Professeur condamné pour atteinte sexuelle sur mineure : "J’ai complètement dérapé, je n’ai pas d’excuse"

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COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Un professeur de 31 ans a été condamné, ce lundi 27 novembre, à une peine de 18 mois de prison avec sursis pour "atteinte sexuelle sur mineure de quinze ans". A la barre, il reconnaît avoir "dérapé" sans parvenir à expliquer pourquoi.

C’est une affaire qui entre en résonance particulière avec l’actualité. Alors qu’un débat est ouvert, au sommet de l’Etat, pour légiférer sur un âge minimal à partir duquel un enfant ayant une relation sexuelle avec une personne majeure serait présumé non-consentant, le procès de Léo T., professeur de mathématiques poursuivi pour "atteinte sexuelle sur mineure de moins de quinze ans et corruption de mineure", s’ouvrait ce lundi 27 novembre au tribunal correctionnel de Fontainebleau. Sous les lumières des caméras.


Les faits, d’abord : pendant dix mois, entre février et novembre 2017, un prof de maths et son élève de quatrième ont entretenu une liaison - d’abord qualifiée par les deux parties comme une "relation amoureuse". Celle-ci débute sur Instagram, via des échanges réguliers de messages. Elle s’intensifie ensuite, vers le mois d’avril, avec des rendez-vous secrets, des baisers et des relations sexuelles. Lorsque les parents sont mis au courant, et que le beau-père d’Emilie (*) finit par surprendre Léo T. devant son domicile, il faut bien que la vérité éclate : la jeune fille, alors, soutient qu’elle est profondément amoureuse de son professeur. Qu’elle a toujours consenti, à tout.

Mi-juin, c’est vrai, je lui ai dit qu’elle pouvait être ma petite amie, à condition de se voir en dehors du collègeLéo T., le professeur d'Emilie

Mais, au-delà de l’actualité, tant médiatique et politique, les juges avaient à répondre ce lundi à une question bien particulière : comment expliquer qu’un professeur de 31 ans, en poste dans un collège de Seine-et-Marne, ait pu laisser la porte ouverte, voire encourager, une relation avec une collégienne de 14 ans ? Car bien sûr, il n’est pas ici reproché à la jeune fille d’être tombée amoureuse, mais à l’adulte référent, en position d’autorité, de ne pas avoir su dire "stop".


"Au départ, il n’y avait rien d’ambigu, défend Léo T. à la barre. J’ai dit à Emilie qu'il ne se passerait jamais rien. Mais en avril, j’ai dit non moins clairement. Je lui disais qu’on serait peut-être ensemble quand elle aurait 18 ans…. Et enfin, mi-juin, c’est vrai, je lui ai dit qu’elle pouvait être ma petite amie, à condition de se voir en dehors du collège." Silence. L’homme semble prendre conscience de l’énormité de ces deux mots - "petite amie" - lorsque ceux-ci désignent une ado de 14 ans, quinze de moins que lui. "A ce moment-là, déjà, c’était trop tard. C’était déjà n’importe quoi. J’ai complètement dérapé, je n’ai pas d’excuse", concède-t-il.

Et pourtant. Après avoir donné le feu vert à cette relation,  le professeur va encore plus loin. A la fin du mois de juin se déroulent les premières relations sexuelles. Il ajoute : "On était un couple aussi, donc on partait se balader. Un jour, on a eu l’envie d’aller à la mer mais finalement on est allés au parc Astérix". Sur le banc des parties civiles, le beau-père de la plaignante se prend la tête entre les mains. Emilie, elle, à l’évocation des détails sexuels, sort de la salle d’audience en larmes. "Je ne veux pas que ma vie sexuelle soit exposée comme ça devant tout le monde", dira-t-elle plus tard. Aujourd’hui, trois semaines après la fin de cette relation interdite par la loi, la jeune fille, longs cheveux blonds, tee-shirt rose et blanc, a changé d’avis : elle s’estime "salie", "manipulée". Elle veut que Léo T. "soit reconnu coupable" d’avoir abusé de son innocence.


De ce professeur, une expertise psychologique indique qu’il a "un besoin d’une grande reconnaissance". Qu’il existe un décalage "entre sa maturité intellectuelle et son immaturité affective". Cette dernière, en effet, saute aux yeux pendant l’audience. Alors qu’il est question ici de faits graves, de soupçons de corruption de mineure et d’atteinte sexuelle, du consentement d’une jeune fille dont chacun se demande s’il était éclairé au moment des faits, Léo T., à la barre, évoque ses jalousies : "J’ai un aspect possessif, c’est un fait. Le jour où j’ai appris qu’Emilie m’avait trompé, je l’ai mal pris. J’ai découvert des messages et c’est vrai ce jour-là, je l’ai insultée".  "Il n’est plus étudiant, mais dans sa tête, psychologiquement, il n’est pas encore un adulte référent", plaide pour lui son maître Bourbon-Busset.

En vidéo

Un professeur jugé pour atteinte sexuelle sur une élève de 14 ans

Une condamnation inférieure aux réquisitions

Une immaturité qui se conjugue à la "fragilité intrinsèque", comme le décrit la procureure, de la jeune fille, dont on apprend qu’elle a été victime d’inceste, toute petite, de la part de son père biologique. En quatrième, l’année où elle est "tombée amoureuse" de son professeur, elle était en dépression, alternant scarifications et périodes d’anorexie. "Elle n’allait pas bien, avant. Mon client s’est senti le sauveur d’Emilie, il s’est senti aimé, c’est comme ça qu’il a franchi la ligne rouge", a ajouté l’avocate de la défense. 


En fin d’après-midi, après un court délibéré, le tribunal a condamné le professeur à une peine de 18 mois de prison avec sursis, assortie d’une mise à l’épreuve de deux ans, d’une obligation de soins et d’une interdiction de travailler avec des mineurs. Une peine bien inférieure aux trois ans fermes qu’avait requis la procureure. Il l'a en revanche relaxé du chef de corruption de mineur de moins de 15 ans, estimant que l'élément de "perversion à la sexualité" n'était pas constitué. Les parties civiles, qui avaient réclamé un renvoi de l’affaire, regrettent quant à elles de ne pas avoir été entendues par les juges. 


* Le prénom a été changé

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