VIDEO - Caricaturer les religions, une tradition française : mais que dit la loi ?

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DROIT - Le blasphème, irrévérence à l'égard de ce qui est considéré comme sacré ou inviolable, s'inscrit dans l'histoire de France depuis plusieurs siècles. Mais est-il, encore aujourd'hui, punissable par la loi ?

Près d'une semaine après l'assassinat de Samuel Paty, décapité dans la rue pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Charlie Hebdo, plusieurs enseignants ont témoigné de leurs propres expériences, et de la solitude, souvent, face à ces situations. 

"Après l'attentat de Charlie, j'avais eu des réactions tendues. Beaucoup de minots qui se sentaient pris pour cibles, stigmatisés. À l'époque on nous avait dit  de discuter avec eux. Alors j'ai essayé de leur expliquer l'histoire du blasphème en France, de leur dire qu'à la fin du XIXe, c'étaient les catholiques qui étaient passés sur le grill. Je leur avais montré quelques caricatures dans lesquelles les journaux tiraient à boulet rouge sur l’Église, pour leur montrer que c'étaient pas les gens qui étaient attaqués par la laïcité, mais l'implication religieuse dans le domaine public", confie ainsi Fabien à l'AFP.

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Le distingo entre la religion et ses adeptes

Le blasphème, dont relèvent les caricatures du prophète Mahomet publiées par l'hebdomadaire satirique, s'inscrivent en effet dans une longue et riche tradition française, remontant à celle des Lumières. Le blasphème ? Une "parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré", indique le dictionnaire Larousse. Est-ce légal ? En France, le délit de blasphème a bien existé, mais jusqu’à son abrogation par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. 

En revanche, en Alsace et en Moselle, allemandes au moment du vote de la loi, il a fallu attendre 2016 pour que l’article 166 du code pénal local soit abrogé, bien qu’il n’ait jamais été appliqué depuis leur réintégration en 1919.

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Une subtilité, tout de même : s'il est tout à fait admis de critiquer, voire d’insulter, une religion en France, la loi interdit en revanche d’insulter les adeptes d’une religion. La diffamation, la calomnie, l’injure, l’appel à la haine ou à la violence, comme l’apologie de crimes contre l’humanité et les propos racistes ou homophobes, constituent donc des délits que la loi sur la liberté d'expression n'annule en aucun cas. Ce qui distingue, légalement, la divinité d'un groupe ethnique ou religieux donné.

Il est cependant à noter que, le 25 octobre 2018, la Cour européenne des Droits de l'Homme (CEDH) a validé la condamnation pour blasphème d'Elisabeth Sabaditsch-Wolff, personnalité autrichienne qui avait qualifié le prophète Mahomet de "pédophile" lors d'une conférence du parti d’extrême-droite FPÖ en 2009. La CEDH a alors estimé que cette déclaration menaçait la préservation de la paix religieuse, et que le verdict prononcé par la justice autrichienne ne contrevenait pas à l'article X de la Convention européenne des droits de l'Homme relatif à la liberté d'expression. 

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