Suicides chez France Télécom : l'ex-PDG Didier Lombard rejette sa responsabilité sur les médias

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JUSTICE - L'ancien PDG de l'entreprise Didier Lombard a nié toute responsabilité mardi au deuxième jour de son procès pour "harcèlement moral", dix ans après la vague de suicides.

Pas une "crise sociale" mais une "crise médiatique" : au deuxième jour de son procès pour "harcèlement moral", l'ex-PDG de France Telecom Didier Lombard a nié toute responsabilité mardi. Une explication qui n’a pas convaincu les victimes et leurs proches, qui espéraient des excuses.


Les parties civiles ont dû se contenter de la "profonde et sincère tristesse" que Didier Lombard a exprimée dans une déclaration lue à l'audience pour sa première audition. Quand la partie civile lui a demandé s'il avait des regrets, il a préféré ne pas répondre. "Je veux dire aux collaboratrices et aux collaborateurs de France Télécom, c’est-à-dire à celles et ceux qui ont été mes collègues de travail, ainsi qu’à leurs familles, le profond chagrin qui demeure et demeurera à tout jamais le mien pour ceux qui n’ont pas supporté la transformation imposée à l’entreprise", dit à la barre cet homme de 77 ans, PDG de 2005 à 2010.

"Si je n'avais pas été là, ça aurait été pareil, peut-être même pire"

Très vite, il explique que France Télécom, en 2005, était "en péril". L'entreprise était surendettée, subissait une concurrence "agressive", des évolutions technologiques "extrêmement rapides". Ce qui rendait donc, selon lui, indispensable un plan de transformation. Les plans NExT et Act prévoyaient ainsi 22.000 départs sur environ 120.000 salariés. Plus de 10.000 personnes devaient aussi changer de poste. "Que les transformations imposées à l'entreprise n'aient pas été agréables, c'est comme ça, je n'y peux rien. Si je n'avais pas été là, ça aurait été pareil, peut-être même pire", a déclaré au tribunal l’ancien patron. "Le problème était de ramener la maison dans un état normal", ajoute-t-il sèchement.


Les juges d'instruction ont retenu les cas de trente-neuf salariés. Mais pour l'ex-PDG, il n'y a pas eu de "crise sociale" à France Télécom. "Il y avait une difficulté : quelques milliers de salariés devaient retrouver un emploi différent. (...) Tout cela était stressant". Le prévenu accuse les médias et juge que l'entreprise a été victime d'une "crise médiatique". Lui qui en 2009 avait parlé d'une "mode des suicides" dans l'entreprise (des propos "très maladroits", concède-t-il) préfère désormais évoquer l'"effet Werther", selon lequel "si vous parlez des suicides, vous les multipliez".  En 2009, l'entreprise "se portait mieux", selon l'ex-PDG. Des résultats "obtenus grâce aux salariés de France Télécom". Mais "nos collaborateurs ont été privés de leur succès. Les journaux disaient que leur entreprise était lamentable, ça a cassé le moral".  


"J'hallucine. Je suis écœuré", a réagi à la sortie de la salle d'audience Yves Minguy, un ex-salarié qui a traversé une grave dépression. "Donc le sauvetage d'une entreprise passe par des pertes de vies humaines et il n'y peut rien ? C'est sidérant. Il n'a pas changé", a-t-il confié, les larmes aux yeux.

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