De nouvelles plaintes déposées contre le chirurgien soupçonné de pédocriminalité : ce que l’on sait

Justice

FAIT DIVERS - Un chirurgien de 68 ans, ayant exercé en Bretagne, en Touraine et en Charente-Maritime a-t-il violé et agressé sexuellement plus de 200 mineurs ? Où en est l'enquête ? Quel est le profil de ce spécialiste en chirurgie viscérale ? Voici tout ce qu'il faut savoir sur cette affaire de pédocriminalité.

Plus de 200 victimes. C'est ce qu'aurait fait un chirurgien de 68 ans au cours des trente dernières années, dans l'exercice de ses fonctions mais aussi en dehors. Cette affaire de pédocriminalité a pris une nouvelle ampleur cette semaine, après des révélations de la Charente-Libre. Retour sur les faits.

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Incarcéré depuis 2017

L'homme de 68 ans, spécialiste en chirurgie viscérale, est incarcéré depuis mai 2017 à la maison d’arrêt de Saintes. Un procès doit s'ouvrir dans les prochains mois devant les assises de la ville pour des faits de viols et d'agressions sexuelles sur quatre mineurs. Le chirurgien sera jugé pour le viol d'une voisine âgée de 6 ans en 2017 et d'une de ses nièces dans les années 1990, mais aussi pour des atteintes sexuelles sur une autre fillette de sa famille ainsi qu'une personne hospitalisée dans son service lorsqu'il exerçait à l’hôpital de Loches (Indre-et-Loire).

La première plainte à son encontre est venue de ses voisins à Jonzac (Charente-Maritime). Alors que la petite fille de 6 ans rentre d’une promenade avec son père, ils croisent le chirurgien. La fillette raconte que ce dernier lui a montré son sexe à travers le grillage du jardin familial, un jour où elle s’y amusait avec son frère. Ses parents portent plainte, le voisin est placé en garde à vue, et l’enquête révèle que la petite fille a également subi un viol, sous les yeux de son cadet âgé de 2 ans. Un examen gynécologique montre que son hymen a été abîmé, selon l'avocate de sa famille.  

"Je vois ma fille comme un héros aujourd’hui, de faire tomber un prédateur comme ça", raconte le père de la fillette à franceinfo. "Il avait une maison modeste et ne parlait à personne. Il n’accueillait personne chez lui, il vivait seul. (…) Il avait un comportement bizarre mais je n’imaginais pas avoir un prédateur comme ça à côté de chez moi", continue-t-il, alors que la famille a depuis déménagé.

A la suite de cela, les deux nièces du chirurgien ont également révélé avoir été agressées. Puis l'un ou l'une de ses patient(e)s. L'enquête démarrée suite à ces plaintes a permis de découvrir, caché sous le parquet du domicile du chirurgien, des poupées, des perruques, des objets sexuels, des photos de lui nu, et un carnet sur lequel il racontait, en texte et en dessin, les agressions qu'il aurait fait subir à plus de 200 mineurs.

Un carnet recensant les noms de plus de 200 victimes potentielles

Le chirurgien tiendrait ces "journaux" depuis les années 1990. Ils contiennent les noms de plus de 200 enfants, qui sont autant de potentielles victimes. Ces carnets répertorient les garçons d'un côté, et les filles de l'autre avec les noms et les prénoms, et parfois les coordonnées, a précisé une source proche du dossier à l'AFP.

L'avocate de la petite fille de 6 ans violée en 2017, a pu les parcourir. Elle raconte à La Charente Libre : "Vous ouvrez le cahier et vous le refermez aussitôt, dès la première page. C’est énorme de perversion. Il considère l’enfant comme un objet sexuel, comme s’il parlait d’une rencontre faite dans le quartier de Pigalle." A 20 Minutes, elle raconte : "J’ai été écœurée, pour tout vous dire il m’est arrivé de refermer le dossier à la lecture de certains passages. On est dans l’horreur la plus totale quand on voit comment un enfant est devenu aux yeux d’une personne un simple objet sexuel." Mais selon Thibault Kurzawa, l’avocat du chirurgien, certains faits consignés dans le carnet pourraient relever de fantasmes plutôt que d’aveux.

L'enquête a également permis de retrouver des victimes potentielles, aujourd'hui adultes, dont certaines ont déposé plainte ces derniers mois. "Elles se souviennent parfaitement de ce qu'elles ont subi et n'en ont jamais parlé parce qu'elles ont eu peur. Elles racontent ce qui est mentionné dans le carnet", a indiqué à l'AFP Me Francesca Satta, qui défend des victimes du procès charentais prévu en 2020. "De nouveaux dépôts de plaintes ont eu lieu en juin et d'autres il y a à peine une semaine. J'ai été contactée par certaines familles, des victimes du nord de la France", a poursuivi l'avocate, qui dit ne pas connaître le nombre total de plaintes déposées." 

Ainsi, un jeune trentenaire opéré en 2004 à Lorient, à 14 ans, a été contacté par les gendarmes. "Au début, j’avais du mal à comprendre. Puis j’ai été choqué, dégoûté, mais surtout en colère contre lui", explique-t-il à La Charente Libre. 

Certains s’organisent sur les réseaux sociaux et essayent de se regrouper pour échanger et s’organiser. Un groupe Facebook privé a été créé, et compte à ce jour 82 membres.

Il a déjà été condamné

Le chirurgien, qui a officié de 2008 à 2017 à Jonzac, mais également en Bretagne et en Touraine, avait déjà été condamné en 2005 par le tribunal correctionnel de Vannes pour détention et importation de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique, révèle La Charente Libre. Il avait écopé de quatre mois de prison avec sursis, et d’aucune obligation de soins. 

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