Vol de 52 kilos de cocaïne au 36, quai des Orfèvres : Jonathan Guyot, un brigadier aux multiples facettes

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PROCES – L’ancien policier Jonathan Guyot, 36 ans, comparait à partir de ce mardi et jusqu’au 17 mars devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris et aux côtés d’une dizaine de personnes pour détournement de scellés et blanchiment d’argent. Affecté à la brigade des stups, le fonctionnaire, a toujours clamé son innocence dans l’affaire du vol de cocaïne du 36 quai des Orfèvres dont on l'accuse, vol survenu à l'été 2014.

C’est à Perpignan, d’où il est originaire, que les policiers sont allés le chercher, le 2 août 2014. Ce jour-là,  le brigadier des stups qui a quitté la capitale trois jours plus tôt pour rejoindre le sud doit assister au mariage de sa sœur, mais aussi fêter les un an de son fils. 


Il ne célèbrera aucun des deux évènements. Jonathan Guyot, policier, passera les heures suivantes en garde à vue. Le fonctionnaire alors âgé de 33 ans est en effet soupçonné d’avoir , avec l’aide de proches, volé dans les locaux du célèbre 36, quai des Orfèvres puis écoulé, à l'aide de complices présumés, 51,6 kilos de cocaïne – 48,5 kilos hors emballage-, avant de blanchir l’argent généré par la revente du produit.


Pour ce vol de poudre blanche survenu dans la nuit du 24 au 25 juillet 2014, l’ancien fonctionnaire de police, marié, père de famille comparait, aux côtés d’une dizaine de personnes, à partir de mardi et jusqu’au 17 mars devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris. 

Notre reporter Aurélie Sarrot livetweete le procès en direct >> 

Cambriolage dans la salle de scellés

Jusqu’à cet été 2014, pourtant,  le brigadier entré dans la police huit ans plus tôt n’avait pas fait parler de lui. Un bac décroché en 2002, des petits boulots, puis le Perpignanais passe  le concours de la police judiciaire et finit parmi les premiers. Il choisit alors d’être affecté à Paris. Après quelques années à la Brigade Anti-criminalité (BAC), le fonctionnaire passe finalement à la brigade des stups. Il vient de souffler sa trentième bougie. 


Tout bascule le 31 juillet, quand le parquet de Paris est saisi d’une enquête suite à la disparition d’une grosse quantité de cocaïne  dans le local des scellés de la Brigade des Stupéfiants 36, quai des Orfèvres à Paris. La poudre blanche déposée quelques jours plus tôt, le 7 juillet, dans la salle destinée aux scellés sensibles s’est volatilisée. 

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"Des preuves accablantes"

Le travail des enquêteurs de la police technique et scientifique a permis très rapidement d’identifier un suspect qui aurait pénétré dans le local dans la nuit du 24 au 25 juillet. "Deux plantons affectés au filtrage des sas d’entrée du 36, ont vu sortir un fonctionnaire, casquette vissée sur la tête et porteur de gros sacs de courses semblant contenir des produits stupéfiants. L’individu et sa cargaison apparaissent d’ailleurs sur les images de vidéosurveillance. Les plantons, comme quatre membres de la hiérarchie de la brigade des stups affirment avoir reconnu Jonathan Guyot. Les preuves sont là, et elles sont accablantes si l’on tient compte de la suite", indique à LCI, à quelques jours du procès,  une source proche de l’affaire qui préfère garder l’anonymat. 


 "La suite" évoquée par cette source, ce sont notamment les milliers d’euros découverts à différents endroits - 16.020 euros retrouvés en petites coupures dans le sac à dos du fonctionnaire le 2 août, 8.790 euros retrouvés en espèces à son domicile francilien… - . C’est aussi la visite rendue  à un certain Robert, indic' du brigadier, le soir du vol ou encore l’expertise informatique du téléphone portable du policier avec notamment de nombreuses notes effacées. 

Du cannabis à la cocaïne ?

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Le vol des quelque 52 kilos de cocaïne aurait ainsi été réalisé en une heure de temps environ. La drogue semble elle avoir été écoulée en quelques jours tandis que l'argent a été planqué dans plusieurs endroits. Pour ce trafic suivi de blanchiment d'argent, le présumé voleur se serait entouré de plusieurs personnes parmi lesquelles la femme du fonctionnaire, son frère, des amis du policier et… un certain Christophe Rocancourt  dit "l’escroc des stars" qui aurait aidé Jonathan Guyot à récupérer une partie du magot.  


L’appât du gain aurait été le moteur de chacun. Plusieurs personnes interrogées par les enquêteurs au moment des investigations indiquent ainsi que le train de vie du surnommé "John"ne pouvait coller avec son salaire de brigadier. Les juges sont d’ailleurs convaincus que le policier n’en était pas à son coup d’essai. 


Les déclarations de Robert, informateur de Jonathan Guyot , vont en ce sens. Interpellé en février 2016, ce dernier a en effet indiqué aux enquêteurs qu’entre décembre 2013 et juin 2014, "John" lui aurait fourni entre 85 et 90 kilos de cannabis et qu’il lui aurait demandé de les écouler. Ce même Robert affirme en outre que ce "trafic alimenté par Jonathan Guyot" lui aurait permis de générer 200.000 euros de bénéfices, sur lesquels il aurait, selon lui empoché 150.000 euros, et remis 50 000 euros au brigadier….

Le brigadier clame son innocence

Jonathan Guyot a livré différentes explications et versions depuis son interpellation le 2 août 2014 pour justifier de sa présence à tel ou tel endroit ou sur les sommes d’argent retrouvées chez lui. Mais depuis le début de cette affaire, il a toujours clamé son innocence. 


Le 30 mars 2015, dans sa cellule de Fleury-Mérogis, l’ancien brigadier rédigeait une lettre au juge. Il y expliquait comment sa vie était devenue un "champ de ruines", il y dénonçait également de "douloureux mensonges et l’acharnement", il y estimait avoir déjà été "lynché, déshonoré et condamné" .  Le lendemain, l’ancien policier tentait de mettre fin à ses jours en ingérant des médicaments….


Près de deux ans plus tard, Jonathan Guyot attend beaucoup de sa comparution au tribunal.  "Il espère pendant ces quinze jours de procès qu’il va être à la fois écouté et que sa vérité puisse devenir vérité judiciaire", indiquait dimanche son avocat Me Bertrand Burman, à TF1. 


Le policier révoqué encourt jusqu’à dix ans de prison. La cocaïne, dont le montant a été estimé à environ deux millions d’euros, comme une partie de l’argent, n’ont, elles, jamais été retrouvées…. 

Regardez le sujet de Sept à Huit diffusé le dimanche 6 mars sur TF1 consacré à l'affaire du vol de cocaïne au 36 quai des Orfèvres.

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