David Lagercrantz : "On vit dans un monde où on a plus besoin que jamais de Lisbeth Salander"

David Lagercrantz : "On vit dans un monde où on a plus besoin que jamais de Lisbeth Salander"

RENTREE LITTERAIRE – Son quatrième tome de "Millénium" est sorti dans un mélange d'excitation et de colère. Alors que certains détracteurs ont appelé au boycott de "Ce qui ne nous tue pas", David Lagercrantz enchaîne les interviews avec le sourire, sans cacher sa nervosité. Mais les premiers retours positifs des lecteurs le confirment : l'homme qui a pris la relève de Stieg Larsson a fait du bon boulot.

Vous avez très bien accueilli par vos premiers lecteurs français à la Fnac Saint-Lazare, lundi 31 août. De quoi rassurer l'hyper-nerveux que vous êtes ?
Je suis très soulagé, parce que les gens qui sont venus à cette séance de dédicace l'ont lu très vite et l'ont aimé. Au milieu de toute cette tempête, tous ces débats et cette folie qui ont entouré la sortie du livre, particulièrement en Suède, c'est un tel soulagement de rencontrer des lecteurs heureux ! Et puis, cet intérêt massif pour un livre montre que les temps changent. Apparemment, il n'y a pas que les scandales politiques ou les ragots des célébrités qui passionnent les foules.

Votre intrigue est-elle construite sur des souvenirs de votre ancienne carrière de journaliste ?
Oui, mon imagination n'étant pas aussi puissante que je le souhaiterais, je puise dans ma vie. Il y a vingt ans, j'avais écrit un article sur un petit garçon autiste de 8 ans. Il ne parlait pas et n'avait aucun contact avec personne, et un jour il a dessiné de mémoire un feu tricolore qu'il avait vu la veille, avec une précision incroyable. C'est resté dans mon subconscient depuis et je m'en suis servi pour en faire de la fiction, en me demandant ce qui se passerait si un autiste savant comme lui était témoin d'un meurtre.

Vos précédents livres, consacrés à Alan Turing et Zlatan Ibrahimovic, ont aussi laissé des traces ?
Quand j'ai écrit mon livre sur l'informaticien Alan Turing, j'ai beaucoup lu sur les maths, l'intelligence artificielle... Passer ensuite à l'autobiographie de Zlatan était un sacré grand écart, mais j'aime ça. Vous êtes libre de juger si je suis un bon écrivain ou non, mais ma sœur, qui est actrice, me surnomme "l'acteur-écrivain" ! Et le plus drôle, c'est que grâce à cette façon qu'avait Stieg Larsson de changer de perspective sans arrêt, et que j'ai reprise, j'ai pu mettre des petits bouts de moi-même dans toutes sortes de personnages. Même les méchants !

"Vous êtes libre de juger si je suis un bon écrivain ou non, mais ma sœur, qui est actrice, me surnomme 'l'acteur-écrivain' !"

Même Lisbeth Salander ?
J'ai des similarités avec tous les personnages mais Lisbeth m'a donné du fil à retordre. On est tous les deux névrosés, mais ses névroses à elle sont très différentes des miennes ! Nous nous étions aussi mis d'accord, avec mon agent, les éditions Norstedts et les héritiers de Stieg Larsson, qu'il fallait que j'y mette quelque chose de moi-même. Je ne pouvais pas n'être qu'un copieur, ou faire semblant d'être Stieg Larsson. Ce n'est pas un livre de Larsson, c'est mon livre où je reprends ses merveilleux personnages. Lisbeth, je la trouve absolument fantastique, elle est devenue l'une des figures les plus iconiques de la culture populaire contemporaine.

L'écriture vous a beaucoup coûté, physiquement et mentalement. Comment avez-vous réussi à garder la fièvre jusqu'à la fin ?
Alors que j'écrivais la fin du livre, j'ai eu une véritable crise : mon éditeur m'a appelé pour me dire que mon intrigue lui rappelait celle d'un polar qui venait de sortir. J'étais effondré, j'avais l'impression d'avoir créé une histoire entièrement originale ! J'ai eu envie de tout casser, alors je suis allé me défouler à la salle de sport. Et j'ai décidé de tout réécrire. Avec des nouvelles pistes, de nouveaux thèmes, et de fait, cette crise a rendu le livre meilleur. C'est dur de recevoir des claques, mais parfois ça aide à grandir. Regardez Lisbeth : on a essayé de la détruire, et elle en est ressortie plus forte encore.

Cette histoire rappelle les piratages et le vol de données au cœur de votre livre...
J'ai dû l'écrire sur un ordinateur qui n'était pas connecté à internet pour ne pas être piraté. J'ai rencontré des hackers pendant mes recherches et je sais maintenant à quel point il est facile d'entrer dans l'ordinateur de quelqu'un. A l'époque de Stieg Larsson, les pires actes de piratage venaient de hors-la-loi ou de hackers privés comme Lisbeth et sa bande. Aujourd'hui, c'est l'œuvre des services secrets de différents pays. On vit dans un monde où on a plus besoin que jamais de Lisbeth Salander.

"A l'époque de Stieg Larsson, les pires actes de piratage venaient de hackers privés. Aujourd'hui, c'est l'œuvre des services secrets."

Vous reste-t-il de la place en tête pour un autre livre ?
En ce moment, j'ai le cerveau en feu. Je dors à peine et ma vie est complètement dingue. Je suis noyé de propositions d'éditeurs qui me proposent d'écrire ci ou ça. Ce serait tentant d'enchaîner sur un cinquième Millénium, mais je sais que je ne reprendrai pas le flambeau de Stieg Larsson toute ma vie. J'ai besoin de nouveaux défis, c'est ainsi que je m'épanouis, et tant que ça ne me tue pas... (rires.)

Une adaptation au cinéma est-elle dans les cartons ?
Nous recevons bien sûr beaucoup de propositions, mais rien n'est encore décidé pour le moment. On n'a tout simplement pas le temps d'y réfléchir (son agent intervient pour confirmer que des discussions sont en cours, sans préciser lesquelles, ndlr.). C'est inévitable quand on publie un livre qui se retrouve dans toutes les listes de meilleures ventes, en Europe comme aux Etats-Unis.

Que pensez-vous de l'appel au boycott de vos confrères ?
Je respecte les gens qui pensent qu'il ne fallait pas reprendre Millénium, des auteurs de polars en Scandinavie ont carrément appelé à boycotter le livre. Tout ce que je sais, c'est que les gens avaient vraiment envie de retrouver Lisbeth Salander. C'est dingue, certains personnages de la culture populaire ont vraiment besoin de revenir régulièrement, sinon pourquoi referait-on sans cesse des films sur Spider-Man ? On a besoin de ces personnages qui nous disent quelque chose sur notre époque. Ça aurait été dommage de ne pas poursuivre les aventures de Sherlock Holmes ou de James Bond après la mort de leurs créateurs.

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