Voiture de police incendiée : "l’excitation" et une "colère" contre les policiers pour expliquer la violence

Justice

PROCES - Neuf personnes sont jugées, dont une en son absence, jusqu’à vendredi soir après l’attaque d’une voiture de police le 18 mai 2016 quai de Valmy à Paris. Parmi, elle, Thomas R., 20 ans, qui a reconnu avoir porté plusieurs coups à la voiture de police. Le prévenu explique son geste par de la "colère" notamment, après qu’il a reçu un "tir de flash-ball" sous l'œil au cours d’une précédente manifestation.

C’est un des plus jeunes à comparaître devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris depuis mardi. Sur les neufs prévenus jugés dans le cadre de l’enquête sur la voiture de police brûlée quai de Valmy le 18 mai 2016 à Paris, dont un en son absence, Thomas R., qui n’avait pas encore soufflé sa 19e bougie au moment des faits. Ce dernier a été interpellé le 28 septembre 2016 à la sortie d’un squat de Villejuif (Val-de-Marne). Au cours de la perquisition menée au domicile de ses parents à Paris, les policiers ont retrouvé une sacoche grise, similaire à celle qu'il aurait portée le jour de la manifestation et des autocollants et tracts supportant des messages tels que "feu sur l’autorité", "guerre aux schmits", "désarmons la police", "Action antifasciste Paris Banlieue". 

Au cours de son premier interrogatoire, fin septembre 2016, le jeune homme avait d'abord refusé de répondre. Il avait ensuite demandé à être de nouveau entendu et avait reconnu être venu à la contre-manifestation organisée contre les violences policières le 18 mai 2016, jour où le syndicat de police Alliance organisait également un rassemblement "contre la haine anti-flics". Puis, le 30 septembre, dans un nouvel interrogatoire, il reconnaissait avoir porté des coups au véhicule de police et expliquait son geste par une "colère" née après qu’il a reçu un tir de flash-ball lors d’une précédente manifestation. 

J’ai failli perdre un œil - Thomas R., au sujet d'un tir de flash-ball dont il a été victime

A partir cet événement, au cours duquel Thomas R. dit avoir "failli perdre un œil", cette "colère" contre les forces de l’ordre a été grandissante. C’est pour cette raison que le 18 mai, il s’est rendu à cette manifestation contre les violences policières. A la barre ce jeudi, le jeune homme au visage d’enfant, à la voix posée, vêtu d’un pull sombre, d’un jean et Adidas aux pieds a répété, comme il l'avait fait devant le juge, que ce jour-là, il avait "montré du doigt la voiture de police", qu’il avait "avancé vers elle" et qu'il avait "porté des coups" sur "l’arrière du véhicule et sur le côté droit". 

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Pourquoi a-t-il fait cela ? Thomas parle de "l’excitation" et évoque à nouveau "cette colère". Il dénonce aussi cette "provocation" de la part de la police d’organiser un rassemblement place de la République, ce "en plein mouvement Nuit debout gazé et violences policières contre les lycéens".... "J’étais remonté", résume-t-il. 

Il n’a "jamais voulu blesser un policier"

Le président poursuit ses questions et demande alors au prévenu si selon lui, alors qu'ils trouvaient dans leur voiture, encerclés par les manifestants quai de Valmy ce 18 mai, les policiers Kevin P. et Allison B. "étaient en danger". 

- "Non, ils avaient largement le temps de sortir", répond Thomas. 

- Et ce geste ? Ses bras levés alors que vous êtes près de la voiture, c’est un signe de victoire ?, demande le président

- "J’ai fait ça par mimétisme", assure Thomas.

- Les policiers ont dit qu'ils avaient "cru mourir", vous comprenez ce sentiment ?, interroge ensuite le président

- Oui, aujourd'hui, je le comprends, répond Thomas. 

Après cette attaque, Thomas R. reconnaît avoir jeté les chaussures et le blouson qu’il portait le jour des faits. Les souliers, parce qu’ils étaient "usés". Le veston, parce qu’il l’avait sur le dos le 18 mai. Il ne cache pas avoir eu peur quand il a appris aux informations qu’il y avait eu des arrestations suite à l’incendie de la voiture de police. "Tentative d’homicide, c’est grave", lance-t-il à la barre. 

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Il rappelle que le jour des faits, "son visage" n’était "pas dissimulé" et qu’il est "reconnaissable sur toutes les vidéos". Dès le 30 septembre 2016, deux jours après son interpellation, Thomas R. avait dit qu’il était "navré" et qu’il n’avait "pas voulu blesser les policiers". Pour lui, le tir de flash-ball qui l'a atteint semble a été le facteur déclencheur de tout cela. 

Interrogé par l'avocate de Kevin P. policier blessé sur une éventuelle plainte qu'il aurait déposée, il indique ne pas avoir entamé de procédure car cela "ne sert à rien". " C’est une perte de temps. Il y a des gens qui ont été blessés par des tirs Flash-ball et malgré les procédures il n'y a pas eu de suite". Le casier de Thomas R. est vierge. Il suit aujourd’hui une formation. 

Le procès reprendra vendredi à 10 heures, avec les plaidoiries des parties civiles, le réquisitoire du procureur puis les plaidoiries de La Défense. Le délibéré sera rendu une semaine plus tard, le 29 septembre, à 11 heures. 

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