"Lorsqu’il tue, c’est une explosion de violence" : Francis Heaulme, un tueur en série froid et énigmatique

Justice
PORTRAIT CRIMINEL - Le 25 avril, Francis Heaulme sera extrait de sa cellule une dernière fois pour répondre devant la cour d’assises de la Moselle du meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986. Ce devrait être la dernière apparition publique du tueur en série qui reste encore, aux yeux des experts et des enquêteurs qui l'ont côtoyé, une énigme.

Des tueurs en série qui ont marqué l’histoire judiciaire française, Francis Heaulme est sûrement l'un des plus énigmatiques. Sillonnant les routes de France, il a tué pour rien et sans distinction hommes, femmes, enfant. "Moi, mon style, c’est l’Opinel", dira-t-il aux enquêteurs pour se dédouaner de l’affaire de Montigny-lès-Metz, où deux petites victimes ont été tuées à coups de pierres en 1986, et pour laquelle il sera jugé à partir du mardi 25 avril.


Francis Heaulme ne frappe pourtant pas exclusivement au couteau. Il  sait se servir de ses mains, de ses pieds, de tournevis ou de tout ce qui passe pour éliminer ceux qui croisent son chemin. Sa véritable signature criminelle, c’est l’extrême violence. "Lorsqu’il tue, c’est une explosion, il détruit. Ce sont des scènes de crimes terribles comme il est rare d’en voir", abonde l’ancien gendarme Jean-François Abgrall, à l'origine de son interpellation. Des scènes qui resteraient "figées" dans la mémoire du tueur, "capable de tout restituer sous forme de puzzle éparpillé pour peu qu’on sache l’écouter, explique à LCI l’ex-enquêteur. Il n’a pas la notion d’aveux puisque celle-ci induit le repenti. Mais il ne ment pas et n’invente rien. Il mélange volontairement les crimes, les dates, les lieux. Les explications qui ne collent pas à un meurtre correspondent toujours à un autre. Il est dans la transposition permanente". 

Neuf victimes, "des pépins" selon Heaulme

Le gendarme connaît son homme. C’est lui qui a le premier déchiffré le langage codé Heaulme. Il a su dérouler le fil de sa pelote meurtrière après son arrestation en 1992. L’histoire criminelle du tueur en série débute huit ans plus tôt. Sa mère tant adorée vient de mourir. Son père n’a, lui, été qu’un alcoolique notoire, violent et volage, que le petit Heaulme a détesté. "Le jour où elle est morte, ça a fait boum dans ma tête", confiera-t-il au cours d’une déposition. Moins de trois semaines après le décès de cette figure maternelle déifiée, le jeune Heaulme, alors âgé de 25 ans, quitte Metz. Et tue pour la première fois. 


S’ensuivent de longues années d’errance, d’alcoolisme, de nuits passées dans les foyers Emmaüs, entrecoupées de séjours en hôpitaux psychiatriques, à sa demande. Il massacre ici et là, parfois aidé de compagnons de mauvaise fortune, la plupart du temps seul, toujours pour des futilités : un enfant qui ne lui répond pas, un cri qui l’agace, une femme en maillot de bain jugée trop provocante… La justice a reconnu neuf victimes.  Des "pépins", comme il les appelle et pour lesquels il n’a aucun remord, aucune empathie. "J’ai vu rouge", "ça m’a pas plu", dit-il simplement. Francis Heaulme est un tueur froid.  

"Un être difficile à cerner"

Les experts qui se succéderont devant les nombreuses cours d’assises expliqueront que ce grand échalas au corps dégingandé et au regard glaçant souffre du syndrome de Klinefelter. Un chromosome féminin X en plus qui se traduit, entre autres, par des testicules "gros comme des petits pois", une peau imberbe, et une allure androgyne. Cette maladie, qui n'explique pas ses passages à l'acte, se traduit cependant par "un trouble de la personnalité". Certains psychiatres évoquent une "surcompensation par l'acte meurtrier", d'autres une "recherche de toute-puissance" chez ce criminel hors norme, décrit comme un peu limite intellectuellement, "intolérant à la frustration" et qui présenterait des traits "schizoïdes", "prépsychotiques" ou "pervers". Seule analyse unanime : Francis Heaulme n’est pas fou. Il a été reconnu pénalement responsable de chacun de ses crimes. 


"C’est un être difficile à cerner", reconnaît son avocate Liliane Glock qui note néanmoins la longue détention sans accroc de son client. Francis Heaulme, 58 ans désormais, a passé près de la moitié d'une vie en prison. Il n'est jamais passé en commission de discipline et les autres détenus n'enquiquinent pas le plus célèbre des tueurs en série. Après deux infarctus, le grand Heaulme a arrêté le petit travail qu'il exercait au sein des divers établissements pénitentiaires où il a séjourné et touche désormais une pension d’invadilité de 200 euros par mois. Sa sœur et ses neveux lui rendent toujours visite dans ce qui sera sa dernière résidence : la maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin), la "prison des tueurs en série", où sont aussi incarcérés un certain Guy Georges ou Michel Fourniret. Comme eux et leur longue série de crimes, Francis Heaulme a pris perpète. 

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Francis Heaulme de nouveau jugé pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz

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