Procès Merah : pour Bernard Squarcini, il n’y a pas eu de "ratés" mais des "retards" dans l'enquête

JUSTICE – L’ex-patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI devenue DGSI) a témoigné ce jeudi au procès d'Abdelkader Merah. Pour Bernard Squarcini, le terroriste a agi seul mais a été aussi poussé par d'autres réseaux...

Bernard Squarcini est arrivé vers 13 h 50 ce jeudi aux abords de la salle Voltaire. Poursuivi par les caméras, l’ex-patron de Direction Centrale du Renseignement Intérieur  (DCRI devenue DGSI), qui devait être entendu à 14 heures, a finalement commencé sa déposition à 15h15, après un long interrogatoire du précédent témoin (de la DRRI Toulouse) et une suspension d’audience. 


Sacoche à la main, costume, cravate, l’ancien directeur des renseignements aujourd’hui âgé de 62 ans a ensuite témoigné devant la cour d’assises spéciale où sont jugés Abdelkader Merah et Fettah Malki. Bernard Squacini devait témoigner, notamment sur les "ratés" de l’affaire Merah et la thèse de " loup solitaire", avancée quelques mois après les assassinats et tentatives d’assassinats commis par "le tueur au scooter". 

Le "Squale" se dédouane

En poste de 2008 à 2012, celui qui était alors surnommé le "Squale" en interne et qui est aujourd’hui "préfet hors cadre " s’est, ce jeudi après-midi, dédouané de toute responsabilité dans les "ratés" de l’enquête.


Quand Me Mouhou, avocat de la famille d’Imad Ibn-Ziaten, militaire abattu le 11 mars 2012 par Mohamed Merah, lui demande s’il y a eu des "ratés de la part de la DCRI, Bernard Squarcini répond : "Il y a eu des retards dans le déroulement de l'enquête, des ratés, je ne sais pas.. Je suis un des premiers à l’évoquer, bien sûr que c’est un échec et à tous les niveaux. Lorsqu'il y a des râtés il faut en tirer les conséquences mais dans la confiance, pas dans la haine et la défiance. On en a tiré les conséquences".

"Après la tuerie de Montauban (où trois militaires ont été assassinés par Mohamed Merah, ndlr) où je reprends le manche, car avant je ne connaissais pas le dossier, j'ai été l'un des premiers à tourner la piste de l'extrême droite", a-t-il affirmé. "Pour moi, quand on tire sur les militaires d'un régiment qui revient d’Afghanistan, c'est automatiquement la piste islamiste", a-t-il expliqué.

"Le loup solitaire" ? Des "propos dénaturés"

L’ancien patron de la DCRI a également été interrogé sur cette notion de "loup solitaire. Une avocate des parties civiles cite un passage d’une interview qu’il avait accordée au quotidien Le Monde en 2012. Bernard Squarcini y déclarait : "Selon les déclarations qu'il (Mohamed Merah) a faites lors du siège par le RAID, il s'est autoradicalisé en prison, tout seul, en lisant le Coran. C'est un acte volontaire, spontané, isolé. Et il dit que de toute façon, dans le Coran, il y a tout. Donc, il n'y a aucune appartenance à un réseau". 


"C’était un terme technique. Je suis désolé si mes propos ont été dénaturés", a-t-il commenté au sujet de cette notion de "loup solitaire". Devant la cour, l'ex-patron de la DCRI explique que Mohamed Merah a surpris par son "modus operandi" . "Mohamed Merah appuie sur la détente, il filme ses crimes seul mais il est conditionné en amont par toute cette nébuleuse", explique-t-il encore.


"Je suis sûr que l'endoctrinement religieux d'Abdelkader Merah a eu une influence déterminante sur Mohamed Merah", poursuit Bernard Squarcini. Pour lui, le "tueur au scooter" a été "armé bras et tête par Abdelkader Merah". D’autres réseaux "secrets et clandestins" sont également derrière lui : "la communauté d'Artigat, avec l'émir blanc Olivier Corel et les frères Clain, sa sœur Souad" et  "Al-Qaïda au Pakistan". 

Une version "plus claire, plus crédible"

Interrogés après la déposition du "Squale", plusieurs parties civiles se sont dites "satisfaites" que l'ancien directeur des renseignements ait un peu parlé alors qu’il ne voulait, au départ, même pas venir à la barre. 


Albert Chennouf, père du militaire Abel Chennouf, qui a porté plainte contre Bernard Squarcini considérant que  la DCRI avait sous-estimé la dangerosité de Mohamed Merah et pas assuré un suivi de cet homme pourtant fiché S depuis 2006, regrette toutefois que l'ex-patron du Renseignement intérieur n’ait pas reconnu qu’il avait "merdé" et qu’il n’ait pas "présenté ses excuses". 


"Sa version aujourd’hui me parait plus crédible et plus claire, indique pour sa part Latifa Ibn-Ziaten, la mère d'Imad. Au moins la vérité a été dite, Mohamed Merah n’a pas agi seul. Il était préparé par son frère et plusieurs personnes". 

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