Procès pour fraude fiscale : "On était conscients de l'illégalité", dit l'ex-épouse de Cahuzac

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JUSTICE - Alors que le procès pour fraude fiscale de Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget, entame sa deuxième semaine, le tribunal a entendu ce lundi Patricia Cahuzac, son ancienne épouse. Les juges cherchent à savoir ce lundi si la fraude était une affaire de famille ou un vrai système organisé.

Elle était très attendue. Allait-elle régler ses comptes avec son ex-mari ? Révéler de nouvelles informations dans le procès pour fraude et blanchiment de son ex-mari Jérôme Cahuzac ? Patricia Cahuzac a été entendue par le tribunal correctionnel de Paris, ce lundi après-midi. Elle s'expliquait sur le compte ouvert sur l’île de Man, en mer d’Irlande, et sur ceux ouverts plus tard à Genève sur fond de brouille avec son époux, qui ont servi dès 1997 à encaisser les chèques de patients anglais de la clinique gérée par le couple. 

A la barre, Patricia Cahuzac se tient droite, les mains jointes, chignon blond, chemisier blanc et jupe noire, son uniforme depuis le début du procès. D’après un journaliste présent sur place, elle parle de façon "gouailleuse", "assez drôle", décrit-il sur Twitter. D’autres disent d'elle qu'elle parle d’un ton "spontané", qu'elle est "cash", "carrée".

Quand le mari s'ennuie à la clinique

Patricia et Jérôme Cahuzac se sont rencontrés en 1976 à la fac de médecine. Elle a aux alentours de 20 ans. Ils se marient, ont trois enfants. Patricia s’installe d’abord comme dermatologue en 1983, travaille à la maison, ce qui lui permet de s’occuper de leurs enfants. Lui est associé avec le docteur Pierre Pouteaux, dans une clinique de chirurgie capillaire. 

Petit à petit, tout bascule. Patricia raconte comment, en 1996, son mari lui a annoncé que la médecine l’ennuyait, qu’il voulait se lancer dans la politique.  Il lui demande de le rejoindre dans sa clinique, pour qu’il puisse se consacrer à l’élection législative de Villeneuve-sur-Lot, en 1998. Elle accepte, pour permettre à son mari de "mener une activité qui l'épanouissait", et se consacre à la patientèle anglaise.

Selon elle, c’est le Docteur Pouteau qui leur parle de l’île de Man, et de la possibilité de déposer des chèques sur un compte. Les époux en discutent et décident de se lancer. C’est illégal ? Elle le sait bien, raconte-t-elle au président. "Nous étions très conscients de l’illégalité de tout ça. Nous n’avions aucune nécessité de faire ça", dit-elle. Elle ira "environ trois fois pas an" à Londres pour retirer du liquide, "8 à 9000 euros", souvent le week-end. 

Dans cette histoire, le tribunal veut aussi tenter de démêler si cette fraude relevait d'une "gestion familiale", comme l'affirme la dermatologue, ou d'un véritable système, comme le pensent les juges. Patricia Cahuzac maintient sa version : "Ca paraît organisé après coup", mais sur le moment, la priorité, dit-elle, était d’organiser leurs comptes français. Jérôme  Cahuzac était-il au courant de tout ça ? Lui assure que non, qu'il a appris l'existence de ce compte lors de la procédure. Elle estime que oui.

En 2007, Patricia décide toutefois d'ouvrir un compte en Suisse, à la BNP, "à l'insu" de son mari : "J'avais découvert que mon mari me mentait. Il n'y avait plus rien de solide dans mon couple", explique-t-elle. Mais la banque lui signifie en 2010 qu’elle est devenue "persona non grata" du fait des responsabilités politiques de son mari, qui cette année-là devient président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Elle transfère ses avoirs dans une banque genevoise. Ces sommes, estimées à 2, 5 millions d’euros, ont notamment servi à acheter des appartements aux enfants, à Londres.

Plus tôt dans la journée, son ancien mari Jérôme Cahuzac a lui expliqué devant les juges qu'il avait puisé dans ses avoirs cachés pour "maintenir le train de vie" de sa famille, à la demande en particulier de son ex-épouse. "Je n'ai pas assumé que mes responsabilités politiques devaient avoir comme conséquence une diminution du train de vie de ma famille", a-t-il dit.  "Je n'ai pas su lever cette contradiction entre l'homme privé et l'homme public", "j'ai voulu avoir des responsabilités (politiques) et garder mon train de vie".

Les ex-époux et leurs anciens conseillers encourent jusqu'à sept ans de prison et un million d'euros d'amende. Les réquisitions sont attendues mercredi.

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