C. Heinrich et C. Jolibois, auteurs des "P'tites Poules" : "La littérature jeunesse est une grande dame, courageuse et audacieuse"

C. Heinrich et C. Jolibois, auteurs des "P'tites Poules" : "La littérature jeunesse est une grande dame, courageuse et audacieuse"

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RÉACTIONS - A l'occasion du Salon du livre jeunesse, qui se tient jusqu'au 7 décembre à Montreuil, nous avons demandé à plusieurs écrivains et illustrateurs comment aborder les attentats du 13 novembre avec les jeunes lecteurs. Aujourd'hui, Christian Jolibois et Christian Heinrich, auteurs de la série "Les P'tites Poules" (Pocket Jeunesse).

La littérature jeunesse peut aborder toutes les questions graves
Christian Jolibois : Heureusement, la littérature jeunesse n'est pas que divertissement. Parents et enfants savent que les livres font grandir. C'est pourquoi depuis toujours ils abordent les grandes questions de la vie.Les contes dénoncent depuis des millénaires : l'inceste, les crimes, la loi des plus forts, etc… En France, la littérature jeunesse est une grande Dame, souvent courageuse et audacieuse. Ecrire pour les petits  sur ces événements demande un minimum de temps, de la réflexion et enfin trouver une transposition qui soit claire pour l'enfant. 

Christian Heinrich : Je ne crois pas que la littérature jeunesse se tienne éloignée de l’actualité - aussi épouvantable soit-elle - en conservant une posture sous cloche; pas plus qu’elle ne doit être au premier rang des canaux d’expression en montant à l’abordage de l’actualité à chaud. Les auteurs qui la font se nourrissent bien entendu de la réalité, mais restent avant tout horrifiés, hébétés, transpercés par la violence qui la ponctue, comme tout un chacun qui aime la Vie.

Evoquer les attentats dans un livre
Christian Jolibois : Je préférerais proposer une fiction, une comédie - c'est la forme la plus efficace pour être entendu, j'en suis convaincu -, sur les marchands de haine qui prospèrent dans notre pays, dans les meetings politiques,  sur internet…Et autres tribunes nauséabondes. Pour ne rien vous cacher, je suis en train d'y travailler.

Christian Heinrich : On peut comprendre que la force de penser, de prendre sa plume et ses pinceaux pour parler à la jeunesse de ce "conte plein de bruit et de fureur", puisse abandonner un auteur dans l’immédiateté du drame. Il faut la force d'une fiction, sa patience manifeste, sa bienveillance pour parvenir à éclairer un peu cette réalité et ce qui s’y est assombri. Car la distance que la fiction peut entretenir avec la réalité offre la légitimité de parler de cette dernière avec drôlerie et paradoxalement avec souvent plus de vérité. La bêtise n’étant jamais ni muette ni aveugle et devenant intolérable quand elle se montre imprévisible, immédiate et criminelle, c’est à notre pensée de prendre en charge l’impensable, et à la fiction de redonner à la réalité un peu de ce sens qu’elle a momentanément perdu.

Dénoncer la barbarie d'une nouvelle manière
Christian Heinrich : J’essaierais de traiter ce sujet par un pas de côté. En dénonçant la haine et la barbarie non pas de manière réaliste et frontale, mais au travers d’un imaginaire plus symbolique. La littérature jeunesse peut l’avaler tout cru, je le crois, mais doit digérer lentement, avec force, cette bêtise qui fait trop souvent irruption dans le réel. En dépit de son pouvoir de rêve, de sa sincérité, de son attention pour l’enfant qui grandit, cette littérature n’empêchera jamais qu’on se sente impuissant, triste et inquiet devant certains faits.

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