Scandale du don des corps : les 32 familles ayant porté plainte contre X manifestent ce jeudi

Scandale du don des corps : les 32 familles ayant porté plainte contre X manifestent ce jeudi
Justice

OFFENSIVE - 32 familles ont porté plainte contre X pour atteinte à l'intégrité d'un cadavre après la découverte des conditions de conservation des cadavres donnés à la médecine à la fac de Paris-Descartes. Elles vont manifester jeudi 27 février devant le centre spécialisé de l'Université Paris-Descartes.

Le scandale du don de corps à la médecine de la fac Paris-Descartes ne saurait rester sans écho. Les 32 familles ayant déposé plainte contre X pour atteinte à l'intégrité d'un cadavre se sont réunies ce mardi soir pour préparer l’action prévue ce jeudi 27 février dès 11h30, en face de l’Université Paris-Descartes (45 Rue des Saints-Pères, Paris 6e). Des hommes et des femmes qui aujourd'hui demandent à faire toute la lumière sur cette sombre affaire.

Le parquet de Paris avait annoncé le vendredi 29 novembre 2019 avoir ouvert une enquête pour "atteinte à l'intégrité d'un cadavre", toujours en cours. Du côté des familles, l’envie de se battre demeure, le désarroi aussi : "Les familles ont du mal à tourner la page", nous confie Baudouin Auffret, l'un des représentants du collectif "Proches des victimes du centre de don des corps de Descartes". "Cela fait à peu près un mois que la plainte a été déposée, l’enquête reste au stade préliminaire, nous n’avons pas de nouvelles, personne ne semble pressé. Or, nous sommes pressés et ne comptons pas en rester là." Une précédente action avait eu lieu le 18 janvier 2020 au Père-Lachaise. Cette fois, c’est directement devant le centre de don de Paris-Descartes, histoire de ne pas laisser les mauvaises consciences tranquille. 

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"La machine est lancée"

Ce que les 32 familles réclament ? "L’ouverture d’une information et la nomination d’un juge d’instruction dès le lendemain de cette action. S’ils persistent à faire la politique de l’autruche, l’image renvoyée par la médecine française sera catastrophique. Des anciens médecins de Descartes ont prévu de nous rejoindre à la manifestation ce jeudi pour se désolidariser et témoigner leur désaccord." 

Mardi 25 février, la journaliste Anne Jouan, auteure de l’enquête sur ce scandale parue dans L'Express, a révélé comment l'université Paris-Descartes avait hébergé une société privée revendant des cadavres et organisé des défilés de mode. De nouvelles révélations jaillissent d’un puits sans fond et mettent des munitions dans le chargeur. A tel point que la médiatisation de l’affaire déclenche des témoignages de gens isolés avec leur peine, comme cette mère de famille, Régine R., qui nous a contacté après la parution d’un article sur le scandale et dont le corps du fils défunt a été autopsié en décembre 1999 dans le service de Médecine Légale de la Faculté de Strasbourg.

"Consternée que de telles pratiques puissent avoir lieu dans notre pays", elle raconte dans un mail adressé à LCI qu'elle "admire la force et le courage de ces familles qui se mobilisent" et "les soutien[t] de tout cœur". Et s'interroge : "Comment tous ces professionnels ont-ils pu, jour après jour, tromper délibérément la confiance exprimée par les donateurs et se montrer aussi méprisants et indifférents avec les familles ?" Elle témoigne, encore, de son expérience à glacer l’échine : "Lorsque j’ai vu comment, à l’époque, le corps de mon fils avait été recousu, avec si peu de respect, ce que nous découvrons aujourd’hui ne me surprend qu’à peine. Entre chaque point de 'couture', il était possible d’y passer la main ! Au bout de quelques jours, les pertes sanguinolentes parcouraient le corps."

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La menace de publier les photos

Pour les 32 familles, chaque jour qui passe est un jour de trop : "Si nous ne sommes pas entendus lors de notre action jeudi, nous réitérerons chaque semaine en face de Descartes, la machine est lancée, c’est par nécessité." Et si, en dépit des manifestations répétées, personne ne les écoute, quelle pourrait être la prochaine action ? "La publication des photos du charnier de Descartes", prévient Baudouin Auffret. 

Soit trois séries de photos qui en rendent compte : une première qui date de septembre 2011, une deuxième de 2016, une troisième de mars 2018. Des clichés "impubliables", selon la journaliste Anne Jouan : "On y voit des corps par dizaines, empilés les uns sur les autres, relate-t-elle ce mercredi sur BFM Paris. Certains sont démembrés, d’autres sont noircis tant ils sont putréfiés. Des têtes sont découpées, notamment sur une photo datant de 2011, certaines sont tellement mal conservées que l’on dirait du papier mâché." 

Aucune des familles ne veut voir ces photos, mais on pourrait les affronter et si c’est la seule option qui s’impose, on la prendra.- Baudouin Auffret, représentant du collectif "Proches des victimes du centre de don des corps de Descartes"

Une mesure choc pour marquer les esprits qui témoigne d'un désespoir profond : "On a débattu ce mardi sur ce sujet pendant une heure. Mais comme le disait la fille de l'acteur Maurice Garrel, qui fait partie des 32 familles portant plainte contre X, on possède désormais une carapace. C’est pour cela que nous nous sommes autorisés à évoquer la diffusion des photos. Aucune des familles ne veut les voir, mais on pourrait les affronter et si c’est la seule option qui s’impose, on la prendra."

Face à ces photos, personne ne pourrait détourner les yeux : "Nous voulons faire exploser cette omerta. S’il y en a un qui tombe, tout le monde tombe. Et on fera tout pour ce petit monde bien protégé tombe." Et la justice, selon le collectif, de faire "trop lentement" son travail : "Il n'existe pas vraiment de délai mais sans réponse, à partir de six mois, on pourra considérer l’affaire comme enterrée, s’inquiète Baudouin Auffret. Au-delà de l’horreur, l’oubli est définitivement ce qui nous épouvante tous." 

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