"Wallah on ne tue pas des gens pour un dessin" : au procès Charlie, les accusés condamnent les Kouachi

"Wallah on ne tue pas des gens pour un dessin" : au procès Charlie, les accusés condamnent les Kouachi
Justice

CHARLIE HEBDO – Le 8e jour du procès des attentats de janvier 2015 a vu les onze accusés prendre la parole. Tous ont exprimé leur soutien aux victimes et se sont désolidarisés des faits commis par les frères Kouachi.

De la tristesse, du chagrin, de la douleur, des larmes. Au terme d'une semaine particulièrement émouvante et éprouvante, les onze accusés présents à l'audience (trois autres, absents, sont visés par un mandat d'arrêt), ont été invités par le président de la cour à s'exprimer s'ils le souhaitaient sur ce qu'ils avaient entendu tout au long de ces cinq jours. 

Tour à tour, dans les deux box, les accusés, détenus ou libre, se sont levés pour prendre la parole. Tous ont exprimé leur "soutien" aux familles, faisant part de "l'émotion" qu'avaient suscité en eux certains témoignages. Ils ont également donné un point de vue personnel, sur certains éléments qui les ont marqués.

"Je ne comprends pas qu'on puisse tuer au nom du prophète"

Premier à prendre le micro, Willy Prevost revient sur la diffusion des images du raid : "On a vu les photos de ce qu'il s'était passé à Charlie, c'était dur à voir". Abdelazziz Abbad, qui lui succède dans l'exercice le rejoint : "Les photos ça a été un choc". Puis il ajoute : "J'espère que ce procès apportera des réponses aux familles et qu'elles pourront faire leur deuil."

Miguel Martinez rappelle que la "liberté d'expression" a été plusieurs fois évoquée à l'audience. "Avant l'attentat, je savais que Charlie n'était pas un journal raciste", insiste-t-il.

Metin Karasular, qui précise qu'il est "musulman", se lance dans une défense de la liberté d'expression : "Je ne comprends pas que l'on puisse tuer au nom du prophète. Je ne comprends pas les gens aujourd'hui. A chaque fois que ces gens frappent la France, la France devient encore plus forte. Je n'ai pas de pardon pour ces gens-là. Wallah, on ne tue pas les gens parce qu'ils font un dessin."

L'accusé belge Michel Catino a lui peiné à faire un commentaire sur les faits. "Je ne sais pas quoi vous dire. Je connais pas tous ces trucs-là, la politique, le fascisme, le nazisme. Je connais que le jeu". Lui, qui a perdu un fils il y a 14 ans, affirme son soutien aux familles et le partage de leur douleur. "Je sais ce que c'est".

"Je me désolidarise de ce qu'ils ont fait les trois"

Prolixe, souvent impulsif et parfois très énervé, Ali Riza Polat, principal accusé, s'est dit "désolé" pour son  "comportement depuis le début" et promet "d'arrêter d’insulter". "Les familles, elles ont été fortes", dit-il au lendemain d'une journée remplie d'émotion. "Je suis désolé pour les familles. Je me désolidarise de ce qu'ils ont fait les trois (les terroristes Saïd Kouachi, Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly, ndlr). J'ai hâte que la vérité sorte. Les familles ne pourront jamais faire leur deuil. Je vais essayer de dire la vérité... Non pardon, je vais dire la vérité. Je voulais dire, elle viendra à partir de mardi", promet-il. 

A son tour, Amar Ramdani s'arrête sur les interventions des victimes et de leurs proches. "Des discours de gens intelligents et des témoignages dignes". Celui de Sigolène Vinson, notamment, l'a particulièrement touché. "Les faits, c'est innommables, les images parlent d'elles-mêmes. Charlie Hebdo, je connaissais pas, j'ai jamais lu", clame-t-il. Et de replonger dans son enfance pour trouver mémoire d'une des victimes, Cabu, qu'il avait vu passer dans le "Club Dorothée".

Sur le même ton, Saïd Makhlouf insiste sur le fait qu'il n'est "pas lié aux frères Kouachi". Désolidarisé, il les condamne : "C'est inacceptable de tuer quelqu'un pour un dessin. Je ne parle pas des photos qui étaient atroces. Il n'y a pas de mots pour décrire ça" 

"Personne ne mérite ça"

Peu volubile Mohamed-Amine Fares se livre malgré tout :"La tristesse des parties civiles m'a grave fait mal au cœur, elle m'a grave touché. Personne ne mérite ça. Le témoignage des parties civiles étaient très importants à mes yeux".

Pastor Alwatik lui, "condamne tout ce qu'il s'est passé, les attentats du 7, du 8 et du 9 janvier". "Ça coule de source. Moi je crache sur ces gens-là", jure celui qui connaissait Amedy Coulibaly mais pas les Kouachi. Il poursuit, citant la dessinatrice Coco, présente sur les lieux du raid : "Elle a dit qu'après ces actes commis par de fous, elle a dit que, malgré tout ça, elle n'était pas terrorisée. C'est la meilleure réponse à donner à tout ça. J'espère que le temps pourra guérir ses blessures."

Lui succédant, le dernier accusé à s'exprimer et qui comparait libre, est venu à la barre. De là, il assure lui aussi n'avoir "rien à voir avec les Kouachi" et "n'avoir aucun lien avec eux". "Je connaissais pas Charlie avant. C'est ici que j'ai appris comment ils rigolaient. Les témoignages des familles, ça m'a touché au plus profond de moi-même : Coco, Simon, Jérémy de la maintenance. Eux, ils disent que c'est des survivants, moi je dis que c'est de bons vivants. Après tout ce qu'ils ont traversé, tout le monde ne pourrait pas encaisser ça."

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L'audience reprendra lundi, à 9h30. Doivent être abordés l’assassinat d’Ahmed Merabet  et les tentatives d’assassinat à l’encontre des policiers.

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