INFO LCI – VTC clandestin qui a traîné un policier sur 200m : une information judiciaire ouverte ce jeudi

Justice
INFO LCI – Selon nos informations, une enquête confiée à un juge d’instruction doit être ouverte ce jeudi matin à l’encontre du faux chauffeur VTC qui a traîné sur 200 m un gardien de la paix qui le contrôlait dans la nuit de lundi à mardi devant le commissariat du 8e arrondissement. L’homme était alcoolisé, sans permis, sans carte professionnelle et multirécidiviste de délits routiers…

Un ultime réflexe qui lui a sans doute sauvé la vie. Le gardien de la paix J.F. a frôlé la mort. Au sens propre. Des cheveux se sont même coincés dans l’écorce de l’arbre qu’il a effleurée. Au sol, des débris de la Volkswagen Passat noir. Des morceaux de pare-chocs, un enjoliveur. Il était aux alentours de 2h30, dans la nuit de lundi à mardi lorsque deux policiers en poste devant le commissariat du 8e arrondissement, situé en contre-bas du Grand-Palais, repèrent un véhicule entrant en sens interdit sous leurs yeux. La berline se rend compte de son erreur, fait demi-tour. C’est à ce moment que les policiers décident de contrôler le conducteur.

Habib M. n’a pas son permis de conduire. A l’arrière du véhicule, une autre personne. Tout cela ressemble à un faux chauffeur de VTC pris en flagrant délit d’exercice illégal de la profession. Les policiers ont à peine le temps de lui demander de couper le moteur que le conducteur démarre brutalement, entraînant le gardien de la paix qui s’est accroché au volant pour tenter de retenir le véhicule. 

Des magouilles régulièrement constatées par les Boers

La voiture tourne à droite, vers Invalides. Cinquante mètres plus loin, voyant la vitesse augmenter, le policier tente d’extraire sa main en tirant le volant vers la droite. Le véhicule finit sa course dans des palissades de chantier, non sans avoir frôlé un arbre qui aurait pu être fatal au gardien de la paix. Ce dernier souffre d’une fracture du fémur. Le chauffeur, 41 ans, est interpellé. Son profil est inquiétant : son permis est suspendu, il est en état d’ébriété, il a utilisé un compte d’une plateforme de VTC qui ne lui appartient pas, il n’a aucune carte professionnelle et est connu pour de multiples délits routiers.

                                                                                                                                    

Un vrai compte au nom d’une plateforme de VTC, mais très certainement sous-loué à un conducteur qui ne coche pas les cases pour pouvoir ouvrir son propre compte car il est sans permis et son casier judiciaire n’est pas vierge. Ce type de magouilles, les policiers des Boers, la police des taxis parisienne, en constatent régulièrement. "Quasi-quotidiennement des chauffeurs qui ne sont pas inscrits à leur noms sur les plateformes sont interpellées par les Boers, principalement dans les aéroports. Le gain est à la fois pour celui qui vraisemblablement loue son compte et celui qui va l’utiliser et qui est généralement dans l’incapacité de fournir une carte professionnelle, un permis de conduire et un document d’identité valide pour s’inscrire auprès des plateformes", détaille auprès de LCI Yvan Assioma, secrétaire régional Paris du syndicat Alliance.

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Vers la fin des VTC ?

"Entre 4000 et 5000 VTC avec une fausse carte"

Des pratiques que dénoncent par ailleurs les professionnels VTC. Comme Sayah Baaroun, secrétaire général du syndicat des chauffeurs privés VTC. "On estime qu’il y a entre 4000 et 5000 VTC qui tournent avec une fausse carte, sans carte ou avec la carte d’un autre", explique-t-il à LCI. Selon lui, les tentatives de régulation de l’activité se seraient révélées peu efficientes en raison d’un accord tacite entre l’Etat et les plateformes. "D’un côté, l’Etat se demande quoi faire de tous ces jeunes qui n’auront plus de boulot demain si les règles étaient vraiment appliquées. De l’autre, le discours des plateformes qui disent 'laissez-nous faire, on va s’occuper de la banlieue', message qui est reçu favorablement par l’Etat." Sollicitée, la préfecture de police n’a pas été en mesure de d’infirmer ou de confirmer ces chiffres.


Habib M. était toujours en garde à vue mercredi en fin d’après-midi. Il a été déféré dans la soirée en vue d’une mise en examen pour récidive de conduite en état d'ivresse, violences aggravées sur des agents de la force publique et exploitation de VTC sans inscription au registre. Selon nos informations, un juge d’instruction doit être nommé dans la journée et une information judiciaire ouverte ce jeudi.

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