Court, nerveux, hyper réaliste : on craque pour "Police" de Hugo Boris

Court, nerveux, hyper réaliste : on craque pour "Police" de Hugo Boris

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Police", du jeune auteur français Hugo Boris, publié aux éditions Grasset.

Cette rentrée littéraire est décidément placée sous le signe du noir. Et même ceux qui ne font pas du polar flirtent allégrement avec les codes de ce genre. Hugo Boris, qui publie Police chez Grasset, en est la parfaite illustration. Un titre plus qu’évocateur, des héros gardiens de la paix, une histoire de reconduite à a frontière. Tous les ingrédients du policier y sont. Mais voilà, il est publié dans la blanche comme on dit. Alors, polar ou pas polar ce Police ? S’il se retrouve ici dans cette chronique, c’est que la réponse est oui. Un excellent texte surtout, plein d’empathie, de réalisme, qui entraîne le lecteur dans les méandres d’une actualité terrible, celle des migrants, par le biais de personnages humains, avec leurs qualités, leurs défauts, leurs failles. Bref, des gens comme vous et moi, mais qui doivent faire face à une situation hors normes, qui portent un uniforme et une arme à la ceinture, seules choses qui les différencient des citoyens lambda.

C’est qui ?

Hugo Boris, né en 1979 a déjà publié quatre romans remarqués. Par leur histoire et par leur forme aussi. Après l’excellent Le baiser dans la nuque (2005, Belfond), il confirme sa bonne réputation avec l’étrange La délégation norvégienne en 2007 (toujours chez Belfond), dans lequel l’assassin se révèle être le lecteur. C’est à celui qui lit de le faire, provoquant ainsi une sorte de "crime littéraire". Il poursuit en 2010 avec un personnage original de cosmonaute soviétique dans Je n’ai pas dansé depuis longtemps (Belfond). Le jour, il travaille dans une école de cinéma après avoir été assistant réalisateur sur plusieurs documentaires pour la télévision. La nuit, il écrit.

Ça parle de quoi ?

Il y a Virginie, Aristide et Érik. Ils sont gardiens de la paix, ces flics en tenue que l’on croise tous les jours dans la rue. Ce soir d’été, une mission particulière leur a été confiée, une de celles dont ils n’ont pas franchement l’habitude, ni les attributions. Mais le manque d’effectifs et un incendie dans un centre de rétention ont fait qu’elle est tombée sur eux. Ils doivent reconduire un étranger à la frontière. Il s’appelle Asomidin Tohirov, il vient du Tadjikistan. Et ils l’escortent jusqu’à l’aéroport, pour un voyage sans retour. Car une fois chez lui, c’est sûrement la mort qui attend cet homme qui a dénoncé un trafic d’êtres humains. Ils vont alors prendre cette réalité de plein fouet dans la figure, eux, ces flics qui ont pourtant l’habitude de côtoyer la misère humaine. Mais, comme dit l’un d’eux : « On n’est pas les sœurs de Bon Secours, merde ! On est la police ! ». Pourtant, ce trajet en voiture va les changer et aura des conséquences inattendues pour chacun des protagonistes.

Pourquoi on aime ?

Police se lit d’une seule traite. Ce roman court (trop court même), de moins de 200 pages, est écrit dans un rythme nerveux, un style dégraissé. Il n’y a pas un mot de trop. La force de Hugo Boris est d’entraîner le lecteur à ras du bitume, au plus près de la réalité, mais aussi dans la tête de ces flics de base, rarement héros de polars. L’action se déroule sur quelques heures à peine, en grande partie dans un huis-clos original, enfermé que nous sommes, qu’ils sont, dans une voiture de police, direction l’aéroport Charles-de-Gaulle et la zone de rétention. On s’attache rapidement à Virginie, Érik et Aristide, on a mal pour Asomidin car on devine que son sort est scellé, malgré les doutes des trois policiers. Police jette aussi un regard dur sur cet épineux problème des reconduites à la frontière, sur ceux qui en sont victimes et sur ceux qui doivent les mener. 

>> Police, de Hugo Boris. Editions Grasset, 198 pages, 17,50 €

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