Ces auteurs qui ressuscitent James Bond, Sherlock Holmes et Hercule Poirot

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QUAIS DU POLAR – Les grands héros des classiques du polar s'appellent James Bond, Sherlock Holmes, Hercule Poirot, voire Blake et Mortimer en BD. Leurs auteurs sont morts depuis longtemps, mais eux sont éternels : Sophie Hannah, Jean Van Hamme et Anthony Horowitz sont venus expliquer à Quais du Polar, samedi 2 avril, comment ils ont ressuscité des personnages qui ne leur appartiennent pas. Morceaux choisis.

 Comment Sophie Hannah (Grande-Bretagne) a repris Hercule Poirot…
"Quand les héritiers d'Agatha Christie m'ont proposé d'écrire une nouvelle histoire d'Hercule Poirot, la raison aurait dû me faire refuser. Mais j'ai lu mon premier Christie à 12 ans et je suis devenu accro, j'ai lu tous ses livres – plus de 80 – jusqu'à l'âge de 16 ans. Christie est devenue mon mentor en écriture, j'ai en quelque sorte intériorisé ses techniques, elle n'essayait même pas de cacher les indices ! Alors, quand la suite s'est présentée, je me suis dit que j'étais bien armée pour m'y mettre."

… et comment ça a donné Meurtres en majuscules
" Comme Agatha Christie est le meilleur écrivain de polars du monde, personne ne s'attendait à ce que je fasse aussi bien qu'elle, ça m'a donc enlevé la pression ! Je me suis plutôt vue comme son assistante, son second. Christie a tué Poirot dans son dernier livre, j'ai donc situé mon histoire en 1929. Le plus difficile, créer ce grand détective belge, avait déjà été fait. Il fait partie de ces personnages qui sont devenus plus grands que l'œuvre elle-même."

 Comment Anthony Horowitz (Grande-Bretagne) a repris Sherlock Holmes et James Bond…
"Quand les héritiers de Conan Doyle m'ont contacté pour écrire un Sherlock Holmes, j'ai d'abord eu des scrupules, parce qu'il y a un certain cynisme dans ce genre de livres : un éditeur propose une grosse avance à un écrivain connu pour pondre un best-seller. Toutefois, les lecteurs adorent ces livres. Alors pourquoi s'en priver ? J'ai lu toutes les histoires de Holmes à l'âge de 17 ans et c'est ce qui a fait de moi un auteur de polars. Alors oui, c'est une entreprise marketing, mais en vérité je n'ai dû mettre qu'une seconde à accepter ! Pareil quand les héritiers de Ian Fleming m'ont demandé la même chose : les films de Bond ont bercé mon adolescence, et on ne refuse pas ce genre de privilège."

… et comment ça a donné La Maison de soie et Déclic mortel
"J'ai dû devenir invisible. Que les lecteurs aient l'impression que c'est Doyle qui a écrit l'histoire. Pour cela, je l'ai lu et relu pour connaître ses astuces, absorber son style et le reproduire. Pour mon James Bond, Déclic mortel, c'était un peu différent : comme j'écris aussi pour un jeune public, je ne pouvais pas le décrire en train de fumer ses 30 cigarettes quotidiennes. En revanche, je me suis permis de lui adjoindre un ami gay, ce que Ian Fleming n'aurait probablement pas approuvé…"

 Comment Jean Van Hamme (Belgique) a repris Blake et Mortimer…
"J'avais découvert Blake et Mortimer en 1946 dans le journal Tintin. J'avais 6 ans. Beaucoup, beaucoup plus tard, le groupe Media a racheté les droits. Jacobs était mort depuis 15 ans et il fallait amortir cet achat. On m'a alors proposé de reprendre la marque Blake et Mortimer, et j'ai eu l'impression d'être un comédien à qui on offrait un grand rôle du répertoire. Ce n'était pas ma manière d'écrire, puisqu'il faut bien 3 bonnes heures pour lire un album de Blake et Mortimer, mais j'ai eu un immense plaisir à jouer le rôle d'Edgar P. Jacobs."

… et comment ça a donné L'affaire Francis Blake, L'étrange rendez-vous et La malédiction des Trente deniers 2
"Moi, je n'ai pas ressenti de pression. En revanche, je la mets sur ceux qui ont repris mes propres héros, XIII et Thorgal : j'ai gardé un droit moral sur eux, et je tape sur les doigts des auteurs lorsque je m'ennuie à les lire ! J'en profite pour dire que j'arrête la BD pour me consacrer à l'écriture de pièces de théâtre. Je préfère me retirer de mon vivant, pour pouvoir profiter des hommages qu'on va me rendre. Ce sera plus agréable qu'après ma mort, non ?"

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