Images de lycéens agenouillés mains sur la tête devant un lycée à Mantes-la-Jolie : que s'est-il-passé ?

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TENSIONS - Que s'est il passé au lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie jeudi ? 153 jeunes - lycéens pour la plupart - ont été interpellés à proximité de cet établissement après des affrontements avec les forces de l'ordre. Parmi eux, 146 ont été placés en garde à vue pour "participation à un attroupement armé". Les images des interpellés - agenouillés mains sur la tête - suscite une vive polémique depuis.

"Voilà une classe qui se tient sage", c'est le commentaire que l'on entend dans une vidéo tournée ce jeudi, qui montre des dizaines de jeunes, agenouillés ou assis au sol, les mains dans le dos ou sur la tête, rassemblés devant 12 des 70 policiers mobilisés lors des incidents qui avaient lieu en marge des protestations lycéennes à Mantes-la-Jolie (Yvelines), à proximité du lycée Saint-Exupéry.


Lors d'une conférence de presse pour évoquer le dispositif de sécurité pour la manifestation des Gilets jaunes samedi partout en France, Christophe Castaner a également parlé de la polémique autour des images de ces interpellations. Le ministre de l'Intérieur a défendu les interpellations face à de "véritables violences urbaines".

Pourquoi ces arrestations ?

153 jeunes ont été arrêtés jeudi après des heurts et des dégradations, notamment l'incendie de deux voitures. 146 d'entre eux ont été placés en garde à vue pour "participation à un attroupement armé", rapporte le ministère de l'Intérieur. Selon Beauveau, 37 des 122 jeunes arrêtés et placés en garde à vue étaient cagoulés, portaient des matraques, des battes de baseball et des bombes lacrymogènes. 


"Que s'est-il passé hier (jeudi) à Mantes-la Jolie ? Il y a des éléments extérieurs au lycée, des personnes de plus de 20 ans souvent, qui avaient accumulé des poubelles les jours précédents, ils ont coincé le lycée, rameuté des lycéens parfois venus d'autres départements, ils ont envahi un pavillon, volé des bonbonnes de gaz... Ils ont commis des exactions, attaqué les forces de l'ordre qui ont cherché à les neutraliser et en les neutralisant", affirme le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.

"Mesures de sécurité complémentaires"

"Cela correspond à une procédure classique avant la fouille. Je mesure la force des images (...) nous devons être exemplaires, nous, nos forces de l'ordre. Toute la procédure sera faite sous contrôle de la justice. Je souhaite que toute la transparence soit faite et les enquêtes seront rendues publiques. Aucun lycée n'a été blessé", a indiqué le patron de la place Beauvau.

En vidéo

Mantes-La-Jolie : "Un groupe d'une centaine d'individus, pas forcément lycéens"

Sur LCI, le porte-parole de la Police nationale a affirmé que ces interpellations, malgré les images que beaucoup trouvent choquantes, sont normales. "Les images que l'on voit montrent la gestion de plus de 150 personnes interpellées et on a pas 150 paires de menottes pour les arrêter immédiatement", affirme-t-il. Il explique que le fait de les placer à genou et avec les mains sur la tête permet de les surveiller en attendant de les "répartir dans les différents commissariats".

La gauche indignée

La gauche crie au scandale ce vendredi après la diffusion des images sur Twitter notamment. "Quels que soient les faits reprochés, rien ne justifie cette humiliation de mineurs filmée et commentée", a réagi le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure dans un tweet, appelant les ministres de l'Intérieur Christophe Castaner et de l'Éducation Jean-Michel Blanquer à "réagir vite et bien".


Le député La France insoumise Eric Coquerel a également appelé Christophe Castaner à "condamner et punir les actes indignes de certains policiers présents à Mantes-la-Jolie".


"Que penser d'un pouvoir qui traite ainsi sa jeunesse? Qu'il ne tient que par la force des matraques. Qu'il n a plus d'avenir. Qu'il est à l'agonie", a commenté le député LFI François Ruffin, tandis qu'Alexis Corbière s'interrogeait: "Qu'est-ce qui peut justifier une telle mise en scène ? Qui a donné les ordres aux forces de l'ordre de faire cela ?".


L'avocat Jean-Pierre Mignard a notamment annoncé dans un tweet son intention de saisir "l'IGPN (la police des polices) et le Défenseur des droits "face à cette "scène de guerre".

"L'image est forcément choquante. Il y a eu des images choquantes parce que nous sommes dans un climat de violence exceptionnelle. (...) Il faut faire très attention aux images découpées. Il faut savoir ce qui s'est passé avant, le contexte dans lequel elles se sont passées", a déclaré Jean-Michel Blanquer sur France Inter.

Les policiers ont fait de leur mieux dans le climat d'ultra violence."Gaëlle Auffret, Peep

Interrogée ce vendredi matin par LCI, Gaëlle Auffret, numéro 2 sur la liste de la Peep du lycée Saint-Exupéry, ne "justifie pas la méthode", mais estime que "les policiers ont fait de leur mieux dans le climat d'ultra violence qui règne depuis quatre jours à Mantes-la-Jolie". "Ca peut paraître choquant ces jeunes interpellés de cette façon, mais le problème c’est qu’ils étaient très nombreux et qu’il y avait besoin d’intervenir. Les forces de l'ordre ont fait au mieux pour sécuriser les lieux et les 1500 élèves qui sont dans les environs et qui n’ont rien demandé."


Dans un communiqué publié ce vendredi matin, la FCPE, autre fédération de parents d'élèves, a déploré les "images particulièrement choquantes (qui) ont circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux". "La police a procédé à des centaines d'interpellations faisant manifestement un usage disproportionné de leur force, en blessant gravement quelques-uns de ces jeunes et en en humiliant des centaines d'autres" continue la FCPE. "Nous rappelons que la mission des agents de police est de faire respecter l’ordre et de protéger nos enfants. Nous exigeons du gouvernement que le harcèlement des lycéens cesse, que leur droit à manifester soit respecté."

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