Vidéo de violences dans un commissariat de Strasbourg : la police des polices saisie

Vidéo de violences dans un commissariat de Strasbourg : la police des polices saisie
Justice

ENQUÊTE - Alors qu'un jeune Guinéen était jugé mardi 2 juin en comparution immédiate à Strasbourg pour vol de vélo et agression sur un policier, la vidéosurveillance du commissariat montre un policier frapper le jeune homme. L'IGPN a été saisie par le procureur.

Un jeune Guinéen de 21 ans, jugé mardi 2 juin en comparution immédiate pour un vol de vélo à proximité de la gare de Strasbourg, usurpation d'identité et violences sur des policiers, a-t-il été victime d'une bavure policière ? Une chose est sûre, le parquet de Strasbourg a annoncé ce jeudi la saisie de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour qu'une enquête soit menée, confirmant une information de Rue89 Strasbourg.

Tout est parti d'images de vidéosurveillance montrant un policier frapper le jeune homme en garde à vue. Dans le procès-verbal rédigé par les enquêteurs, il lui était reproché d'avoir été agressif et d'avoir essayé de mettre un coup de poing à un policier. Mais lors de l'audience, le visionnage des images placées sous scellés, demandé par son avocate Me Kaoutare Choukour, a dévoilé un tout autre scénario.

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"Un coup de poing dans la tête"

"Les images étaient choquantes, éloquentes, édifiantes", a déclaré à l'AFP Me Choukour. "On voit clairement mon client qui arrive menotté dans le couloir juste avant les geôles. Aucune résistance ou agressivité. Le policier lui enlève les menottes, mon client lève son coude pour protéger son visage, de peur. Au moment où il fait ça, le policier lui met un coup de poing dans la tête". Un coup confirmé par l'expertise médicale.

Après le visionnage de ces images lors de l'audience, le procureur a demandé que la lumière soit faite sur ces actes de violence.

Outre le fonctionnaire auteur des coups, les investigations viseront aussi une collègue qui s'est portée témoin, ainsi que le policier qui a rédigé le procès-verbal censé retranscrire le contenu de la vidéo. Sylvain André, délégué départemental du syndicat Alternative Police CFDT Bas-Rhin, se satisfait "que l'IGPN soit saisie, parce que c'est un organe indépendant qui va permettre de définir s'il y a eu violence".

Le jeune homme relaxé

Au vu des images, le président du tribunal a relaxé le jeune Guinéen pour les violences et l’usurpation d’identité. Il a cependant été condamné à quatre mois d’emprisonnement, pour le vol de vélo. La peine étant aménageable, il n’a pas été incarcéré. Pour Me Kaoutare Choukour, son client aurait bien pu finir à la maison d’arrêt de Strasbourg : "On a eu de la chance d’avoir un président du tribunal rigoureux qui a bien voulu visionner ces vidéos. Les policiers savent très bien que souvent, par manque de temps, les magistrats ne regardent pas les images de vidéosurveillance", a-t-elle confié à Rue89 Strasbourg.

Du côté des policiers, les syndicats relèvent que l'actualité, en France et aux Etats-Unis notamment, ne joue pas en leur faveur. 

"Ces derniers jours, on assiste à un lynchage en règle de la police nationale. J'espère que tout ce contexte n'a pas abouti à la mise en cause de notre collègue", déplore Michel Corriaux, secrétaire régional Grand Est pour Alliance Police nationale. "Il ne s'agirait pas de trouver des coupables afin de faire redescendre les tensions", met aussi en garde Sylvain André.

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