Razia, assassinée en pleine rue par son mari :  "Nous ne pouvions pas savoir" insiste le procureur de Besançon

Razia, assassinée en pleine rue par son mari : "Nous ne pouvions pas savoir" insiste le procureur de Besançon

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JUSTICE - Le mari de Razia, principal suspect de son assassinat en pleine rue, à Besançon, le 30 octobre dernier, a été interpellé en Grèce vendredi 2 novembre. Le procureur de la République de Besançon donnait ce lundi une nouvelle conférence de presse, se défendant de toute négligence. La victime avait pourtant déposé plainte plusieurs fois.

Trois jours après l'interpellation, à l'aéroport d'Athènes, du mari de Razia, assassinée le 30 octobre dernier en pleine rue, le procureur de la République de Besançon a donné une nouvelle conférence de presse, dans le contexte d'une indignation montante des associations de lutte contre les violences faites aux femmes. 


Ce lundi 5 novembre, Etienne Manteaux a d'abord tenu à confirmer la détention, en Grèce, du suspect numéro 1 dans cette affaire. "L'enquête a progressé grâce à deux témoins, ressortissants afghans" a-t-il précisé. "Le mis en cause leur avait expliqué par SMS qu'il admettait être l'auteur des coups contre son épouse. Le mis en cause s'est présenté à 16h40 aux contrôles passeport à Athènes, il a donc été interpellé. Cet homme a été placé en détention et une procédure en Grèce va être effectuée pour décider s'il va être extradé en France" indique-t-il encore, ajoutant être "optimiste" quant à la remise à la France du dénommé Rafid A.

La grogne des associations

"C'est un message très fort envoyé : quand on commet ce type de faits, les individus seront traqués" estime Etienne Manteaux, néanmoins conscient des critiques formulées à l'encontre des services judiciaires sur ce dossier. En effet, depuis la mort de Razia, poignardée à plusieurs reprises devant son logement, réservé aux femmes victimes de violences conjugales, les bénévoles qui évoluaient à ses côtés n'ont de cesse de rappeler l'impuissance de l'arsenal juridique mis à leur disposition. Auprès de LCI, la présidente de l'association Solidarité femmes Besançon, qui avait accueilli Razia, a par exemple rappelé que quatre plaintes avaient été déposées, en vain. Et qu'une bien maigre ordonnance de protection avait fini, après plusieurs mois de demandes, par être délivrée. 

Nous ne pouvions pas savoirEtienne Manteaux, procureur de la République de besançon

Le procureur réplique : "Il n'y avait jamais eu de plainte pour violence contre cet homme à Besançon, en tout cas. [Les 3 plaintes déposées à Besançon l'étaient pour menaces et intimidation, NDLR] Nous n'avions aucun fait objectif." Des données vidéos antérieures au drame ont été exploitées dans le cadre de cette enquête. Selon le procureur, elles "laissaient apparaître une plaignante véhémente par rapport à son mari. Nous ne pouvions pas savoir. Il est facile de réécrire l'histoire une fois les faits passés. (...) Il n'est jamais à nouveau rentré en contact avec elle. Jusqu'au 30 octobre, et le meurtre de cette femme. J'entends l'incompréhension et l'émotion. La question qui se pose c'est qu'est-ce qu'on peut faire ? Cette ordonnance est bien maigre face à un homme déterminé. C'est un bien faible rempart. J'insiste, une comparution immédiate n'aurait pas tout réglé. Il y aurait pu y avoir une incarcération, mais ensuite ? La personne ressort. Il n'y a pas de solutions universelles" poursuit-il, précisant que l'ordonnance n'empêchait en rien le mari de vivre à Besançon, selon France 3 Franche-Comté, qui a assisté à la conférence de presse. 


"Ce qui est reproché à cet homme est gravissime" résume le magistrat. "Mais en août la situation était plus complexe que celle que nous réalisons aujourd'hui. (...) J'insiste sur des faits de menaces et d'intimidation, mais pas de violence. On aurait pas été sur une peine lourde, cela aurait renforcé monsieur dans son projet funeste. Modestement, je n'ai pas la solution. (...)" Etienne Manteaux termine son intervention en revenant sur les éléments mis à disposition de la justice : "On ne dit pas que madame était l'agresseur, on avait le sentiment à la lecture des vidéos que la femme était plus véhémente, on n'avait que l'image."

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