Relaxé après avoir aidé sa femme à mourir, Jean Mercier, 88 ans, est renvoyé en cassation : "Ça commence à faire beaucoup"

Justice
FIN DE VIE – Le parquet général de Lyon a décidé de se pourvoir en cassation contre Jean Mercier, 88 ans, relaxé en appel la semaine dernière après avoir aidé sa femme, malade, à mourir. L’octogénaire, atteint d’un cancer, confie à LCI sa fatigue mêlée de détermination pour ce combat interminable.

Il a cru, un temps, que l’histoire en resterait là. Il fallait l’entendre, le 10 novembre, quelques minutes après la décision de la cour d’appel de Lyon. Elle venait de le relaxer, lui, Jean Mercier, 88 ans, accusé de "non assistance à personne en danger" auprès de son épouse malade qu’il avait aidée à se suicider, en 2011. Il était fou de joie, il n’en croyait pas ses oreilles.


Et voilà, aujourd’hui, que la réalité rattrape le vieil homme, atteint d’un cancer. Ce mercredi 16 novembre, le parquet général de Lyon a en effet fait connaître sa volonté de former un pourvoi en cassation à l'encontre de Jean Mercier.  Il veut contester, sur la forme, la relaxe. Une décision qui a sa logique puisque le procureur avait requis, lors de ce second procès, la peine de principe d’un an de prison avec sursis.

"Je vais me battre encore"

Pour l'avocat de Jean Mercier, ce pourvoi s'éloigne du "bon-sens juridique". "Poursuivre un homme de cet âge, avec l’état de santé qu’on lui connaît, c’est à la fois, selon moi, incohérent et indécent", afffirme Mickaël Boulay. Interrogé par LCI, il ajoute : "On part pour plusieurs mois, voire plusieurs années de procédure. Car si l’arrêt est cassé, l’affaire repartira devant une cour d’appel, qui rejugera à nouveau Jean Mercier…"


Un "acharnement inhumain" selon Jean-Luc Roméro, président de l’association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), qui s’exprime auprès de LCI : "Il faut bien rappeler qu’un pourvoi en cassation questionne la forme du dossier et non le fond. On veut en faire un martyr, ce qu’il ne veut pas être. Cela prouve bien que le système est à bout de souffle, que les lois en vigueur ne fonctionnent pas. Rendez-vous compte, il a bientôt 90 ans, il est malade, il lui arrive de perdre la mémoire. Je suis inquiet. Verra-t-il même le bout de cette procédure ?", souligne Jean-Luc Roméro, qui a également confié sa stupéfaction sur Twitter.

Joint par LCI ce mercredi matin, Jean Mercier s’avoue fatigué de la longueur de cette procédure : "Ça commence à faire beaucoup" dit-il.  "Je vais me battre encore pour faire avancer les choses. Ça arrivera un jour, de toute façon, qu’une loi digne de ce nom soit créée. Je reste entouré de beaucoup de soutiens, c’est l'une de mes grandes joies."

Lire aussi

En vidéo

Pour "mourir dans la dignité", une militante pro-euthanasie s'est exilée en Suisse

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter