Gilet jaune matraquée à Strasbourg : 18 mois avec sursis pour un policier

Gilet jaune matraquée à Strasbourg : 18 mois avec sursis pour un policier
Justice

VIOLENCES POLICIÈRES - Un policier a été condamné mardi 23 juin à Strasbourg pour avoir matraqué une manifestante lors d’un rassemblement des Gilets jaunes en janvier 2019.

Une peine sévère pour "des violences totalement gratuites". Le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné ce mardi un policier à 18 mois de prison avec sursis pour avoir matraqué une manifestante "Gilet jaune" en janvier 2019. Cette décision est assortie d'un sursis simple et d'une interdiction de port d'armes pendant cinq ans ainsi que d'une inscription au casier judiciaire.

Elle va au-delà des réquisitions du ministère public qui avait réclamé 12 mois de prison avec sursis simple à l'encontre de ce policier de 47 ans. Condamné pour "violences avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique", ce dernier a reconnu à la barre avoir commis "une faute professionnelle" ce 19 janvier 2019, lors de l'acte IX des Gilets jaunes.

"Volonté illégitime et absurde d'en découdre"

L'infraction "dénote une volonté illégitime et absurde d'en découdre", a fustigé le président du tribunal, Jérôme Lizet, à la lecture du jugement, rendu après quelques dizaines de minutes de délibéré. 

Le 19 janvier 2019, le gardien de la paix avait asséné "deux coups de matraque" à Marlène Lutz, 62 ans, figure locale des Gilets jaunes. Celle-ci n'était pas armée et se déplaçait alors à l'époque avec une béquille. Elle a eu besoin de onze points de suture au cuir chevelu. 

Bien que le tribunal ait tenu compte du "contexte général" des manifestations de Gilets jaunes, où les forces de l’ordre étaient prises pour cibles par les manifestants, ce "passage à l'acte ne se justifiait absolument en rien et c'était ce qu'on pouvait appeler des violences totalement gratuites", a relevé le magistrat.

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"Il a manqué à ses devoirs et à son serment" en voulant "se défouler", a tonné le procureur Alexandre Chevrier, pour qui le geste de ce gardien de la paix "rabaisse l'institution qu'il est censé servir".

"Dérapage"

A la barre, ce fonctionnaire expérimenté aux 23 années de service, bien noté de sa hiérarchie, a peiné à expliquer son geste, ne reconnaissant qu'un unique coup de "bâton souple de défense". Il a invoqué un contexte de "stress" et de "fatigue" lors d'une journée marquée par de nombreux heurts entre manifestant et forces de l'ordre.

Son avocate, Me Christine Meyer, a toutefois reconnu un "dérapage" de son client, demandant en vain une sanction plus clémente que les réquisitions. Ni elle ni son client n'ont souhaité s'exprimer après le jugement. Selon Me Bettcher, le gardien de la paix, qui n'a pas encore été sanctionné par sa hiérarchie, risque désormais la radiation de la police.

Rejointe après l'audience par quelques sympathisants, dont certains vêtus d'un gilet jaune, Marlène Lutz a elle dit espérer que ce jugement "serve de leçon". 

Ce jugement intervient dans un contexte où la question des violences policières est brûlante. Le jour-même, plusieurs proches de victimes présumées de violences policières ont écrit à Emmanuel Macron pour réclamer des mesures faces aux dérives violentes des forces de l’ordre, ainsi que la création d’un organe de contrôle indépendant. 

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