui fait référence à des viols qu’un oncle aurait commis sur les enfants Merah, ou du motif antisémite concernant l’agression au couteau par son frère Abdelkader, motif qui serait arrivé tard. Abdelghani Merah campe sur ses positions et réaffirme que tout est vrai. 

"Coqueluche de l’accusation"

Me Dupond-Moretti prend la parole à son tour. "Qui a été violé dans votre famille. Abdelkader Merah a été violé et qui d’autres ? Tout a été démenti", lance l’avocat d’Abdelkader Merah. Il continue : "Sur le violeur, vous avez donné un nom et aujourd'hui vous en donnez un autre…". Puis ajoute : "Sur l'agression par Abdelkader Merah, il n'a jamais été question des origines juives de votre femme."

Eric Dupond-Moretti revient enfin sur l’ouvrage "Mon frère ce terroriste" écrit par Abdelghani Merah et Mohamed Sifaoui. Pour lui, Abdelghani Merah a fait ça "pour l’argent". "Vous êtes le porte-parole de la France (…). Vous êtes la coqueluche de l’accusation et de certains médias", déclare Eric Dupond-Moretti à Abdelghani Merah, citant une chaîne de télé. "Vous croyez que si j'avais fait ça pour le fric, je serais interdit bancaire et à la rue", répond Abdelghani Merah à l’avocat de la défense. 


L’ambiance est tendue. Abdelghani Merah quitte la salle Voltaire et le palais de Justice sans faire de déclaration.  

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Le procès Merah

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter