VIDEO - Retour en images sur l'interpellation du manifestant frappé à terre par un policier

VIDEO - Retour en images sur l'interpellation du manifestant frappé à terre par un policier
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A LA LOUPE - Une vidéo montrant l'interpellation d'un manifestant blessé fait polémique. On y voit un policier frapper au visage un jeune homme maintenu au sol. Deux enquêtes ont été ouvertes pour faire la lumière sur les événements, dont l'une a été confiée à l'IGPN. LCI revient sur le déroulé de cette arrestation, à travers les différentes images de la scène.

Depuis leur diffusion, dans l'après-midi du samedi 18 janvier, en pleine manifestation des Gilets jaunes, les images de l'arrestation musclée d'un manifestant suscitent l'indignation et la colère. On y voit un jeune homme, le visage en sang, maintenu au sol le long d'un trottoir. Un policier l'immobilise à l'aide de son genou et lui assène un coup sur le visage, puis un deuxième. "Regardez, il frappe, s'indigne une témoin, face à un policier qui bloque le passage. Vous avez vu votre collègue ? Regardez ce qu’il fait. Il est en train de le frapper alors qu'il saigne ! Ayez un peu de pitié. Vous êtes dégueulasses !"

La vidéo, postée initialement par une manifestante, Patricia, à 14h55 sur Facebook, est rapidement devenue virale. Tournée à Paris, devant l'armurerie de la Gare de l'Est, au 144 Rue du Faubourg Saint-Martin, elle enregistre ce lundi près de 200.000 vues et 10.000 partages. 

La défense de la police

Alors que de nombreuses voix s'élevaient pour dénoncer une violence policière inacceptable, trois policiers ont porté plainte, pour violences volontaires. Parmi eux, le policier incriminé. Le syndicat Alliance Police est rapidement venu à sa rescousse. Sur le plateau de LCI, son secrétaire général adjoint assure que le jeune homme aurait provoqué les forces de l'ordre.

"Ce jour-là, nous avons affaire à un individu extrêmement violent qui participe à un attroupement avec des personnes dont le visage est dissimulé et des bouteilles en verre sont notamment jetées sur des forces de l'ordre, raconte Stanislas Gaudon. Les policiers l'écartent du cœur de la manifestation et le mettent à l'écart, et le collègue se penche sur cet individu. Il voit qu'il est blessé, il lui dit : 'Montrez-moi votre plaie que je puisse la soigner. Dans le même temps, on vient d'appeler les sapeurs-pompiers. Et là, que se passe-t-il ? L'individu crache du sang au visage du collègue qui vient de relever sa visière." et d'ajouter : "Vous imaginez à ce moment-là ce qu'il se passe dans la tête du policier? Du sang sur le visage et dans la bouche? Et là, l'individu racle à nouveau sa gorge et dit : 'J'ai le sida, je vais te crever!" Voilà comment ça s'est passé." 

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Une défense basée sur le témoignage du policier incriminé, et qui diffère de celui des manifestants, témoins de la scène. "A un moment donné, je me suis mise sur le côté, raconte Patricia, qui a tourné la vidéo polémique, à Europe 1, et j'ai vu là trois ou quatre CRS qui tiraient un jeune homme en sang, ça coulait énormément." Celle qui reconnait ne pas savoir ce qu'il s'est passé avant cette scène poursuit : "Ils l'ont mis à terre, donc j'ai commencé à filmer. Quand ils l'ont mis à terre, le jeune homme s'est défendu parce qu'ils étaient plusieurs, donc ils l'ont attaché avec un serflex. Il ne pouvait plus se défendre parce qu'il avait les mains liées. Ils ont quand même mis des coups de poing au jeune homme alors q'il était sans défense. Il était à terre, il ne pouvait rien faire."

Que nous disent les images ?

Pour la compréhension des événements, ces seules images sont insuffisantes. Une vidéo de l'AFPTV, tournée "autour de 14h30", nous montre la scène sous un autre angle. Le jeune homme est maintenu au sol, immobilisé par le policier, qui appuie son genou sur son bras, ses mains semblant liées. Des traces de sang sont visibles sur son visage mais aucun coup n'est donné ici. Un street-medic, vêtu de blanc, est accroupi à la gauche de l'image et lui prodigue des soins.

Une troisième vidéo, filmée par Adrien AdcaZz pour Quartier Général montre à partir de 11'28 le jeune homme à la même place. Il est cette fois assis, les mains libres et dialogue avec un policier qui lui fait face. Son visage est découvert et un masque médical est visible autour de son cou. Quelques instants plus tard, il est caché par un autre homme interpellé, les cheveux roux, tout de noir vêtu et encadré par deux policiers. Ce même homme est visible sur la vidéo prise par Patricia, c'est donc à peu près à cet instant que les coups ont dû être portés. 

A 12'35, Clément est cette fois ventre à terre, le deuxième interpellé a quitté la zone mais des street-medic, présents depuis de longues minutes, ont été autorisés à s'approcher. Ils débutent les premiers soins. A 12'44, les policiers utilisent un serflex pour lier les mains de Clément dans son dos, ce qui permet de comprendre que le jeune homme a donc été menotté après avoir été frappé. La vidéo coupe puis reprend lorsque les policiers l'encadrent vers la sortie.

Une autre vidéo, issue du compte Twitter d'une journaliste de RT France, montre Clément, assis face à la vitrine de l'armurerie. Il souffle et se tient le crâne. Son sac à dos est encore sur son dos, contrairement aux vidéos précédentes, ce qui démontre qu'il vient tout juste d'être interpellé. "Nouveau blessé après plusieurs coups de matraque", commente notre consœur, précisant que les forces de l'ordre sont "moins organisées et moins nombreuses" que sur le reste du cortège, puisqu'une partie des manifestants sont ici "en dehors du parcours autorisé".

Visé par les policiers pour avoir lancé des projectiles ?

La vidéo de Quartier Général nous permet de remonter encore quelques instants avant et de mieux comprendre le contexte de cette interpellation. A 9'47, l'ambiance est très tendue, de nombreux policiers lourdement équipés sont présents, au milieu des fumée. En plein milieu de la route, ils font reculer des manifestants. Un sifflet retentit, ils chargent contre les manifestants en courant. 

Une étude, image par image, nous permet de voir un homme, avec des baskets blanches, tomber à terre. Plusieurs policiers sont autour de lui, dont l'un lui assène deux coups de matraque. On retrouve cette personne au sol, les mains sur le crâne, recroquevillé pour tenter de se protéger (10'07). Ses vêtements nous permettent de le reconnaître, il s'agit de Clément. Il tente ensuite de se relever, encadré d'un policier, mais il tombe à nouveau. Il est finalement embarqué de l'autre côté de la rue, sur le trottoir de l'armurerie. Trois policiers ferment la marche, encadrant cette interpellation en marchant en arrière.

Une dernière vidéo nous montre cette même scène, prise sous un autre angle. Les FDO tapent dans le tas "sans raison", estime l'auteur des images. Les policiers indiquent de leur côté que Clément aurait lancé des bouteilles en verre sur les effectifs de CRS. 

"Un des projectiles a blessé un brigadier à l'épaule, rapporte Le Point, qui a pu accéder au PV d'un des policiers. Prenant la fuite, il est aperçu un peu plus loin arrivant dans le dos d'un policier qui interpellait un manifestant. Le jeune homme originaire d'Ille-et-Vilaine aurait alors donné des coups de poing et de pied au policier. Il a fallu qu'un de ses collègues intervienne matraque à la main pour stopper la violence du manifestant." Des accusations que les vidéos ne nous permettent pas de corroborer. 

Clément, en tout cas, est sorti de garde à vue, lundi 20 janvier, et va recevoir une convocation pour se présenter au tribunal correctionnel et être jugé pour violences contre personnes dépositaires de l'autorité publique, rébellion et participation à un groupement formé en vue de commettre des violences et des dégradations. Un moindre mal, ont réagi ses avocats par communiqué, qui craignaient qu'il ne soit jugé en comparution immédiate.

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