Procès Merah : "Si j'avais su ce qu'il allait faire avec le pistolet, je ne lui aurais jamais donné" dit Fettah Malki

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JUSTICE – Peu entendu depuis le début du procès, Fettah Malki, dans le box depuis le 2 octobre aux côtés d’Abdelkader Merah, a été interrogé ce lundi après-midi devant la cour d’assises spéciale. Celui qui est accusé d’avoir équipé Mohamed Merah en armes et gilet pare-balles a répété qu’il ignorait tout de ses intentions.

Pendant trois heures, debout, dans le box des accusés salle Voltaire, Fettah Malki a répondu aux questions de la cour d’assises spécialement composée, de l’avocate générale et des avocats. Agé de 34 ans, il est poursuivi pour "association de malfaiteurs terroristes". Lui est notamment reproché d’avoir fourni le pistolet-mitrailleur Uzi utilisé par Mohamed Merah dans l’école Ozar  Hatorah de Toulouse où un père de famille et trois enfants seront tués le 19 mars 2012 et un gilet pare-balles estampillé "Police". 

Sur l'origine des "fournitures", Fettah Malki reconnait les faits. Il conteste en revanche avoir eu connaissance des projets terroristes de Mohamed Merah…. "Si j'avais su ce que Mohamed Merah allait faire avec le pistolet Uzi, je ne lui aurais jamais donné", assure ce lundi le trentenaire au visage de jeune adulte, sweat noir zippé, petite barbichette. 

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"C'est un enfoiré d’avoir fait ça"

Devant la cour, Fettah Malki a indiqué connaître Abdelkader Merah et son petit frère Mohamed et avoir été plus proche du premier avec lequel il était scolarisé et jouait au foot. Puis il s’est éloigné, en 2006, de l’aîné, quand ce dernier s’est tourné vers la religion. De confession musulmane, Fettah Malki n’est pas pratiquant. La radicalisation de Mohamed Merah ? "Il n’était pas au courant".

Quand le président lui demande avant de lui poser de nombreuses questions ce qu’il pense des assassinats commis par le "tueur au scooter" en 2012 à Toulouse et Montauban, l’accusé répond : "En tant qu'être humain, je les condamne. C'est un enfoiré d'avoir fait ça". Me Maktouf, avocate partie civile, lui rappellera un peu plus tard que c’est lui qui a fourni les armes utilisées par le tueur au scooter à l’école Ozar Hatorah. Fettah Malki, pourtant, l’affirme encore et sans cesse, il ne savait pas ce que Mohamed Merah allait faire avec ce matériel. 

"Je ne suis pas dans sa tête"

Fettah Malki dit qu’il a vendu le gilet pare-balles estampillé "police" et  volé dans un commissariat en 2011 à Mohamed Merah sans savoir ce qu’il allait en faire  : "pour un braquage", "pour le revendre"… "Je ne suis pas dans sa tête", a répété l’accusé. 

Quant au pistolet-mitrailleur Uzi, planqué pendant des mois dans le jardin de Christelle C., son ex-compagne et la mère de sa fille, Fettah Malki dit l’avoir remis à Mohamed Merah pour qu’il le "nettoie".  C'est cette arme que va utiliser dans un premier temps Mohamed Merah devant l'école juive le 19 mars et qui, en raison de son état, va s'enrailler. Il utilisera une autre arme de poing pour achever ses victimes…. 

10 à 20 ans de prison…

Fettah Malki, qui, avant les accusations qui pèsent sur lui aujourd’hui, avait déjà huit mentions à son casier pour des faits de délinquance de droit commun, encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle. Il se décrit comme un "solitaire", martèle qu’il n’est qu’un "délinquant" , "un commercial" des Izards qui fournissait de la drogue, des voitures et des objets volés aux gens du quartier par le biais du "bouche-à-oreille". 

L’avocate générale lui a rappelé qu’il avait donné à ce jour neuf versions différentes des faits, si l’on tient compte de celles données depuis le début du procès. "Fettah Malki a donné plusieurs versions et il a confirmé aujourd’hui à l’audience ce qu’il avait indiqué en fin d’instruction, réagit après l'audience Me Etelin, un de ses avocats. Au début, il ment. Comme on lui reproche d’avoir donné une arme à un terroriste et d’être un terroriste lui-même, il raconte des histoires… "

Comme son client, Me Etelin indique que ce dernier ignorait tout des intentions criminelles de Mohamed Merah, qu’il a donné l’arme et le gilet sans savoir ce qu’il allait en faire. "Pour trafic d’armes, mon client encourt dix ans. Pour association de malfaiteurs terroristes, il encourt le double. J’espère que la cour saura trancher", dit l’avocat. 

Me Korchia, avocat de Samuel Sandler, père et grand-père de Jonathan, Arié et Gabriel Sandler, abattus dans l’école Ozar Hatorah, est convaincu que Fettah Malki, quand il a fourni le Uzi et le pare-balles, était au courant des projets terroristes de Mohamed Merah : "Il a livré neuf versions et aujourd'hui, il continue de mentir… "

Le procès reprendra mardi matin, à 9h30, avec deux experts, avant un nouvel interrogatoire d'Abdelkader Merah. 

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