Harcèlement scolaire : une enseignante mise en examen après le suicide d'Evaëlle, 11 ans

Harcèlement scolaire : une enseignante mise en examen après le suicide d'Evaëlle, 11 ans
Justice

JUSTICE - Un peu plus d'un an après le suicide d'Evaëlle, une collégienne de 11 ans scolarisée à Herblay (95), sa professeure de français a été mise en examen pour "harcèlement sur mineur de 15 ans" et soumise à une interdiction d'exercer.

C'est une décision qui contente les parents d'Evaëlle, décédée en juin 2019 à l'âge de 11 ans après avoir mis fin à ses jours. La professeure de français de la jeune élève, scolarisée au collège Isabelle-Autissier à Herblay (Val d'Oise), a été mise en examen le 4 septembre dernier pour "harcèlement sur mineur de 15 ans" par une juge d'instruction du tribunal de Pontoise. Placée sous contrôle judiciaire, cette quinquagénaire expérimentée est également soumise à une interdiction d'exercer et à une obligation de soins, en attendant la suite de la procédure.

Elle doit faire appel de ces mesures jeudi 1er octobre devant la cour d'appel de Versailles (Yvelines). Jusqu'à récemment, elle avait continué à enseigner et avait obtenu, à sa demande, une mutation en Bretagne, alors même que d'autres faits de harcèlement avaient été signalés après le décès d'Evaëlle. Pour ceux-ci, commis entre 2016 et 2019 envers trois autres élèves, elle a également été mise en examen, selon une source proche du dossier que cite l'AFP. Il lui est reproché de les avoir humiliés régulièrement, devant la classe, en prononçant des phrases lapidaires.

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Le cauchemar d'Evaëlle, décrite comme "précoce et extravertie" par ses parents, avait débuté dès la rentrée 2018. Un conflit été né avec son enseignante pour une histoire de cartable trop lourd. Elle était alors devenue sa "tête de turc", d'après ses parents. Certains de ses camarades s'étaient aussi engouffrés dans la brèche pour s'en prendre à elle, la jeune fille subissant des moqueries, des insultes... "On lui force son casier, on lui prend son journal intime et on le lit devant tout le monde", raconte sa mère dans les colonnes du Parisien. Certains iront même jusqu'à la poussée sur la chaussée où arrive le bus. A bout, elle en vient àr exprimer son désespoir en tentant, en novembre 2018, de mettre le feu à la maison familiale. Elle finira ensuite par se confier à ses parents, qui alerteront  l'établissement et rapporteront les faits.

"L’établissement avait mis en place plusieurs actions pour faire cesser cette situation : entretien avec les élèves concernés, exclusion temporaire d'un élève, suivi de ces élèves durant l'année, formation des enseignants à la méthode de la préoccupation partagée", a rappelé vendredi le rectorat de Versailles. Mais Evaëlle avait alors en particulier très mal vécu deux séances de vie de classe, avec son enseignante de français, spécialement dédiées à son cas sur le thème: "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée ?". "Ça a viré au tribunal populaire", avaient confié ses parents à l'AFP. Ceux-ci écriront à l'inspection académique pour expliquer cette situation de harcèlement et déposeront plainte contre trois élèves. Ces derniers n'ont jamais été sanctionnés.

Le changement d'établissement de la jeune fille aurait pu mettre fin à son calvaire. Il a finalement ouvert la voie à son passage à l'acte. De nouveau confrontée au comportement violent d'un camarade dans son nouveau collège, une "goutte d'eau", avait expliqué sa mère, qui lui a fait craindre de "revivre la même chose", elle s'est suicidée dans sa chambre. Suite à cette décision de justice, dénouement d'une information judiciaire contre X pour homicide involontaire ouverte par le parquet de Pontoise en novembre 2019, les parents d'Evaëlle se disent "satisfaits" de l'interdiction d'enseigner, qu'ils attendaient "depuis le début". L'Education nationale a d'autre part indemnisé la famille au titre du préjudice moral, a indiqué le rectorat de Versailles. En échange, les parents se sont engagés à ne pas poursuivre pénalement l'Etat, rappelle leur avocate, qui précise que l'enquête se poursuit pour déterminer d'autres responsabilités éventuelles.

Un hommage à Evaëlle est prévu au collège Isabelle-Autissier à Herblay le 5 novembre, à l'occasion de la journée internationale de lutte contre le harcèlement, un fléau qui touche un enfant sur dix.

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