Qui est Eliane Houlette, l’ex-procureure qui a évoqué des "pressions" dans l’affaire Fillon ?

Qui est Eliane Houlette, l’ex-procureure qui a évoqué des "pressions" dans l’affaire Fillon ?
Justice

JUSTICE - L'ex-procureure du parquet national financier Eliane Houlette a évoqué un "contrôle très étroit" exercé par le parquet sur les investigations dans l'affaire Fillon, début 2017. Des propos qu'elle a relativisés vendredi, mais qui ont ravivé les critiques à droite sur la tenue de l'enquête.

Ses quelques mots ont remis le feu à l'affaire Fillon, dont le jugement est attendu le 29 juin prochain. Le 10 juin dernier, devant la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, l'ex-procureure Eliane Houlette, 66 ans, patronne du parquet national financier (PNF) de sa création, en février 2014, à avril 2019, a témoigné du "contrôle très étroit" exercé, selon elle, par le parquet général sur les investigations concernant François Fillon, alors candidat à l'élection présidentielle. 

Si Eliane Houlette a assuré avoir décidé en toute indépendance d'ouvrir l'enquête sur le couple Fillon en janvier 2017, sur la base de soupçons d'emplois fictifs, elle a indiqué avoir eu des difficultés à "gérer en même temps la pression des journalistes [...] et surtout la pression du parquet général", sa tutelle hiérarchique. 

Des propos qui ont suscité l'indignation, à droite, la campagne du candidat LR ayant été bouleversée par ces révélations en cascade, suivies de sa mise en examen. Quand bien même Eliane Houlette assurait, vendredi, que ses propos avaient été "déformés ou mal compris" et que François Fillon n'avait "pas été mis en examen à la demande ou sous la pression du pouvoir exécutif". 

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En 2014, elle "regrettait" l'absence d'indépendance du parquet

Eliane Houlette, qui a fait valoir son droit à la retraite en avril 2019, est la grande figure du PNF depuis sa création en février 2014. Cette magistrate, alors avocate générale auprès de la cour d'appel de Paris, avait été proposée par l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, puis choisie par le Conseil supérieur de la magistrature pour devenir avocate générale à la Cour de Cassation, pour exercer les fonctions de procureur de la République financier auprès du TGI de Paris, en janvier 2014.

Elle a été la première magistrate nommée à la tête du PNF, mis en place fin 2013 par la volonté de François Hollande, dans la foulée de l'affaire Cahuzac, pour lutter contre la corruption et l'évasion fiscale. A l'époque, la nomination de cette magistrate qui avait commencé sa carrière comme juge des enfants en 1978, passée par la section financière du parquet de Paris, avait été une surprise. 

"La maîtrise de la corruption et de la fraude fiscale constitue un défi majeur pour l'Europe et pour la France", avait déclaré Eliane Houlette lors de son audience solennelle d'installation, promettant "une véritable force de frappe pour barrer la route aux fraudeurs". 

A l'occasion, elle s'était exprimée sur l'indépendance du parquet, promise par François Hollande mais finalement écartée. "Il était prévu de réformer le statut du parquet. Cette réforme n'a pu encore se faire, on peut le regretter", avait-elle jugé, tout en assurant que "l'indépendance est aussi et, peut-être surtout, une affaire d'esprit, de cœur, de volonté et de courage". 

Elle déplorait la lenteur des procédures

Sous l'autorité d'Eliane Houlette, le PNF a eu à traiter de nombreuses affaires particulièrement sensibles. L'une des premières, début 2014, concernait l'affaire dite des écoutes téléphoniques, dans laquelle Nicolas Sarkozy doit être jugé à partir de novembre 2020. La procureure avait transmis à Christiane Taubira une note indiquant que l'avocat de l'ancien chef de l'Etat avait été en contact avec un magistrat, et le PNF avait ouvert une information judiciaire sur cette base. 

En septembre 2015, la procureure estimait que la priorité, dans les affaires de corruption internationale, était de "réduire le temps d'enquête", jugeant "insupportables" les délais de traitement de ces affaires complexes et déplorant un manque de moyens. Quelques mois plus tard, Eliane Houlette déplorait à nouveau les moyens "sous-dimensionnés", "débordés et exsangues" des services d'enquête spécialisés. "Un long parcours semé d'embûches", décrivait-elle, citant l'enquête sur le compte caché de l'ex-ministre Jérôme Cahuzac, finalement condamné en mai 2018, et contre lequel elle était venue requérir en personne durant le procès. 

En 2016, elle n'avait pas hésité, non plus, à dénoncer le manque de coopération en matière de fraude fiscale, assurant que "la Suisse n'est pas un Etat avec lequel nous pouvons coopérer facilement". 

"Je n'ai pas de sens politique"

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L'affaire Penelope Fillon

Après les révélations du Canard Enchaîné, le rapport de police relatif aux soupçons d'emplois fictifs de Penelope Fillon avait été transmis mi-février 2017 au PNF. Eliane Houlette avait d'emblée écarté l'hypothèse d'un classement sans suite, estimant devoir poursuivre les investigations "dans le strict respect des règles qui gouvernent le code de procédure pénale". Le PNF avait annoncé, le 24 février, l'ouverture d'une information judiciaire dans l'affaire Fillon, enquête qui a abouti le 14 mars à la mise en examen du candidat à la présidentielle. 

Début avril, Eliane Houlette avait en revanche écarté l'idée d'enquêter sur l'hypothèse d'un "cabinet noir" chargé, selon les soutiens de François Fillon, de faire fuiter les affaires judiciaires sous l'impulsion de l'ancien président François Hollande. Des accusations "trop imprécises", qui "manquent trop d'étai pour pouvoir justifier l'ouverture d'une enquête préliminaire", avait estimé la procureure à l'époque. 

"Je n'ai pas le sentiment d'être partie en croisade. Je suis attentive à notre indépendance. Le garde des Sceaux peut nous obliger à poursuivre, mais cela n'est jamais arrivé", assurait-elle à propos de l'affaire Fillon en avril 2017, dans un entretien à La Voix du Nord. "L'idée est que la justice doit être la même pour tous. Qu'elle doit s'appliquer de la même façon dans tous les cas. Nous n'avons pas pratiqué différemment dans cette affaire Fillon qu'à l'habitude [...] Je n'ai même pas imaginé jouer un rôle dans la campagne. Je n'ai pas de sens politique..."

L'ex-procureure n'avait jamais mentionné, à l'époque, d'éventuelles "pressions" du parquet dans cette affaire, comme elle l'a fait le 10 juin devant la commission d'enquête. 

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