Don Winslow dégaine "Cartel"… et c’est un pur chef d’oeuvre

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NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Cartel" de Don Winslow.

Quand on a écrit un chef d’œuvre, le plus difficile est de confirmer. Ne pas être l’auteur d’un seul livre. Trouver des ressources au plus profond de soi pour se remettre à l’ouvrage et proposer un manuscrit à la hauteur. Avec La Griffe du chien (paru en 2007 chez Fayard puis en poche chez Points Seuil), Don Winslow avait convaincu qu’il était un immense auteur et les critiques du monde entier s’accordaient à dire que ce texte constituait sans aucun doute l’un des plus grands romans sur la drogue jamais écrit. Il est devenu, depuis, un classique. Une véritable claque à l’époque. Et bim. Voilà que mister Winslow récidive. Reclaque. Grosse claque. Très grosse claque. Uppercut même. Cartel (éditions du Seuil) est encore mieux. Il fallait le faire. Personne ne raconte aussi bien que lui la guerre des cartels, mais aussi les relations humaines entre gens de mauvaise compagnie. C’est un portrait glaçant du Mexique qu’il nous dépeint. Une réalité si dure que la transformer en matière littéraire et en fiction était une véritable gageure. Sans conteste le polar de l’année.

C’est qui ?

Don Winslow a 63 ans. Ce n’est plus un jeune écrivain qui monte mais bien un auteur qui laissera une trace indélébile dans le monde du polar. Fils d’un marin et d’une bibliothécaire, il a grandi dans une petite ville de l’état de Rhode Island. Après des études de journalisme dans le Nebraska, il s’installe à New York. Et commence une succession de petits boulots qui, des années plus tard, vont lui servir quand il décide de se consacrer à l’écriture. Il a été tour à tour détective privé, guide de safari ou gérant de cinéma. Puis vient le temps des romans. La Griffe du chien bien sûr, qui le fait connaître dans le monde entier. Mais aussi Savages, adapté au cinéma par Oliver Stone), Mort et vie de Bobby Z ou Dernier verre à Manhattan. Les droits de Cartel pour le cinéma ont été achetés par Ridley Scott. Excusez du peu. 

Ça parle de quoi ?

Art Keller, ex agent de la DEA (l’agence antidrogue américaine), coule des jours plus ou moins paisibles dans un monastère, à surveiller les abeilles. Adán Barrera, ex baron de la drogue arrêté par Keller, croupi dans une prison haute sécurité. Le jour où il s’évade, il met à prix la tête de celui qui l’a collé derrière les barreaux. Keller doit sortir de sa retraite. La reprise en main des affaires par Barrera provoque un véritable séisme dans le monde des cartels. La guerre est déclarée entre narcos. Pour y faire face, les Mexicains n’ont d’autre solution que de rappeler Keller. Une lutte sans merci va alors avoir lieu. Pour le pouvoir. Pour le fric. Pour l’honneur aussi. Un conflit entre diverses organisations criminelles, mais surtout, une bataille entre deux hommes qui se détestent. Avec un seul mot d’ordre : vengeance.

Pourquoi on aime ?

Cartel est un grand, un très grand roman noir. Roman tout court d’ailleurs. James Ellroy en personne affirme que c’est "le Guerre et Paix des romans sur la drogue." Croyez le maître sur parole. Il a parfois tendance à s’emballer, mais là, c’est vrai. Il y a le fond d’abord. Winslow nous embarque au cœur du narcotrafic entre 2004 et 2014, quand La Griffe du chien couvrait la période 1975-2000. Il s’est beaucoup documenté et nous livre la guerre (la vraie) que se font les cartels mexicains dans les moindres détails. Un pan entier de l’histoire récente, politique et criminelle, du Mexique se déroule sous nos yeux. La forme ensuite. Un style épuré, parfois qui vire au lyrique, des dialogues qui sonnent tellement justes, un rythme soutenu entrecoupé de pauses car il faut bien de temps en temps reprendre son souffle, des personnages inspirés des vrais mais qui, par la magie des mots et des situations deviennent fictifs. Bref, plongez dans ce Cartel sans aucune hésitation, vous verrez, c’est de la bonne… littérature.

>> Cartel, de Don Winslow, trad. Jean Esch. Editions du Seuil, 720 pages, 23,50 €

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