Procès pour viol de deux policiers du 36 : "Ces deux-là, je suis sûre de ce qu'ils m'ont fait"

Justice

JUSTICE – Le procès de deux policiers accusés du viol d'une touriste canadienne dans les locaux du 36 quai des Orfèvres en avril 2014 s'est poursuivi, ce vendredi, avec la déposition de la plaignante. Après qu'un autre fonctionnaire de la BRI a contredit sa version un peu plus tôt, elle a maintenu sa version en intégralité.

Après deux semaines d'audience et près de 5 ans après les faits, Emily S. maintient ce qu'elle a toujours dit. Elle a été violée par plusieurs policiers – au moins trois selon ses dernières déclarations – dans les locaux du 36,  quai des Orfèvres dans la nuit du 22 au 23 avril 2014. Des faits qui se sont déroulé après que cette touriste canadienne avait rencontré une dizaine de fonctionnaires dans un pub non loin de là : le Galway.

Jeudi 24 janvier, les accusés, Nicolas R. et Antoine Q., avaient été longuement interrogés, rejetant les accusations. Ce vendredi matin, un de leur ancien collègue, Sébastien C., toujours en fonction à la BRI, a soutenu leur version à la barre. Et un peu plus tard ce jour, la victime présumée a du encore une fois confirmer ses dires devant la cour. "Je suis sûre à 100% de ce que chacun de ces deux hommes ont fait", a déclaré cette femme de plus d'1,80 mètres, cheveux courts, mèche sur un côté, lunettes rouge orangé, veste kaki, chaussures et pantalon noir.

Dix jours après le début de ce procès,  les versions des fonctionnaires et celle d'Emily S., demeurent donc "diamétralement opposées", selon les termes utilisés par Me Schapira, avocat de Nicolas R.

Lire aussi

"La tête plaquée sur le bureau"

Le président Stéphane Duchemin a ainsi relu les quatre procès-verbaux d'audition d'Emily S. Le premier a été réalisé quelques heures après les faits, le 23 avril 2014 entre 8h15 et 9h. Aux enquêteurs qui l'ont interrogée, elle a répété, en français comme en anglais : "Ils m'ont violée ; "they raped me". Poursuivant, le président reprend le récit : "Parmi les policiers du Galway, il y avait les quatre qui m'ont violée. [...] Elle dira ensuite qu'ils n'étaient peut-être que trois, que l'un d'eux a pu être rentré puis sorti d'un bureau avant d'y revenir, mais selon elle, les faits sont là et elle les a dénoncés sans détour. "

Stéphane Duchemin poursuit sa litanie de phrases insoutenables, pendant de longues minutes. "J'avais envie de vomir". "Mon visage s'est retrouvé sur le bureau". "J'avais la tête plaquée sur le bureau". "Quelqu'un était à l'intérieur de moi". "Mon corps me faisait mal, je me souviens avoir voulu le mordre".

Les coupables, Emily S. en désigne au moins deux : ceux qui sont assis sur le banc des accusés aujourd'hui. "Je suis sûre à 100% de ce que chacun de ces deux hommes ont fait. Sinon, je ne serais pas là devant vous. La police m'a dit que ce serait plus simple si je pouvais identifier Sébastien C. Mais je ne pouvais pas. Mais c'est deux là (elle regarde Nicolas R. Et Antoine Q., dans la salle), je suis sûre de ce qu'ils ont fait". 

Me Schapira s'adresse à la plaignante et lui demande alors : "Sébastien C. , vous pensez qu'il devrait être aux côtés des accusés ?" Réponse par l'affirmative d'Emily S:  "Oui, car je sais qu'il était là. Et non, non parce que je ne peux pas l'identifier et son ADN n'a pas été retrouvé sur moi. Ce n'est pas à moi de dire qui doit être là ou non". 

Des dizaines de questions

Pendant deux heures, le président, l'avocat général et les avocats ont enchaîné les questions à Emily S., pour tenter d'obtenir la manifestation de la vérité à une heure où certains parlent de "parole contre parole". "Qui vous a proposé un verre dans le bureau ?" "Avez-vous crié ?" "Comment vos collants ont été retirés ?" "Qui vous a forcé à faire une fellation ?" "Qui vous a pénétré ?" "Avez-vous émis des gémissements de plaisir?" "Comment expliquez-vous ne pas avoir plus de marque sur le corps"…  Pendant de longues minutes, la plaignante est poussée dans ses retranchements par Philippe Courroye : "Les serveuses du Galway disent que vous avez perdu le contrôle de l'orgie". Dénégation indignée : "Ça n'est pas vrai. Je ne sais pas comment répondre à ça sans dire de gros mots". 

L'avocat général insiste sur la portée des accusations : "Les deux accusés encourent 20 ans de réclusion criminelle pour ces faits..." Là encore, la réplique fuse : "Moi, j'ai été emprisonnée depuis ce soir-là. Ça n'est pas à moi de les juger, c'est à ces gens [elle désigne les jugés, ndlr] et à Dieu." A nouveau, il pose la question : "Je vous le demande solennellement vous avez conscience de la gravité des accusations, vous les maintenez ?" Réponse affirmative d'Emily S. Enième relance de Philippe Courroye : "Vous indiquez avoir été violée. Est-ce la vérité ?" La Canadienne montre du doigt ceux qu'elle accuse : "J'ai été violée par ces deux hommes." Deux autres questions, sur le numéro des bureaux et la date des faits. A chaque fois, Emily S. répond, "oui".

"On nous enfume"

A l'issue de l'audience, Me Obadia, un  des avocats de la partie civile, n'a pas caché sa colère devant l'insistance des questions sur la sincérité de sa cliente. "Les rôles sont inversés, cette femme a été entendue près de 50 heures au total. C'est exceptionnel qu'en France, on puisse considérer qu'une victime doive répéter à l'infini et depuis cinq ans les mêmes accusations. On essaie donc de faire de ce procès un procès de parole contre parole, ce qu'il n'est pas car il y a des charges qui sont toutes autres que les seules auditions de la victime. On nous enfume, pour être très clair !" 

"Le sperme sur les caleçons des deux accusés, les traces ADN dans le corps de la plaignante, les retranscriptions de SMS sans équivoque aucun, si l'on prend en considération ces éléments objectifs... Je pense que le procès pourrait maintenant arriver à son terme. Il est illusoire, faux et manipulateur de considérer que c'est parole contre parole. Des éléments objectifs viennent corroborer les accusations d'Emily S.", a conclu Me Stasi, avocat lui aussi de la partie civile.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter