Delphine de Vigan : "'D'après une histoire vraie' comprend plusieurs clins d'œil à Stephen King"

Delphine de Vigan : "'D'après une histoire vraie' comprend plusieurs clins d'œil à Stephen King"
LIVRES

RENTREE LITTERAIRE – Après le succès de "Rien ne s'oppose à la nuit", Delphine de Vigan brouille les pistes dans "D'après une histoire vraie" (JC Lattès), qui figure sur la première sélection du prix Goncourt. Dans ce thriller littéraire où elle se met en scène, manipulée par une amie intrusive, on ne sait plus démêler le vrai du faux. Et c'est ce qui le rend captivant.

D'après une histoire vraie cite dès le début le terrifiant Misery de Stephen King... Etait-ce le déclencheur de votre histoire ?
J'avais vu le film à sa sortie et lu plusieurs livres de Stephen King, qui est un écrivain vraiment important. J'ai relu Misery au moment où je me suis lancée dans le rédaction de D'après une histoire vraie. J'avais envie que ce soit un hommage à King, d'une certaine manière, et de le placer sous sa trouble protection... Les deux premières parties ont des citations de Misery en exergue, et la troisième une citation de La part des ténèbres, un autre roman de King que j'adore. D'après une histoire vraie comprend plusieurs clins d'œil à Misery, parce que c'est une manière de revisiter un peu ce thème aujourd'hui, en toute humilité. Mais de manière moins sanglante !

Vous vous mettez en scène en pleine panne d'inspiration. Vous rencontrez L., "nègre" dans l'édition, avec qui vous sympathisez, et qui semble mieux savoir que vous ce que vous devriez écrire...
Misery raconte très bien cette question de l'attente du lecteur : est-ce que l'écrivain doit tenter d'y répondre ? Ou est-ce précisément parce qu'il ignore cette attente qu'il y répond le mieux ? Dans le roman, Delphine se trouve dans un moment de grande vulnérabilité, elle offre un terrain on ne peut plus propice à l'emprise, puisque ces gens qui ont le don de vous manipuler ou de penser à votre place savent parfaitement repérer les failles. Delphine est dans une forme de doute, c'est d'ailleurs l'une des questions centrales du roman, ce doute qui permet l'abus de pouvoir.

Ce doute entre deux romans, vous le subissez à chaque fois ?
Le doute est permanent. En ce qui me concerne, il existe aussi quand j'écris, peut-être encore plus, d'ailleurs. Ça fait maintenant une quinzaine d'années que je publie, et je n'ai jamais rencontré de gens que je considère comme écrivains qui prétendent ne pas douter. Ça fait partie du processus d'écriture, c'est au cœur même de l'acte d'écrire.

"Le doute existe aussi quand j'écris, peut-être encore plus, d'ailleurs."

Faut-il chercher à savoir ce qui est vrai dans ce roman et ce qui relève de la fiction ?
C'est vrai qu'il y a beaucoup de choses vécues, d'autres qui permettent de brouiller les pistes. J'avais envie que le lecteur s'interroge avec moi sur toutes ces questions. Je me rends compte aujourd'hui, après avoir rencontré plusieurs lecteurs, qu'ils ont chacun une interprétation différente, ils y voient parfois ce qu'ils ont envie d'y voir, c'est le principe même de la lecture. Mais je suis contente qu'il n'y ait pas de malentendu : personne n'y croit complètement, ce serait inquiétant sinon... Et en même temps, personne n'a eu le sentiment de se faire arnaquer !

Comment votre compagnon, François Busnel, a pris son rôle de personnage de roman ?
S'il y a quelqu'un qui sait parfaitement faire la différence entre un personnage et une personne, c'est bien lui. Je n'étais pas inquiète, même s'il n'est pas forcément d'accord sur tout avec son double, qu'il trouve un peu absent !

Vous laissez planer des mystères, comme celui des lettres de menace anonymes, presque une intrigue en soi...
Oui, je n'en dirai pas plus (rires.)

"Les lecteurs y voient parfois ce qu'ils ont envie d'y voir, c'est le principe même de la lecture."

Tout ceci donnerait un scénario à la Hitchcock épatant...
Autant adapter au cinéma Rien ne s'oppose à la nuit est inconcevable, autant celui-là, pourquoi pas. Ça dépendra des propositions, il faut que le projet fasse sens pour moi. C'est un livre difficile à adapter, il faudrait vraiment une vision, que quelqu'un ait envie de s'emparer de ces questions du vrai, du vécu, ils faut qu'elles apparaissent d'une manière ou d'une autre. Ce n'est pas seulement un thriller, sinon il ne servirait à rien d'en faire un sous-Misery, il faudrait pouvoir incarner à l'écran le vertige de la création, et ce n'est pas simple.

La partie sur la création littéraire ne se verrait pas assez à l'écran ?
Ce n'est pas incompatible : Birdman, le dernier film d'Inarritu, est un très grand film sur la création, sur la rédemption... Parce qu'il y a un regard d'auteur sur tout ça. Ecrire sur la création littéraire est un thème que j'ai déjà abordé dans d'autres de mes livres, et ça fait partie de mon travail, de m'interroger sur pourquoi j'écris. Je ne saurais pas dire pourquoi mais c'était présent dans Un soir de décembre, dans Rien ne s'oppose à la nuit... Ça nourrit mon travail, de m'interroger sur l'origine de l'écriture.
 

A LIRE AUSSI >> Découvrez les quinze romans en lice pour le Goncourt
 

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : moins de 5000 contaminations en 24 heures, une première depuis septembre

Voici les trois étapes de l'assouplissement du confinement jusqu'à janvier

"Koh-Lanta" : avant la finale, qui remporte le match des réseaux sociaux ?

EN DIRECT - Transition activée : le camp Biden se félicite de l'annonce de Trump

EN DIRECT - Nicolas Sarkozy jugé pour corruption : le procès suspendu jusqu'à jeudi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent