Sur place ou en France ? Où seront jugées les femmes djihadistes arrêtées en Syrie et en Irak ?

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TERRORISME - Après Emilie König, c'est au tour d'une deuxième femme partie faire le djihad et arrêtée au Kurdistan syrien de demander son extradition en France. Être jugée en France, c'est le vœu de nombreuses islamistes. Mais est-ce possible ?

Ces dernières semaines, de nombreux djihadistes français ont été arrêtés par les forces kurdes. Parmi eux, on compterait une dizaine de femmes et leurs enfants, dont Emilie König, une des figures françaises du groupe Etat islamique. Propagandiste et recruteuse notoire, elle est détenue depuis le mois dernier avec ses trois enfants - un garçon de 4 ans et deux jumelles d'un an – et réclame depuis son rapatriement en France. Pour l'instant sans succès. Son avocat, Me Bruno Vinay, a relayé ce mercredi cette demande auprès de la presse. Dans un communiqué envoyé à l'AFP, il souligne que les autorités françaises "ont l'obligation de la juger". La jeune femme de 33 ans est d'ailleurs recherchée par la justice française depuis 2015 dans le cadre d'une enquête terroriste sur "la filière de Nîmes".

Macron, "le cas par cas" qui dérange

Ce jeudi, c'est au tour d'une autre femme djihadiste, incarcérée elle aussi dans un camp kurde en Syrie, de demander son retour en France. Son avocate a envoyé une lettre à Emmanuel Macron pour lui expliquer que sa cliente, âgée d'une vingtaine d'années, souhaitait "répondre de ses actes". Pour Me Dosé, cette jeune femme - comme toutes les djihadistes françaises - doit être jugée en France et pas seulement pour éviter le pire. "La justice antiterroriste française n'est pas une justice antiterroriste laxiste", souligne-t-elle. "Comme avocate de la défense, je sais à quel point les juges sont extrêmement durs, le parquet est extrêmement dur. Nous sommes tout à fait capable de les juger, de démêler ce qui relève du cinéma ou de la mise en scène et ce qui relève à un moment donné d'un vrai repenti."

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Qui est Emilie König ?

Que répond le gouvernement à ce sujet ? En novembre dernier, Emmanuel Macron avait assuré que le rapatriement des femmes et des enfants de djihadistes se ferait "au cas par cas". "Le cas par cas, c'est le début de l'arbitraire", a rétorqué Me Dosé sur France Info. "Sur quel critère ? Sur quel fondement ? Qui décide - et sur [quel motif]- que celle-ci doit être rapatriée mais pas celle-là ?" se demande-t-elle. "Il va falloir nous fixer les choses clairement sur cette petite phrase lancée par Emmanuel Macron il y a plusieurs semaines mais qui n'a jamais été explicitée."


Mais plutôt que de clarifier les choses, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a semé un peu plus le trouble ce jeudi matin. Interrogé sur ce sujet sur RMC, il a déclaré que, "dans la partie kurde de la Syrie, [...] s'il y a des institutions judiciaires qui sont en capacité d'assurer un procès équitable avec des droits de la défense assurés, (les femmes djihadistes) seront jugées là-bas."

Un non-sens pour l'avocat spécialiste des affaires de terrorisme Daniel Fellous, et ce, pour une simple et bonne raison : le Kurdistan syrien n'est pas un Etat reconnu. Comment pourrait-il alors y avoir une garantie de procès équitable ? "Je n'en vois pas", répond Me Fellous. "Il faut distinguer deux situations", avance-t-il. "La première, c'est lorsqu'un djihadiste est jugé par une autorité irakienne ou syrienne". Soit une situation qui permet de répondre au droit international. Mais "là, on parle d'autorités des forces kurdes qui n'ont pas de légitimité internationale". Et d'ajouter : "Demander qu'il y ait des procès équitables avec de tels entités militaires, je n'y crois pas."

'C'est notre échec, c'est à nous de les juger"

Parlant du cas de sa cliente, Emilie König, Me Vinay surenchérit : "L'institution judiciaire française est bien légitime à la juger dès lors que, de l'aveu même du ministre des Affaires étrangères, il n'existe pas sur son lieu de détention 'd'autorités identifiées' pour le faire".

"Toutes celles qui sont parties et qui sont Françaises, c'est notre échec, notre histoire, c'est à nous de les juger", estime de son côté Me Dosé au micro de France Info. " Si on considère que notre justice n'est pas capable de cela et qu'il faut la laisser soit à l'obscurantisme, soit à une justice qui exécute en masse et qui ne respecte aucun droit, et bien nous avons perdu la guerre contre l'obscurantisme puisque nous lui faisons confiance pour juger ce que notre République a créé de pire".


Alors aveu d'impuissance ? Peur de ne pas savoir maîtriser la déradicalisation nécessaire ? Me Fellous souhaite que la France opte pour l'optimisme : "Le caractère de repentance fonctionne, on le voit en Arabie saoudite où monsieur Macron est parti", nous dit-il. "Vous avez des cellules de déradicalisation qui fonctionnent."

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