Suicide d'un militaire à Evreux : la conséquence d'un "harcèlement homophobe" ?

Justice

JUSTICE - Le mari d'un militaire qui s'est suicidé le 17 novembre dernier accuse l'armée de "harcèlement homophobe". Contacté par LCI, le parquet d'Evreux confirme qu'une enquête pour "harcèlement moral dans le cadre du travail" a été ouverte.

"Aujourd'hui, j'ai perdu ma moitié. Je veux que les personnes à cause desquelles mon mari n'est plus là soient traduites en justice." Sylvain, 30 ans, est effondré. Son mari, Clément (37 ans), un militaire de l'armée de l'air basé à Evreux, a mis fin à ses jours le 17 novembre dernier. Et pour lui, la hiérarchie de son défunt compagnon, qu'il accuse de "harcèlement homophobe", et plus largement l'Etat, "sont responsables de ce drame".

"J'ai pu avoir accès à la lettre que mon mari a laissée, explique-t-il à LCI. Clément écrit que certaines personnes, au travail, voulaient le 'détruire', le 'salir'. Il me dit : 'Tu pourras dire qu'ils ont réussi'. De ces faits de harcèlement, il avait commencé à m'en parler il y a un an environ. Il m'a raconté qu'un supérieur l'a insulté de 'sale pédé'."

Un dossier délicat

Alors que s'est-il passé exactement dans la base aérienne 105 d'Evreux, où travaillait le militaire ? Pour l'heure, une enquête pour "harcèlement moral dans le cadre du travail" a été ouverte et confiée à la section de recherche de gendarmerie de l'air, nous confirme le procureur adjoint du parquet d'Evreux, Eric Neveux. Mais - et c'est ce qui rend le dossier d'autant plus délicat - il ne s'agit pas de la seule enquête ouverte dans cette affaire.

En effet, au cours de la semaine qui a précédé le décès de Clément, le parquet a également pris connaissance d'une plainte déposée à son encontre, "par plusieurs militaires" pour "agression sexuelle". Là encore, c'est la section de recherche de la gendarmerie de l'air qui est chargée de l'enquête.  Or, pour Sylvain, c'est notamment cette plainte et la "mise à pied" récente de son mari qui auraient précipité son geste. "On lui a dit de rester chez lui, sans raison", assure-t-il.

L'armée de l'air est étonnée de ces déclarations- Olivier Celo, porte-parole

Une version qui n'est pas corroborée du côté de la hiérarchie. Interrogé par Normandie Actu, qui révèle l'affaire, le commandant de la base aérienne, le colonel David Desjardins, précise qu'"aucune sanction disciplinaire" n'avait été prise à l'encontre de Clément mais que celui-ci était "en permission au moment des faits". 

Du côté de l'armée de l'air, le porte-parole Olivier Celo exprime auprès de LCI "une profonde compassion auprès des parents, des frères, du conjoint" de Clément, "mais aussi auprès de ses collègues." Il précise être "dans l'incapacité de confirmer" les faits de harcèlement dénoncés par le conjoint du militaire mais indique que "l'Armée de l'air est étonnée de ces déclarations". "Clément était un excellent militaire, expérimenté, précise-t-il, qui avait dernièrement reçu une lettre de félicitations. Il avait un très bon dossier. Très récemment, il avait été sélectionné pour passer sous-officier et à ce titre, être muté. Il avait émis le souhait d'être maintenu sur base pour éviter des frais de déplacement, ce que l'armée de l'air a accepté."

"Tolérance zéro"

Quant à la plainte pour "agression sexuelle" déposée contre Clément, l'armée de l'air, par la voix de son porte-parole, indique avoir été mise au courant. "Il revient à la justice de qualifier les faits", précise-t-on. En ajoutant que l'administration " se montrera collaborative dans le cadre de l'enquête. Il est dans notre intérêt d'établir ce qui s'est passé. Quelle que soit la conclusion des enquêteurs, l'armée de l'air condamne toutes les discriminations et s'incrit dans une politique de tolérance zéro".

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En attendant de faire la lumière sur ce qui a conduit le militaire à se donner la mort, le procureur adjoint affirme que "des auditions et des perquisitions sont prévues". "Il faut être prudents", ajoute-t-il encore. Pour l'heure, une chose est sûre : les investigations "excluent toute intervention extérieure" dans le décès de Clément. Le suicide ne fait donc aucun doute pour la justice. Son mari, lui, n'entend pas s'arrêter là. Et compte "déposer une plainte contre l'Etat", dès la semaine prochaine.

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