"Vous ne lui rendrez pas son honneur, mais vous lui rendrez justice" : au procès Fillon, la défense plaide la relaxe

"Vous ne lui rendrez pas son honneur, mais vous lui rendrez justice" : au procès Fillon, la défense plaide la relaxe
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L'affaire Penelope Fillon

JUSTICE – Le procès des époux Fillon et de Marc Joulaud s'est achevé, mercredi 11 mars. La défense a plaidé la relaxe pour les trois prévenus. Le jugement a été mis en délibéré au 29 juin.

Des "fuites dans la presse", une "enquête folle", "des heures de perquisition", des "témoins pas entendus"... Pendant plusieurs heures, mercredi 11 mars, les avocats de la défense ont dénoncé les méthodes des enquêteurs et du parquet national dans l'affaire dite du Penelopegate. Face à l'accusation qui a requis de lourdes peines contre les prévenus – cinq ans de prison dont deux  de ferme à l'encontre de l'ancien Premier ministre notamment –  tous ont plaidé la relaxe. 

Les robes noires l'ont soutenu et répété : les emplois de Penelope Fillon, aux côtés de son époux ou de Marc Joulaud et pour lesquels elle a perçu 613.000 euros nets d'argent public entre 1998 et 2013, n'étaient pas fictifs. Loin de là. Elle était le "lien avec les habitants", "les yeux et les oreilles de son époux", l'assistante qui l'aidait pour "recevoir les administrés" au manoir de Beaucé, "celle qui l'aidait à répondre au courrier", à alimenter "ses discours" prononcés "en haut du perchoir" ou au cours "d'éloges funèbres dans la Sarthe".

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"C'est insultant ! D'une violence inouïe"

Aux magistrats du parquet national financier qui ont souvent évoqué "le rôle social de l'épouse", Me Lévy, avocat de François Fillon leur rétorquent : "Ça veut dire quoi ? C'est quoi ?" Puis il s'est énervé : "On vous dit que le rôle de la femme est d'être à côté de son époux. Pardonnez-moi, de lui pondre des gosses ! C'est même pas le XXe siècle mais le XIXe siècle. C'est madame Dambreuse dans L'Education sentimentale ? C'est de la mauvaise littérature". 

Le qualificatif de "victime consentante des agissements de son mari" n'a guère plu non plus à l'avocat de Penelope Fillon. S'adressant à aux magistrat du PNF, Me Cornut-Gentille a ainsi lancé: "Vous avez dit à ma cliente : 'Je souffre pour vous parce que vous êtes prisonnière d'un système de défense que vous impose votre mari.' C'est insultant ! On lui dit qu'elle n'est rien d'autre que l'instrument de son mari, qu'elle ne peut exister par elle-même ? C'est d'une violence inouïe. Si vous déniez à comprendre Penelope Fillon. Si vous lui déniez toute liberté, toute humanité, alors vous ne pouvez pas la juger."

"Tout à l'oral"

Pour la défense, la discrétion de Penelope Fillon est un de ses traits de caractère. "C'est important aussi qu'elle soit telle qu'elle est. Madame Fillon est discrète, elle ne se met jamais en avant, elle est timide. Mais ça, ce sont des qualités aux yeux des électeurs", a insisté Me Cornut-Gentille. Qui ne peut s'empêcher de raviver la concurrence entre l'ancien Premier ministre et un certain Nicolas Sarkozy : "Dans la Sarthe, vaut-il mieux avoir Cécilia Sarkozy ou Penelope Fillon comme assistante parlementaire ?"

Restait alors à s'attaquer au plus gros morceau : la quasi-absence de traces des missions de l'assistante parlementaire. La défense a insisté sur ce travail, bien réel, mais qui se faisait "à l'oral". L'absence d'archives? ? Elle a rappelé qu'elles étaient traditionnellement détruites à la fin de chaque mandature."Il n'y a pas à l'Assemblée nationale de bunker souterrain de plusieurs centaines de mètres où seraient gardés les centaines de courriers que reçoivent les députés. Ces courriers sont détruits à la fin de chaque mandature, tout simplement pour faire de la place", a taclé Me Lévy. 

 Quid de l'absence de badge pour l'Assemblée nationale ? Ce n'est pas un "indice de la fictivité de son emploi", réfute Me Lévy, qui convoque une actualité encore récente pour la retourner à son avantage : "Alexandre Benalla en avait un, il a dit lui-même que c'était pour aller à la salle de sport".

Et sur le fait que, dans la Sarthe comme à Paris, ils étaient très peu à savoir qu'elle était la collaboratrice parlementaire de François Fillon, et donc du contrat qui aurait dû en découler ? Elle n'allait pas se présenter aux habitants de la Sarthe ou aux Parisiens plus tard en disant: "Bonjour, je suis l'assistante parlementaire de François Fillon", avait pointé la défense au cours du procès. Mercredi, elle a rappelé que "dix-huit personnes avaient confirmé" sa mission de représentation du conjoint au cours d'événements locaux, que "cinq témoins" avaient attesté que Penelope Fillon s'occupait du courrier, et que  41 témoignages à décharge avait été rapportés et lus partiellement à l'audience.

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"N'importe quelle femme le fait"

Révélée dans la presse début 2017, l'affaire Penelope Fillon a traumatisé les trois prévenus, atomisant dans le même temps la campagne présidentielle de François Fillon, alors donné favori. 

Me Cornut-Gentille a confié que depuis trois ans, Penelope Fillon s'est "recroquevillée sur elle-même", qu'elle était, selon elle, "devenue paranoïaque". Il a rappelé, dénonçant une enquête à charge : "A chaque interrogatoire qu'elle a eu, c'est sa personnalité qui était remis en cause : 'Timide comme vous êtes' ; 'Vous n'étiez que la femme de François Fillon, ce que vous avez fait, n'importe quelle femme le fait".  "Vous lui contestez d'exister, vous en faites une femme victime, et vous dites que vous avez de l'empathie pour elle", s'est-il agacé, avant de s'adresser à la cour : "En la relaxant, vous ne lui rendrez pas sa sérénité, vous ne lui rendrez pas son honneur, mais vous lui rendrez justice".   

En fin de plaidoirie, Me Lévy a, de son côté, ré-employé le registre de l'acharnement judiciaire qu'avait martelé François Fillon durant sa campagne : "J'ai souvent entendu dire que dans ce dossier, vous ne pourriez que condamner parce que si vous ne condamniez pas, cela voudrait dire que l'élection aurait été confisquée au peuple français. Je suis intimement convaincu qu'il n'y a aucune raison de vous faire cette injure. Vous jugerez en droit, en fait, et vous relaxerez Monsieur Fillon".

Les trois prévenus, qui pouvaient s'ils le souhaitaient prendre la parole avant que le tribunal ne se retire, ont répété successivement à la barre : "Rien à ajouter Madame la présidente". Le jugement a été mis en délibéré au 29 juin prochain à 13h30. 

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