Scandale des cadavres à Paris-Descartes : l'Université responsable de "graves manquements éthiques"

Scandale des cadavres à Paris-Descartes : l'Université responsable de "graves manquements éthiques"
Justice

ENQUETE - Un rapport administratif rendu ce samedi pointe la "responsabilité" de l'Université Paris-Descartes dans la gestion du Centre du don des corps où de "graves manquements éthiques" ont été observés. Des conclusions qui s'inscrivent à la suite des révélations sur la conservation des dépouilles.

Nouvel épisode dans cette terrible affaire. Les conclusions d'une inspection administrative confirment les révélations des journaliste dans la gestion du Centre du don des corps. Fermé depuis l'automne dernier, il est au cœur d'un scandale sur les conditions indécentes de conservation des dépouilles.

Les révélations de documents et témoignages, fin novembre 2019, dans L'Express faisait état de locaux vétustes, de cadavres en état de putréfaction, démembrés, entassés les uns sur les autres ou rongés par les souris. Comme nous l'avions expliqué dans notre enquête, certains des corps avaient même servi à réaliser des tests pour la sécurité automobile. De quoi pousser la ministre de la Recherche, Frédérique Vidal, à ordonner la fermeture de ce "temple de l'anatomie française". Et à mandater deux inspections, à savoir l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'Inspection générale de l'éducation du sport et de la recherche (Igésr). 

Dilution des responsabilités et rivalités de pouvoir

Ce sont leurs conclusions qui viennent donc d'être transmises au parquet de Paris ce samedi. Des documents-clés afin de mener à bien l'enquête judiciaire ouverte pour "atteinte à l'intégrité d'un cadavre". Selon les deux entités, de "graves manquements éthiques ont perduré pendant plusieurs années dans une de nos plus prestigieuses facultés". Et de mettre directement en cause l'Université dont "la responsabilité" est "établie". "Ces faits graves ont bien eu lieu, les alertes ont été adressées aux différentes autorités de l'université et il ne leur a pas été durablement apporté de correction avant 2018". 

Parmi les causes de ces manquements, la mission pointe une dilution des responsabilités, des rivalités de pouvoir, l'absence d'instance de régulations et une "course au développement de l'activité".  Cependant, si certains techniciens avaient été accusés d'avoir vendu sous le manteau des ossements humains à des collectionneurs de curiosités macabres, l'inspection n'a pas trouvé de preuves de ces ventes. Cette possibilité n'est toutefois pas totalement écartée. "Plusieurs personnes y ont fait allusion, comme des faits toutefois anciens."

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Au-delà de ces observations, les inspections font des propositions. Pour éviter que ces faits ne se reproduisent, elles réclament la création d'un "cadre éthique national" pour le don des corps, jusqu'ici "absent de toutes les lois de bioéthique", et son inscription dans le code de santé publique. Une mesure qui semble intéresser la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. 

Dans un communiqué Frédérique Vidal déclare ainsi qu'elle "formulera des propositions en ce sens dans le cadre des travaux relatifs à la loi de Bioéthique". Le rapport juge également "souhaitable" la réouverture  du Centre du don des corps, mais pas avant six mois. Un laps de temps nécessaire pour effectuer des travaux afin de sécuriser les conditions de conservation des corps dans les chambres froides. 

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