Viol et meurtre d'Elodie Kulik : le procès de Willy Bardon s'ouvre aux assises, dix-sept ans après

Viol et meurtre d'Elodie Kulik : le procès de Willy Bardon s'ouvre aux assises, dix-sept ans après
Justice

PROCÈS - Elodie Kulik, 24 ans, directrice de banque, a été enlevée, violée et tuée à Cartigny dans la somme. Le procès de Willy Bardon, accusé de l'avoir enlevée, séquestrée, violée et tuée s'ouvre ce jeudi devant la cour d’assises de la Somme à Amiens. Il doit durer jusqu'au 4 décembre.

Des années de tristesse, des journées de combat, et une force incroyable pour un homme qui veut la vérité qui attend que justice soit faite. A partir d'aujourd'hui et jusqu'au 6 décembre, Jacky Kulik (photo), père d'Elodie, décédée en 2002, assistera au procès du meurtrier présumé de sa fille. 

Près de dix-huit ans après les faits, la cour d'assises de la Somme va se prononcer sur l'éventuelle responsabilité de Willy Bardon dans le viol et le meurtre de cette jeune femme âgée de 24 ans directrice de banque à Péronne dans la somme. 

Le 11 janvier 2002, le corps de la jeune femme de 24 ans est retrouvé dénudé et partiellement calciné à Tertry, à une vingtaine de km de Saint-Quentin. Elodie Kulik a été violée puis étranglée, alors qu'elle rentrait chez elle. Sa voiture est découverte à six kilomètres de là, accidentée en bordure d'une route départementale.

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Un des auteurs est décédé en 2003

Willy Bardon, ancien plombier et tenancier de bar, n'est pas auditionné par la gendarmerie avant le 12 avril 2012. Les enquêteurs l'interrogent d'abord en qualité de témoin, comme des dizaines d'autres personnes, parce qu'il appartenait en 2002 à l'entourage de Grégory Wiart. Le sperme de ce dernier avait été prélevé sur les lieux du crime. Cela avait permis d'établir son profil ADN complet, mais sans permettre d'identifier le suspect, le profil ne correspondant à aucune des identités enregistrées dans le fichier national des empreintes génétiques (FNAEG).

L'enquête piétine pendant dix ans avant qu'un enquêteur de la gendarmerie permettra de sortir de l'impasse. En 2012, Emmanuel Pham-Hoai, alors capitaine, évoque la technique de recherche d'un suspect par le biais de l'ADN apparenté, déjà utilisée aux Etats-Unis. En France c'est une première, et elle permet de remonter jusqu'au père de Grégory Wiart, lui-même condamné pour agression sexuelle et figurant à ce titre au FNAEG, puis d'attribuer à son fils l'ADN retrouvé.

Sans pouvoir interroger le jeune homme, décédé en 2003 d'un accident de la route, les enquêteurs concluent à la participation de Grégory Wiart au viol et au meurtre d'Elodie Kulik. Et se penchent dès lors sur son entourage de l'époque, pour retrouver son ou ses complices, notamment à partir des autres traces d'ADN retrouvées à proximité de la dépouille de la victime et dans sa voiture.

Une voix enregistrée qui sème le trouble

En janvier 2013, sept proches de Grégory Wiart sont placés en garde à vue. Parmi eux, cinq reconnaissent la voix de Willy Bardon sur l'enregistrement de l'appel aux secours passé par la victime, le soir des faits. Il est alors mis en examen, malgré ses dénégations. Placé en détention provisoire pendant plus d'un an, il est désormais sous contrôle judiciaire. Sa défense n'a eu de cesse depuis de contester son renvoi devant les assises, finalement confirmé par la Cour de cassation, en juillet 2018.

"C’est le seul procès où tous ceux qui ont leur ADN sur la scène de crime sont témoins, et où le seul type ne l'ayant pas est accusé", souligne auprès de l'AFP Stéphane Daquo, l'un de ses trois avocats. "Vous croyez qu’il a fait exprès d’entuber les autres en leur laissant mettre leur ADN, et que lui avait une combinaison de ski avec des gants et une charlotte sur la tête ?"

La partie civile balaie cet argument: "pendant des siècles on a jugé sans ADN", fait valoir Didier Seban, l'avocat de Jacky Kulik, le père de la victime. "L’enquête part de Grégory Wiart, on ne l'a pas retrouvé par hasard. Il y a eu un travail phénoménal fait par les gendarmes sur le parcours de Willy Bardon, son comportement pendant l’enquête et avant, à quoi s'ajoute évidemment la reconnaissance vocale".

Jacky Kulik, lui, "se prépare" à ce procès qui doit se tenir sur dix jours, jusqu'au 4 décembre. "Pour lui, c’est l’aboutissement de 17 ans, presque 18 ans d’attente, de combat, d’angoisse et de colère", explique à l'AFP son avocat historique, Didier Robiquet. "Il a tellement attendu qu'aujourd’hui il est confiant et apaisé qu’on aboutisse enfin à un procès". 

Désormais âgé de 45 ans, Willy Bardon, poursuivi pour viol, enlèvement, séquestration et homicide volontaire, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. 

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