Violences et agression sexuelle à Paris : 12 et 6 mois de prison avec sursis requis à l’encontre de deux rugbymen

Justice

JUSTICE – Le parquet a requis ce mercredi 12 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pendant 18 mois à l'encontre du joueur de rugby Josaia Raisuqe, 23 ans et ex-Stade français, poursuivi pour violences en état d'ivresse et agression sexuelle commises le 23 juillet vers 2 h 50 du matin à Paris. A l’encontre de Waisea Nayacalevu, 27 ans et toujours joueur au Stade français, jugé, lui, pour avoir porté des coups de poing sous l'emprise de l'alcool à deux personnes ce même soir, il a demandé 6 mois de prison avec sursis. La décision sera rendue le 30 janvier 2018.

Ils étaient dès 9 heures dans la salle d’audience mais ont dû attendre la venue de leur interprète. Ce mercredi matin, les rugbymen fidjiens Waisea Nayacalevu, 27 ans, et Josaia Raisuqe, 23 ans, comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Paris pour violences commises dans la nuit du 22 au 23 juillet à Paris. Le plus jeune était également jugé pour agression sexuelle. A leur encontre, le procureur a requis respectivement 6 mois de prison avec sursis et 12 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pendant 18 mois estimant que les faits qui étaient reprochés aux deux ailiers du Stade Français étaient caractérisés. 

"Les prévenus minimisent les faits de violence, même s'il y a un début de reconnaissance. Sur l'agression sexuelle, par contre, Josaia Raisuqe exclut tout à fait avoir mis les mains sur la poitrine" de Jessica, a indiqué le procureur. "Ce n'est pas une petite agression sexuelle. C'est une agression sexuelle, a déclaré le magistrat. Ce type de délinquance occasionne de lourds préjudices, comme on le voit en ce moment à travers la libération de la parole" des victimes. Depuis cette affaire, Waisea Nayacalevu joue toujours dans l’équipe tandis que Josaia Raisuqe en a été licencié au mois d’août. 

"Douze pintes de bière et de la vodka"

Le 22 juillet 2013, Josaia Raisuqye fêtait ses 23 ans avec Waisea Nayacalevu et d’autres amis au café Oz, quai d’Austerlitz dans le 13e arrondissement de Paris. Aucun des deux ailiers du Stade français n’a pu dire ce mercredi à la présidente du tribunal la "quantité exacte" d’alcool ingéré pour l’événement mais les deux s’accordent à dire qu’ils ont consommé plus que de raison. "J’ai bu de la bière et de la vodka. 12 pintes de bière et après beaucoup de vodka", lâche  finalement Josaia Raisuqe, chemise bleu ciel, jean brut et chaussures en cuir noir admettant sans rechigner qu’il était "ivre". C’est dans cet état que, selon les  trois victimes, les deux rugbymen auraient commis les faits qui leurs sont aujourd’hui reprochés.

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Ce dimanche 23 juillet vers 2h50 du matin, Jessica, 35 ans, Lyes et Camille 23 ans, sont alors selon eux adossés à un mur devant l’établissement Les Nuits fauves, discothèque voisine du café. Ils sont en train de fumer une cigarette quand ils voient les deux colosses accompagnés d’un ami arrivés vers eux. "J’ai dit ça pue, dans le sens ça craint. A 10 mètres de moi je pressentais qu’ils (Josaia Raisuqe  et Waisea Nayacalevu, ndlr) allaient venir à notre rencontre. Ils étaient complètement ivres, leur contact avec nous n’allait, semble-t-il, pas être normal",  confie Jessica, 35 ans, cheveux courts, boucles d’oreille, veste grise et foulard blanc, ce mercredi au tribunal.

"Comme si ce n’était pas grave de me toucher les seins"

Cette mère de quatre enfants, éducatrice spécialisée, qui n’avait, dit-elle, pas bu une goutte d’alcool ce soir-là indique que Josaia Raisuqe s’est ensuite "approché d’elle en titubant, une rose à la main".  "Il a passé sa rose de manière brusque et violente sur mon cou et à l’aide de sa main gauche a touché ma poitrine de manière brutale. Ce n’était pas un simple attouchement, il a vraiment appuyé sa main sur mes seins", avait déclaré la trentenaire aux policiers à l’occasion de son dépôt de plainte. "Josaia Raisuqe avait une attitude désinvolte. Comme si ce n’était pas grave de me toucher les seins. Il n’y avait rien d’hasardeux là-dedans. Le geste était intentionnel", insiste-t-elle aujourd’hui au tribunal. Encore "traumatisée et choquée par les faits", elle ajoute que ce geste qui a duré  "5 à 6 secondes" lui a semblé une éternité. 

Puis, selon les plaignants, alors que Jessica est agressée par Josaia Raisuqe, son ami Lyes refuse une cigarette à Waisea Nayacalevu. Ce dernier lui aurait alors porté un coup de poing à l’oreille avant de monter avec Josaia Raisuqe dans un taxi. Lyes et Camille, l’autre amie de Jessica, auraient alors tenté de retenir le véhicule tandis que les deux sportifs leurs auraient alors portés de nouveaux coups...

"Dans ma culture, la femme est très respectée"

Interrogé sur l’agression comme sur les violences, Josaia Raisuqe  indique qu’il y avait "beaucoup de monde à cet endroit", qu’il était "en train de pousser" pour passer et que, peut-être, dans ce geste et de par sa corpulence, certaines personnes ont cru qu’il les avait volontairement "touchées ou frappées".  "Dans ma culture, la femme est très respectée. Je n’ai jamais touché les seins de cette dame. Pendant que je poussais les gens, peut-être, j’ai mis des coups à quelqu’un, si c’est le cas,  je m’en excuse", ajoute l’ancien ailier du Stade français, qui évolue maintenant à l’Uson Nevers (Pro D2).

Waisea Nayacalevu, costume sombre et chemise blanche, déclare, lui, "ne pas avoir vu" son comparse toucher la poitrine de Jessica. Concernant les coups, il dit que c’est possible, notamment pour "défendre son ami". "J’étais ivre", dit-il, indiquant ne pas en avoir le souvenir. Camille et Lyes se sont vu prescrire deux et trois jours d’ITT. "Si j’avais eu l’intention de donner un coup à mon avis, l’ITT, ça aurait été 10 jours", dit le joueur, qui parle d’un geste non-voulu, s’il a eu lieu....  

Me Klotz, avocat des deux sportifs, a plaidé la relaxe concernant l'agression sexuelle et demandé des peines moins sévères pour les violences. Il a rappelé qu'il n'y avait aucun témoin de la scène, que le chauffeur de taxi, "parti en vacances", n'avait jamais été entendu, et que Lyes n'avait pas dit les mêmes choses dans la procédure et sur un message posté après les faits sur Facebook.  Le tribunal rendra son jugement le 30 janvier 2018. 

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