Procès pour "harcèlement moral" à France Télécom : "Les gens étaient des cibles"

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TÉMOIGNAGES - Dix ans après la vague de suicides à France Télécom, sept ex-cadres sont jugés pour "harcèlement moral" dans un procès qui s'est ouvert le 6 mai. Alors que Didier Lombard, ex-PDG a nié toute "crise sociale" à l'époque, les premiers témoignages des professionnels en charge des enquêtes internes sont accablants.

"En 27 ans de carrière, des lettres comme ça, je n’en avais jamais vues". C’est le constat accablant de l’inspectrice du travail chargée de l’enquête sur la vague de suicides à France Télécom, il y a dix ans. Mardi 7 mai, Sylvie Catala a témoigné dans le procès des sept ex-cadres du géant de la télécommunication, jugés pour "harcèlement moral". 


Un témoignage bien éloigné des déclarations de l’ancien PDG de la société, Didier Lombard, lors de l’ouverture du procès le 6 mai. Ce dernier a en effet nié toute "crise sociale" dans l’entreprise pour mieux accuser les médias couvrant l'affaire d'avoir contribué à la dramatiser. "Bien sûr qu’il y avait une crise sociale", a taclé l’inspectrice du travail. "Ce n’est pas tous les jours que le ministre de l’Economie demande (…) d’intensifier les contrôles parce qu’il y a eu des suicides dans une entreprise". 

"Management de la terreur"

"Je me suicide à cause de mon travail à France Telecom. C’est la seule cause", écrivait le 14 juillet 2009 Michel Deparis, dans un dernier courrier, où il dénonçait le "management de la terreur". Cet ultime acte s’ajoutait à la triste liste des suicides qui se multipliaient à l’époque. 


Une série morbide qui déclencha l’enquête de Sylvie Catala en février 2010, à la suite d’une plainte déposée par le syndicat SUD PTT. Après un nouveau suicide, en octobre, l’inspectrice du travail écrira à Didier Lombard pour qu’il prenne "des mesures très rapidement pour arrêter cette hécatombe". 

"Pousser les gens à partir par tous les moyens"

Devant le tribunal, Sylvie Catala a rappelé "les pratiques brutales" et "les pressions" pour pousser les gens à partir. "C'était frappant : on demandait aux salariés de se trouver un poste après leur avoir signifié que le leur était supprimé".  


Une situation "alarmante" confirmée par Jean-Claude Delgenes, directeur du cabinet Technologia, opérant dans la prévention des risques liés au travail. Chargé d’une enquête dans l’entreprise entre septembre 2009 et juin 2010, il avait alors observé une "réorganisation permanente" avec une volonté de la société de "pousser les gens à partir par tous les moyens". "Les gens étaient des cibles", les managers "des courroies de transmissions" qui, prime à la clé,  repéraient ceux qui pouvaient partir. 


En pleine restructuration, France Telecom n’était pas parvenue à un accord avec les syndicats, et prenait des "décisions unilatérales" pour les changements de postes ou les reclassements. La société, composée alors aux deux tiers de fonctionnaires, avait pour objectif 22 000 départs sur 120 000 salariés et 10 000 changements de postes. Les méthodes des ex-dirigeants seront passées au crible par les juges les deux prochains mois pour faire la lumière sur les responsabilités liées aux 35 suicides dans l'entreprise. 

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