Avec "Un fond de vérité", Zygmunt Miloszewski règle son compte à l'Histoire

Avec "Un fond de vérité", Zygmunt Miloszewski règle son compte à l'Histoire

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COUP DE COEUR - Polar, thriller, roman noir... Chaque jeudi, retrouvez le coup de coeur de Marc Fernandez, cofondateur et rédacteur en chef de la revue "Alibi". Aujourd'hui "Un fond de verité", du Polonais Zygmunt Miloszewski.

Les auteurs de romans noirs ont ceci de particulier, c’est qu’ils sentent bien la société. Dans un contexte européen quelque peu compliqué, où le repli sur soi, le communautarisme et, parfois, la haine de l’autre, font un retour en force sur le devant de la scène, se plonger dans certaines fictions permet de prendre le temps de réfléchir tout en passant un bon moment. C’est le cas avec le second livre de Zygmunt Miloszewski, Un fond de vérité. Des meurtres sur fond d’antisémitisme, dans une petite ville de province polonaise. Et toujours le poids du passé qui hante le présent.

C’est qui ?
Zygmunt Miloszewski, originaire de Varsovie, va avoir 40 ans. Il s’est fait connaître en France fin 2013 avec la parution de son roman noir Les Impliqués, adapté au cinéma en Pologne. Ce texte a aussi reçu le prix du Gros Calibre, récompensant le meilleur polar de l’année. Journaliste, écrivain et scénariste, il débute sa carrière d’écrivain en 2005 avec une fiction d’horreur, Interphone. Il est aujourd’hui considéré comme l’auteur polonais qui compte. Traduit en une dizaine de langues, il commence à se faire un nom dans le milieu du polar francophone grâce à la jeune maison bordelaise Mirobole éditions.

Ça parle de quoi ?
Teodore Szacki, procureur à Varsovie fraîchement divorcé, a été muté il y a six mois dans la paisible (trop ?) petite ville médiévale de Sandormierz. Il s’ennuie ferme. Lui qui était habitué aux affaires tonitruantes doit maintenant se contenter de dossiers inintéressants. Jusqu’au jour où le corps d’une femme drainé de son sang est retrouvé devant une synagogue. Un rite sacrificiel juif. Lorsque le mari de la victime subit le même sort, tout s’emballe. La population a peur, les médias s’emparent de cette histoire. Un vent d’antisémitisme souffle et va obliger la ville à se tourner vers son passé douloureux. Szacki, lui, trouve enfin un dossier à sa hauteur. Mais il va devoir éviter bien des pièges pour parvenir à trouver qui est responsable de ces morts.

Pourquoi on aime ?
On retrouve ici avec grand plaisir le procureur Teodore Szacki, qu’on avait laissé à Varsovie, empêtrer dans une liaison et un mariage qui battait de l’aile dans Les Impliqués. Pas étonnant de le voir donc divorcé et loin de la capitale. De plus en plus cynique, de moins en moins sympathique aussi (mais on ne peut s’empêcher de l’aimer), il va devoir, une nouvelle fois, se mettre en chasse d’un tueur qui a envie de régler ses comptes avec l’Histoire. Miloszewski nous plonge directement dans le bain, avec deux premiers chapitres haletants. Le reste suit, dans un style vif, toujours teinté d’humour. Il fait plus que nous raconter une histoire, il ausculte en profondeur et avec talent la société polonaise d’aujourd’hui, encore tourmentée par son passé.

Un fond de vérité, de Zygmunt Miloszewski, trad. Kamil Barbarski. Mirobole éditions, 472 pages, 22 €
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