Donna Leon : "Brunetti me surprend encore par sa gentillesse"

Donna Leon : "Brunetti me surprend encore par sa gentillesse"

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INTERVIEW – A l’occasion de la sortie de "Deux veuves pour un testament", la 20ème enquête de son célèbre inspecteur Brunetti, l’auteur américaine Donna Leon nous emmène dans les méandres de Venise, sa source d’inspiration depuis plus de trente ans.

A 71 ans, Donna Leon aimerait prétendre à une certaine invisibilité. Petite, mince, les cheveux blancs, elle se faufile dans les rues vénitiennes. Elle pourrait voler une banque, dit-elle, nul ne s’en apercevrait. C’est oublié que chaque Vénitien l’arrête au passage pour la saluer. Et pour cause : l’écrivain à succès a quitté depuis longtemps son New Jersey natal pour la Sérénissime. Depuis la parution du premier best-seller de Brunetti en 1992, Donna Leon navigue entre deux eaux. C’est ce qu’elle nous confie dans une interview exclusive.

Elle aime Venise…envers et contre tout
"J’ai une passion pour Venise. Ici il y a de la beauté partout. Chaque jour, je vois quelque chose que je n’avais pas vu avant. Mais comme partout ailleurs, tout le monde parle sur tout le monde. On se bat, on s’entretue, on maltraite ses enfants, les politiciens sont bons et mauvais, etc. Ce qui m’intéresse tout particulièrement, c’est le contraste entre ces choses horribles qui arrivent et la beauté de la ville."

Nul n’est prophète en son pays
"Ne pas être dans mon propre pays me permet d’avoir une vision plus claire des choses, de la corruption par exemple. Ma vision de ce qui est bien et mal est implacablement anglo-saxonne. Or ce qui nous rend fous, c’est l’incertitude. Pensez à l’affaire Amanda Knox (jeune américaine soupçonnée d’un meurtre en 2009 à Perugia). Nous en sommes déjà au troisième procès et nul n’en connaît l’issue. Les Italiens disent : c’est comme ci, c’est comme ça. Ils ont toujours une explication mais elle n’est basée sur rien."

Brunetti ne se prend pas au sérieux
"Je crois qu’un policier peut être un homme bien, un bon père de famille. Brunetti est intelligent, bien éduqué, c’est une sorte d’intellectuel qui ne se prend pas trop au sérieux, il a de l’humour. Je suis entourée de personnes de cette sorte. Brunetti me surprend encore par sa gentillesse. Comme un ami, je le regarde évoluer. En fait mes personnages font ce qu’ils ont envie de faire et je le couche par écrit."

Elle rechigne à tuer
"Je n’ai pas de plan prédéterminé. C’est comme faire un puzzle. En ce moment, je suis en train de travailler sur un nouveau livre et il y a dedans un personnage que j’apprécie beaucoup mais je vais devoir le tuer. Je n’ai pas le choix. Mais parce que je l’aime tant, je pense que je vais juste le faire poignarder à plusieurs reprises dans un parking et lui permettre de téléphoner, enfermé dans le coffre, avant de mourir".

Pourquoi Brunetti ne grossit pas
"Les Vénitiens font au moins 5 km par jour à pied, c’est pourquoi Brunetti ne prend pas de poids. Il ne cesse de marcher ! Les descriptions culinaires sont courtes et efficaces. Elles correspondent à des moments de paix et de repos pour Brunetti."

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